Cinéma Horreur

Scream 3 – Wes Craven

Ecrit par Loïc Blavier

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Scream 3. 2000.
Origine : Etats-Unis
Genre : Slasher
Réalisation : Wes Craven
Avec : Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Parker Posey…

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Ca y est, il l’a fait ! Wes Craven s’est enfin illustré ailleurs que dans l’horreur en réalisant La Musique de mon cœur, condition sans laquelle le réalisateur refusait de reprendre du service pour le troisième Scream. Passé ce caprice ayant abouti à l’enrobage mélodramatique de Meryl Streep, le voilà donc à la tête du film final d’une trilogie ayant entraîné dans son sillon de profonds changements dans l’industrie du cinéma d’horreur, imposant au passage de nouvelles têtes dans le paysage hollywoodien et consacrant la firme Dimension Films, branche de Miramax dédiée au cinéma dit « de genre ». Rédigés par Kevin Williamson, les deux premiers Scream dissertaient avec plus ou moins de condescendance sur le cinéma d’horreur, et notamment sur le slasher, genre prêtant facilement le flanc aux quolibets de par sa nature simpliste. Nombreux furent les films à s’inscrire dans cette tradition, abandonnant au passage la reflexion pour devenir l’exacte illustration des codes avec lesquels les films de Craven prétendaient jouer. Entre 1997, date de Scream 2, et 2000, celle de Scream 3, de tels films ont proliféré, tous plus insipides les uns que les autres, mais récoltant de jolis succès auprès d’un public très adolescent. Cependant, sentant le vent tourner, il était temps pour Craven de mettre un point final à sa franchise avant que le genre ne tombe en totale désuétude. Kevin Williamson, occupé ailleurs, ne put écrire lui-même le scénario. Qu’à cela ne tienne : prévoyant, le scénariste avait laissé ses instructions ! C’est au jeune Ehren Kruger qu’échut la tâche de faire prendre la sauce. Le premier Scream s’était penché sur le cas des slashers en général, le second sur celui des séquelles… Le troisième allait-il se contenter d’être un banal jeu de massacre ? Que nenni ! Kruger respecta le point de vue de Williamson, décidé à aborder logiquement le cas des fins de trilogie !

Sidney Prescott (Neve Campbell) est désormais recluse dans une belle bâtisse isolée. Cherchant à oublier les drames ayant jalonné sa vie, elle travaille désormais par téléphone, en tant que soutien psychologique aux personnes en détresse. Seul l’ex flic Dewey (David Arquette) reste dans son entourage. Dewey qui de son côté fait office de conseiller technique sur le tournage de « Stab 3 », troisième volet d’une série cinématographique inspirée par les séries de meurtres auxquelles Sidney, Dewey, la journaliste Gale Weathers (Courteney Cox) et quelques autres ont survécus. Or, seules deux séries de meurtres ont pour l’instant frappé Sidney. A moins que… mais oui ! Ca alors ! Les meurtres reprennent et plusieurs des acteurs de « Stab 3 » sont assassinés, à commencer par Cotton Weary, survivant d’un massacre qui tenait son propre rôle ! Si l’on s’en fie aux photos de la mère de Sidney retrouvées sur les lieux des crimes, le tueur se ne limitera pas longtemps aux meurtres des acteurs (qui périssent selon l’ordre envisagé dans le scénario de « Stab 3 ») et touchera bientôt à nouveau Sidney, Dewey, et Gale…

