Cinéma Comédie Drame

Runaway Daughters – Joe Dante

Ecrit par Loïc Blavier

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Runaway Daughters. 1994.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Joe Dante
Avec : Julie Bowen, Holly Fields, Jenny Lewis, Dick Miller…

Dans les années 50, Angie Gordon, Mary Nicholson et Laura Cahn sont trois étudiantes aux aspirations libertaires, déjà plutôt mal à l’aise dans une société conformiste et moraliste. Alors quand l’une d’elles, Mary, tombe enceinte après s’être pour la première fois livrée à son petit ami, rien ne va plus aller. Autant pour échapper à sa famille que pour retrouver ce même petit ami, lâchement parti s’engager dans l’armée, Mary et ses trois copines vont décider de simuler un faux kidnapping et de partir à San Diego pour mettre le grappin sur le père de l’enfant avant son départ…

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Il m’est fort difficile de faire la critique de ce Runaway Daughters, pour la simple et bonne raison qu’il s’agit ici, et croyez-moi ça me fait très mal de l’écrire, du seul film de Joe Dante que je ne trouve pas bon… Runaway Daughters est le remake d’un film d’exploitation d’Edward L. Cahn datant de 1956 et produit par American International Pictures (AIP pour les intimes). Un film dédié avant tout à un public adolescent, et dont le remake de Joe Dante s’inscrit dans une série de remakes des productions adolescentes de l’AIP réalisée à l’initiative d’une chaîne télévisée, Showtime. Il s’agit donc d’un téléfilm a priori parfait pour Dante, qui trouve ici l’occasion de faire un petit film se déroulant dans une époque qu’il connaît très bien, les années 50. Et en effet, Dante s’est véritablement attaché à faire de Runaway Daughters un film familial et très référentiel. Familial dans le sens où toute la famille cinématographique de Dante (du moins les acteurs) est réunie à l’écran. Il ne manque à vrai dire que Kevin McCarthy. Mais si ce n’est pour les trois héroïnes, tout le reste du casting est fait d’habitués des films de Dante, ou au moins d’acteurs ayant fait leurs marques dans le cinéma de science-fiction des années 50. Déjà Dick Miller, dans un rôle de détective privé futé. Et puis également Roger Corman et sa femme Julie, parents d’un petit déserteur. Robert Picardo, Belinda Balaski, Wendy Schaal, Dee Wallace Stone, Archi Hahn, Cathy Moriarty, Rance Howard, Don Steele, auxquels s’ajoutent Dabbs Greer (vu dans It ! The Terror from Beyond Space, un film d’Edward Cahn de 1958, et dont l’Alien de Ridley Scott constitue le remake) et surtout le mythique Samuel Arkoff, patron de l’AIP dans les années 50 et 60 avec son collègue James H. Nicholson (donc producteurs du Runaway Daughters d’origine), décédé en 1972, à qui le film est dédié. Du reste les noms de famille des personnages principaux sont repris des concepteurs du film original.
Côté références, on notera bien entendu les nombreuses affiches de films AIP (dont ceux de Corman, bien sûr) qui jalonnent le drive-in tenu par les parents d’une des héroïnes. D’autres références sont à signaler, plus ou moins discrètes : la station essence appelée « American International Petroleum » et dotée du logo de l’AIP., ou encore, plus directe, l’ouverture du film, toujours au drive-in, qui diffuse I was a Teenage Werewolf (Gene Fowler Jr., 1957). Dante se plait aussi à recréer toute l’atmosphère de ces années 50 dans lesquelles il a grandi, et donne à son film une touche années 50 fort appréciable. Voitures, vêtements, coiffures, ou même tout simplement objets de la vie courante, tout est d’époque, et il n’y a aucune fausse note à ce niveau là. La BO s’enorgueillit aussi de superbes titres rock’n’roll de Fats Domino, Eddie Cochran, Ricky Nelson etc… Il n’y a pas de doutes, on se trouve bien dans un film de Joe Dante. Le réalisateur s’est fait plaisir… peut-être trop. Car c’est probablement ce trop grand respect des années 50 et du film d’origine ainsi que la surabondance de références qui a plombé le film. Dante, comme on pouvait l’imaginer dès le générique de début avec ses images d’archives des faits marquants des années 50 (la rencontre Nixon / Khrouchtchev, Fidel Castro, les décollages des navettes spatiales etc) s’évertue à retranscrire la société des années 50, mettant l’accent sur les stéréotypes. Les parents sont dotés d’une morale obsolète contraignante, le petit ami d’une des filles est un blouson noir gentil et intellectuel façon Beat Generation, trois péquenots rencontrés dans les bois s’avéreront des patriotes paranoïaques partis à la chasse aux communistes, les flics seront hors du coup…

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Dante montre une société d’où les jeunes veulent s’échapper dans un traditionnel conflit adultes / ados. Mais là où le film pêche, c’est par sa gentillesse. Les trois héroïnes ne sont en rien subversives, et restent malgré tout elles aussi plutôt gentillettes, malgré le culot dont elles font parfois preuve. Peut-être qu’il en était de même dans les années 50, mais ceci n’est pas pour dynamiser un film qui pêche par une intrigue propre et posée telle que l’on ne pouvait l’imaginer dans un film de Dante, d’autant plus que le côté « évasion des bonnes mœurs » de Runaway Daughters aurait pu lui permettre davantage de folie. Ainsi, les rares fois où l’intrigue pourra être orientée vers le drame pur, Dante et son scénariste Charlie Haas (pourtant un de ses fidèles collaborateurs, et à qui l’on doit le script de Panic sur Florida Beach) s’empressent de rétablir le côté comédie légère avec des pirouettes plutôt naïves, du style de celles que l’on pouvait retrouver dans les années 50. La fin sera ainsi assez hallucinante de consensualité. Et le problème vient ici de ce que l’humour, beaucoup trop convenu, tombe à plat. Dante veut rire de cette période (d’où les stéréotypes) sans tomber dans la parodie. Mais la mayonnaise ne prend pas, et la déférence envers l’époque paralysera quelque peu l’ensemble. Le film fera un peu songer à un Panic sur Florida Beach en moins maîtrisé (à l’image du vol de Spoutnik, le satellite soviétique survolant la terre au moment de l’action du film, à propos duquel les personnages s’inquiéteront au début avant d’évacuer totalement le sujet). On sent que l’adolescence et ses problèmes existentiels sont moins une source d’inspiration pour Dante que l’enfance et son imaginaire. A ce titre, le film ne sera donc que d’un plaisir formel, l’intrigue principale ainsi que tout les sous-propos étant trop enclins à ne pas en faire trop pour ne pas trahir l’époque. Les piques de Dante sont légères (excepté peut-être contre la police et l’armée) et le film manque beaucoup d’agressivité. Surprenant, et c’est un crève-cœur pour moi que de l’avouer.

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