Cinéma Guerre

Ski Troop Attack – Roger Corman

Ecrit par Loïc Blavier

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Ski Troop Attack. 1960.
Origine : Etats-Unis
Genre : Guerre frisquette
Réalisation : Roger Corman
Avec : Michael Forest, Frank Wolff, Richard Sinatra, Wally Campo…

Forêt de Hürtgen, 1944. Alors que les alliés occidentaux sont entrés en Allemagne, les américains lancent une offensive visant à bloquer l’ennemi pendant que d’autres combats ont lieu plus au nord. Une troupe de cinq hommes à ski menés par le lieutenant Factor est envoyée derrière les lignes ennemies pour une mission d’observation. Ils doivent signaler les mouvements de troupes, bien sûr en évitant de se faire repérer. Leur discrétion finissant par être bien entamée, ils prendront la décision en cours de route de faire sauter le pont par lequel les troupes allemandes vont au front.

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Guère connu dans la filmographie de Corman au sein de laquelle il n’a guère d’équivalent (son compagnon de tournage pour amortir le déplacement fut La Bête de la caverne hantée, de Monte Hellman, au casting similaire mais d’un tout autre genre), Ski Troop Attack mérite pourtant plus d’attention pour une bonne raison : son tournage épique et parsemé d’avaries, qui faillit bien prendre en défaut la fameuse méthode Corman. Recherchant un endroit propice et peu coûteux selon les lois d’embauche en vigueur, son choix se porta sur les Black Hills, au Dakota du sud. Riche idée : de la neige tout le temps et des températures glaciales qui firent geler la pellicule. En plus de ça, il y eut un tournage émietté, se déroulant en partie le week-end pour permettre aux lycéens skieurs embauchés pour incarner les troupes allemandes de suivre leurs cours. A cela s’ajoute l’interprète germanophone du chef des allemands qui se blesse au dernier moment, contraignant Corman à le remplacer lui-même au pied levé, moyennant un cours accéléré de ski et un cadrage pensé pour dissimuler sa maladresse (je ne sais pas s’il récita lui même son texte en allemand ou s’il eut recours à un doubleur). Enfin, il y eut l’éternel problème de la neige : si une prise est ratée, comment la refaire au même endroit alors que les traces de la précédente sont encore visibles ? Du coup, il fallut à chaque fois bouger pour retrouver un blanc uniforme… Beaucoup d’efforts pour une heure d’un film dont le leitmotiv semble avoir été « on se gèle les miches, vivement qu’on rentre au bercail ». Scénarisé par le fidèle Charles B. Griffith, Ski Troop Attack ne se penche sur rien si ce n’est le côté purement militaire. Et encore, vu que l’action y est complètement décontextualisée (la première phrase du résumé ci-dessus ne s’appuie pas sur le film), ce n’est pas avec lui que le spectateur en apprendra plus sur la bataille de la forêt de Hürtgen livrée en automne et hiver 1944-1945 et qui fut assez tragique pour les américains. Le côté humain y est aussi largement négligé : l’équipe du lieutenant Factor est constituée d’hommes braves mais franchement transparents. De jeunes américains qui aiment bien rire et se mettre joyeusement au boulot lorsqu’on leur demande. Et ce n’est pas en envoyant « Douce nuit » pendant que les hommes fêtent Noël en descendant leur gnôle dans une grotte que cela va changer quoi que ce soit. Il y a bien le sergent Potter, la grande gueule de service qui préférerait se battre de manière plus orthodoxe et abuse du sarcasme, mais depuis qu’il s’est fait remettre au pas après l’assaut qu’il a ordonné en ouverture du film, il finit toujours par respecter les ordres. En plus, il finit par se décrédibiliser tout seul en commettant quelques conneries qui laissent assez sceptique sur son avenir militaire. Même la seule civile du film, une allemande esseulée dans sa hutte attendant le retour du front de l’est de son fougueux teuton, fait preuve d’une mentalité strictement militaire. « Je hais les américains, l’Allemagne prendra Moscou parce que Hitler a toujours réussi ce qu’il faisait, et d’ailleurs je vous servirai bien un peu de poison ? », tel est en gros son raisonnement qui ne va pas aider les gars de Factor à se livrer un peu. Ne parlons pas des troupes allemandes, et donc du rôle de Roger Corman lui-même : c’est un maigre assemblage impersonnel d’ennemis (le groupe le plus tenace, celui de Corman, doit compter autant d’hommes que celui de Factor) dont les dialogues en allemand se résument en gros à « Achtung ! Feuer !« . Pour dire les choses telles qu’elles sont, Ski Troop Attack se résume en paisibles scènes de ski ou de parlotte stérile, suivies de fusillades ou de fuite à travers les reliefs enneigés lorsque la bande à Corman les prend enfin en chasse. Au fur et à mesure, et surtout lorsque l’objectif du pont à faire sauter est programmé, la proportion s’inverse. Ce qui laisse finalement peu de choses à dire. On pourra apprécier les jolis lieux de tournage et sa neige immaculée pour laquelle Corman a dû s’employer. On trouvera aussi qu’un effort a été fait au niveau du cadrage : profitant de l’espace et des pentes offertes par les Black Hills, le réalisateur conçoit des plans larges, vu du dessus ou du dessous, qui permettent de retranscrire assez bien la solitude et les conditions difficiles de progression ou de combats (bon, oui, c’est aussi pour éviter de montrer que les allemands sont des gamins ou que Corman ne sait pas skier). Il y a même de bonnes idées pour essayer d’interrompre un peu le schéma répétitif du scénario, telles ces attaques en piqué lors desquelles les américains foncent comme des boulets sur les allemands pour les battre au corps-à-corps. L’usage de stock-shots, quoique évident, reste aussi mesuré et se concentre surtout en début de film, lorsque la mission d’observation de l’ennemi continue réellement à avoir un sens (parce que oui, au bout d’un moment et malgré l’insistance initiale du falot lieutenant Factor, il ne semble plus y avoir de mission qui tienne). Tout cela est quand même vite expédié, et on comprend mieux pourquoi le film ne dure qu’une heure… 60 minutes assez bien remplies, mais tout de même un peu simplettes.

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Bien qu’il ne l’ait jamais dit, il ne serait guère étonnant que Corman, après avoir eu les yeux plus gros que le ventre, ait partiellement renoncé à ce qu’il comptait réellement faire. Pourquoi, alors qu’il commençait à afficher plus d’ambition (La Chute de la maison Usher est sortie la même année), serait-il retourné à un style aussi rudimentaire que celui affiché dans ses premières productions de science-fiction ? C’est une théorie envisageable. Toutefois, cette impression de simplisme peut partiellement découler du fait que la copie du film en circulation est assez abominable, avec notamment un son atroce, même à l’aune des films du domaine public.

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