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Déjà franchement limite dans son appréciation du genre qu’il était censé décortiquer (les séquelles), Scream 2 devenait gonflant à force de prétendre mettre de la distance entre sa pseudo culture cinéphilique et son intrigue à proprement parler. Mais ce n’était rien comparé à ce Scream 3, qui jongle constamment entre trois niveaux de réalité à assimiler les uns aux autres, et ce dans un bordel sans nom. Il y a d’abord le niveau du spectateur (appelons-le niveau 1), conscient d’assister à un film. Il y a ensuite le niveau de Sidney et de ses amis (niveau 2), qui possèdent leur propre monde réel. Enfin, le niveau de « Stab 3 » (niveau 3), le film dans le film. Prenons un exemple concret : Gale Weathers. Au niveau 1, il s’agit de Courteney Cox. Au niveau 2, Gale Weathers. Au niveau 3, Jennifer Jolie, l’actrice incarnant le rôle de Gale dans « Stab 3 ». Le spectateur sait que Courteney Cox incarne Gale Weathers, et cette même Gale Weathers sait qu’elle est incarnée par Jennifer Jolie. Chaque niveau possède du recul sur le niveau qui lui succède, le niveau suprême étant le niveau 1, celui du spectateur, qui peut tout aussi bien être rattaché directement au niveau 3. C’est ainsi que l’actrice jouant Gale se nomme Jennifer Jolie, contraction de Jennifer Anniston et Angelina Jolie. Quant au niveau 3, n’ayant aucune conscience de rien, il vit sa vie autonome, sans recul, et Craven évite autant que faire se peut de complexifier son postmodernisme lourdingue en rattachant Jennifer Jolie au niveau 2. Elle demeure au niveau 3, tout comme l’actrice incarnant Sidney (Angelina Tyler… oui, là encore, il s’agit d’une contraction pour faire rire les spectateurs du niveau 1). La vraie Gale Weathers est suivie pas à pas par une Jennifer Jolie souhaitant devenir Gale à la place de Gale, quitte à passer pour une caricature, et la vraie Sidney Prescott est idolatrée par une Angelina Tyler décidée à devenir l’exacte réplique de son modèle. Persuadé de pouvoir pousser le concept encore plus loin, Craven vient encore greffer des éléments extérieurs à la trilogie Scream, donnant tout leurs sens à des rôles exploités à ces mêmes fins comiques, tels que cette standardiste incarnée par Carrie Fisher disant qu’effectivement, tout le monde lui dit qu’elle ressemble à la princesse Leia, et qu’elle a même postulé pour le rôle, mais qu’elle n’a pas été prise parce qu’elle n’a pas couché avec George Lucas. Le spectateur est conscient de voir Carrie Fisher (niveau 1), Sidney est consciente de voir une standardiste (niveau 2), qui elle-même est consciente d’être la réplique de Leia (niveau 3). Encore les trois niveaux. Le principe se répète avec le producteur des « Stab » : un producteur indépendant quelque peu véreux, à qui l’on attribue un passé glorieux dans les années 70. Le spectateur songe immédiatement à Roger Corman… Corman, qui si il n’interprète pas le rôle de ce producteur (confié à Lance Henriksen), apparaît tout de même dans le petit rôle d’un de ses associés. Difficile de croire à un hasard… Ce n’est pas peu dire que cette ironie constante est exaspérante : le film, bien trop long pour ce qu’il a à dire (presque 2 heures), est pratiquement irregardable. La vraie histoire du film, celle de Sidney Prescott, est diluée dans ce postmoderniste auquel appartient également le discours sur les fins de trilogie, amené de façon on ne peut plus stupide : la soeur du cinéphile décédé dans Scream 2 se présente auprès de Sidney et lui tend une cassette léguée par son frère. C’est en la visionnant que la fille Prescott apprendra les codes des trilogies, selon lesquels le tueur est plus que susceptible d’agir… Les mystères sont résolus et tout peut arriver. Tel est la vision des derniers épisodes de trilogie (et des derniers épisodes au sens large). Vision très contestable, mais selon laquelle Craven va modeler son film, donnant ainsi le fin mot de l’histoire du meurtre de la mère de Sidney, qui avait été à l’origine des meurtres de Scream et Scream 2. Évidemment, cette explication s’accompagnera d’une bonne dose d’interaction entre les différents niveaux de perception. Avec tout ceci, il ne subsiste plus beaucoup de place pour l’horreur. Un simple meurtre devient un acte ironique, et le suspense de certaines situations est tout simplement bâclé. Scream 3 est définitivement éloigné des bases du slasher et de l’horreur, à tel point que le réalisateur se sent obligé d’amener dans le récit une petite parcelle de fantastique prenant l’allure d’un fantôme intervenant dans les rêves (comme dans Les Griffes de la nuit) ou surgissant sous un drap évoquant celui utilisé par Michael Myers dans Halloween. Encore plus grave : du premier au troisième film, ses personnages de Sidney, Gale et Dewey n’auront jamais évolué, et se seront contentés respectivement d’être une sainte-nitouche, une peste et un neuneu.

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La conclusion de la trilogie Scream est certainement la pire chose qu’ait pu réaliser Wes Craven. A force d’ironie, l’autrefois glorieux réalisateur de La Colline a des yeux livre un film insipide persuadé d’être un monument de drôlerie hautement savante (y compris avec ses références ouvertement « people »)… La démagogie est palpable, le spectateur est amené à rire des imbéciles qui sont sur l’écran et qui ne savent rien et, pire que tout, le cinéma d’horreur est assimilé à ces âneries. Tout est à jeter. Cependant, il est permis de trouver dans Scream 3 l’origine de la génération « fanboys sincères », qui, peut-être en réaction, fera tout l’inverse de Craven en reprenant leurs modèles à tour de bras avec une déférence paralysant tout esprit d’initiative. Bien triste époque que ces années 2000…

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