Cinéma Horreur

Slumber Party Massacre – Amy Jones

Ecrit par Loïc Blavier

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Slumber Party Massacre. 1982.
Origine : Etats-Unis
Genre : Slasher
Réalisation : Amy Jones
Avec : Robin Stille, Michelle Michaels, Debra De Liso, Michael Villella…

Jeune écervelée parmi tant d’autres, Trish compte bien profiter de l’absence de ses parents pour faire une petite fête entre copines. Garçons interdits ! C’était sans compter sur la lubricité de ses copains de classe et sur la récente évasion de Russ Thorn, bien connu pour avoir été l’auteur d’un carnage voici quelques années.

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Alors qu’il vivait ses dernières heures en tant que patron de la New World, Roger Corman devait avoir la tête ailleurs. Ou bien était-il déjà acquis à la politique bien moins inspirée qu’il allait mener après la revente de sa glorieuse compagnie. Toujours est-il qu’en acceptant de financer ce qui allait devenir Slumber Party Massacre sur la foi d’une démo apportée par l’apprentie réalisatrice Amy Jones, démo elle-même tirée d’un script de Rita Mae Brown, il n’a pas fait preuve de la clairvoyance qui l’a rendu célèbre. Bien sûr, il a toujours apporté son soutien aux femmes désireuses de se voir confier quelques tâches à responsabilités derrière la caméra, ce qu’il fait encore ici. Mais il est en tout cas complétement passé à côté de l’objectif que s’étaient données les deux femmes, à savoir celui de faire une parodie de slasher, genre alors à la mode en ce début des années 80. Ou pire : il l’a sciemment repoussé, demandant à ce que le tout soit tourné comme un vrai slasher. Le résultat a malgré tout obtenu un certain succès, puisque deux séquelles (tournées par des femmes) lui succédèrent, et que Jim Wynorski leur additionna tardivement deux Cheerleader Massacre censés faire partie de la série. Le premier volet a donc acquis une certaine réputation qui pourrait laisser penser qu’il s’agit, à l’instar de Carnage de Tony Maylam ou de The House on Sorority Row de Mark Rosman, d’une petite perle. D’aucuns le considèrent comme tel. Je n’en suis absolument pas, et pour une raison fort simple : si les caricatures qui devaient composer le film se remarquent ici ou là, elles ne parviennent que trop rarement à démontrer qu’elles avaient une visée bel et bien humoristique. Très mal contextualisées, il leur manque l’exagération et la mise en scène appropriée qui aurait pu effectivement faire verser le film dans la parodie. Telles qu’elles sont, elles ne passent que pour un absolu manque d’imagination de la part d’une réalisatrice qui colle désespérément aux clichés les plus crétins du genre. Le principe de la « slumber party » pouvait ainsi s’avérer amusant, et il n’est pas surprenant qu’un réalisateur comme Wynorski ait fini par intégrer la série, lui qui aime beaucoup les simili-playmettes en proie à d’odieux monstres bas de gammes. Pourtant, d’amusement, il n’est ici pas question : les donzelles, peu sculpturales au demeurant, restent sagement dans les limites de la crédibilité. Bien sur, elles sont d’une consternante bêtise, mais la limite de la parodie n’est pas franchie -pas plus que dans n’importe quel mauvais slasher-, si ce n’est peut-être lorsque l’une d’elle se met à manger une pizza à même le dos du livreur mort au motif que « la vie continue ».

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Tout le reste, que ce soit les dialogues, l’exploitation de la nudité (concentrée avec une grande gratuité en début de film), les réactions, vire à l’inepte. On retrouve même une véritable héroïne, du genre à braver le danger, à protéger sa petite sœur imprudente et à se placer au-dessus de la mêlée avec l’once d’intelligence qui la sépare de sa voisine fêtarde et de leurs copains lubriques. Un tel personnage, même s’il intervient tardivement dans le film, contribue à saboter les velléités humoristiques auxquelles prétendait la réalisatrice. Si elle avait été opposée à un tueur qui lui aussi avait été composé dans les règles de l’art, avec un minimum de standing, il n’aurait pas été impossible que le traitement ridicule apporté aux autres greluches ait abouti à une vision assez sardonique des personnages secondaires, justement bien trop bêtes pour survivre. Ainsi, tout en gardant deux extrémités classiques, le tueur et l’héroïne, Jones aurait pu retomber sur ses pattes en massacrant avec allégresse des personnages méprisables, pris entre deux feux. Mais ce n’est pas le cas, puisque le tueur souffre lui-même des mêmes tares que les personnages secondaires : son fond parodique se devine, mais il est bâillonné. La façon dont il est amené sans pincettes (un fou homicide échappé qui traine aux alentours d’un bahut), sa représentation (un pékin lambda titillé par ses hormones) et la manière dont il exécute ses proies (à la foreuse) vont incontestablement dans le sens de la caricature, mais s’arrêtent bien avant d’y parvenir. Il n’y a pas de gag, pas de réplique, et encore moins de transgressions qui permettraient d’aller au-delà de la simple débilité. Et cela va jusqu’au style de mise en scène associé aux tueurs de slashers… La vision subjective ainsi et surtout que les suspenses artificiels (façon « un bruit bizarre…allons voir ça ») sont omniprésents jusqu’à la saturation mais ne débouchent sur rien d’autre que les habituels culs-de-sac (« ce n’était que le chat »), ce qui les rend particulièrement horripilants. Il n’est pas jusqu’au gore, très complaisant mais jamais jusqu’au grand-guignol, qui ne soit empêtré dans la débâcle. L’ensemble forme un tout plutôt pénible, organisé qui plus est de la même manière qu’un slasher traditionnel : une phase oiseuse d’introduction, une phase de tension croissante et une phase active. Mal équilibré, il va sans dire.

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A son corps défendant, Slumber Party Massacre permet de bien mettre en relief toutes les tares qui guettent le slasher. La parodie avortée s’est transformée en catalogue des choses à ne pas faire. Difficilement explicable, sa popularité doit peut-être au comique involontaire que certains y trouvent (n’étant pas forcément adepte de la débilité en humour, je n’en suis pas et par ailleurs les effets spéciaux, traditionnelles sources de moqueries dans les petits budgets, tiennent la route), ou éventuellement au côté débonnaire que ses facilités lui attribuent (mais en ce cas, il ne faut pas tenir compte de la mollesse générale). En fin de compte, voilà un film de l’âge d’or du slasher qui ressemble à s’y méprendre aux films de sa décadence… Et encore, certains comme Le Jour des fous, qui ne sont ni totalement comiques ni totalement premiers degrés, sont mieux ficelés.

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