Cinéma Comédie

Rock’n’Roll High School – Allan Arkush, Joe Dante

Ecrit par Loïc Blavier

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Rock’n’Roll High School. 1979.
Origine : Etats-Unis
Genre : Roger Rockman
Réalisation : Allan Arkush, Joe Dante
Avec : P.J. Soles, Dey Young, Mary Woronov, Clint Howard…

Après avoir fonctionné en binôme dans la conception des bandes annonces, puis dans la réalisation de leur premier film, Hollywood Boulevard, Allan Arkush et Joe Dante auraient définitivement pu se séparer. En apparence, c’est même ce qui se produisit après avoir travaillé conjointement à l’élaboration de ce qui était alors « Girls’ Gym » et qui deviendra Rock’n’Roll High School. Une réminiscence des films pour adolescents mélomanes des années 50, remis au goût du jour selon la volonté d’un Roger Corman aguiché par le succès des comédie adolescentes comme Lâche-moi les baskets ou American College et qui hésita entre disco et rock’n’roll nouvelle génération. Poussé par ses deux poulains, il opta finalement pour un film rock. Mais il n’était pas dit qu’Arkush et Dante avaient encore envie de faire une nouvelle fois dans la co-réalisation. Bon prince, Dante céda le morceau pour aller à contrecœur réaliser Piranhas, laissant à ce grand amateur de rock qu’est Allan Arkush le soin de mener à bien ce projet. Ce qu’Arkush fit en héritant des Ramones (bonne pioche si l’on considère que l’on aurait aussi bien pu avoir Van Halen), après qu’une flopée d’autres artistes aient reculé devant ce projet tourné avec des bouts de chandelles. Sur ce, arrivé vers la fin du tournage, Dante -qui en avait fini avec Piranhas– fut appelé pour prendre la tête de la seconde équipe puis le lendemain pour remplacer un Allan Arkush hospitalisé. Débarqué sur un film qui n’avait plus grand chose à voir avec ce qu’il avait en tête lorsqu’il travaillait encore dessus, il dut réaliser quelques scènes (la principale étant celle où les élèves se livrent à une danse endiablée dans le gymnase), à l’improviste, sans indication laissée par Arkush ou par quiconque, et entamer le montage jusqu’à ce que Arkush revienne. Voilà la méthode Corman : des débutants acquérant de l’expérience à la dure. Ce serait même là la cause de l’hospitalisation de Arkush, victime d’un gros coup de mou devant les épreuves, et qui reste malgré tout le véritable chef d’orchestre de Rock’n’Roll High School.

Branle-bas de combat à la Vince Lombardi High School, qui se retrouve une fois de plus sans proviseur ! Les uns après les autres, ils craquent sous la pression des élèves. Le conseil d’administration décide de ne plus faire de quartier et de nommer la très martiale voire un peu nazillonne Evelyn Togar (Mary Woronov). Sa prise de fonction a lieu dans un état d’effervescence générale chez les élèves, qui trépignent en vue du concert des Ramones qui doit avoir lieu dans quelques jours. Chef de file des fans du groupe, Riff Randell (P.J. Soles) est la première à tomber dans le collimateur de Miss Togar. Mais elle est loin de se laisser démonter, et entend bien galvaniser les foules, tant pour les Ramones que contre la directrice d’établissement.

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Ça aurait pu être Rock’n’Roll High Scholl, mais ce fut American College. Le titre de comédie adolescente la plus influente finit en effet par échoir au film de John Landis, bien que celui de Arkush ne soit pas tout à fait tombé dans l’oubli (une séquelle en fut même tournée en 1991). La faute peut en incomber à la volonté de Arkush de faire dans le film musical davantage que dans la provocation à visée satirique. Non pas que son film à lui soit dénué de tout esprit de rébellion, bien au contraire, mais celle-ci ne se conçoit pas comme une sorte de philosophie de vie étudiante hédoniste comme c’était le cas auprès de John Belushi et de ses camarades. La rébellion de P.J. Soles et de ses camarades est plus ciblée. Elle coïncide tout simplement avec la musique rock, dont l’esprit rebelle a déjà frayé de nombreuses fois au cinéma, que ce soit dans Graine de violence, dans Le Rock du bagne voire même (plus pop) dans les films de Richard Lester avec les Beatles. Plus qu’à la comédie adolescente comme on l’entend traditionnellement, à base de jeunes soiffards, c’est à cette mouvance que se rattache Rock’n’Roll High School. Arkush assimile le côté musical au côté rebelle, l’origine même des évènements narrés étant en lien avec la musique, bien plus qu’avec le refus pur et simple des règles scolaires. Riff Randell ne demande nullement à vivre sa vie sans contrainte, ce n’est pas une hooligan en puissance : elle demande juste que les exigences scolaires n’entrent pas en contradiction avec son goût pour la musique, sa priorité numéro un. Ses camarades sont à l’avenant, quoique moins monomaniaques. Il en résulte que les jeunes de Rock’n’Roll High School apparaissent dans le fond bien plus sages que leurs homologues d’autres comédies lycéennes ou étudiantes, et ce bien que la forme de leur contestation -de plus en plus énorme- finisse par dépasser ce que l’on a l’habitude de voir. Fait assez étonnant, Arkush fait primer la musique rock sur les valeurs censées être véhiculées par celui-ci, qui en général, et du moins à son origine, n’était qu’une forme revêtue par une rébellion plus profonde envers le moralisme jugé étouffant. Or, pas plus que ses protagonistes le réalisateur ne s’attaque à ce qui est plus profond. Un peu comme s’il avait conscience que le rock n’est pas une alternative sociale, et qu’il serait bien pompeux de prétendre que la musique incarne une philosophie révolutionnaire. Tels qu’ils apparaissent dans le film (où ils sont même plutôt mollassons -en fait mauvais acteurs- en dehors des scènes musicales) les Ramones ne sont en rien des guérilleros anarchistes : ils ne souhaitent que donner du bon temps à leur public, et aider celui-ci à défendre le droit à ce bon temps contre une directrice militariste prétendant faire des règles scolaires non seulement le quotidien des élèves au bahut, mais aussi l’alpha et l’oméga de leur vie personnelle. C’est cela que Riff rejette, et c’est pour lutter contre ça que les Ramones finiront par intervenir dans le lycée. Plus parlant encore, la conversion du très guindé professeur de musique, invité par Riff au concert, auquel il assiste par politesse et dont il revient tourneboulé, prêt à défendre la cause avec toute la bonhomie dont est capable son brave interprète, le regretté Paul Bartel. Ou comment réconcilier milieu scolaire et préoccupation lycéenne.

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Vivre pour la musique et faire triompher la cause du rock’n’roll… Voilà donc le mince enjeu de l’intrigue et de ses personnages très superficiels. Par conséquent, à moins vraiment d’être soi-même un ado plongé corps et âme dans un phénomène de mode musical, on est bien en peine de s’identifier à son casting constitué surtout d’immatures péronnelles hystériques à l’approche du concert des Ramones. L’argument musical peine à porter, et sur ce point on est en droit de préférer un American College qui, tout en s’adressant lui aussi à un public de jeunots, est tout de même moins démagogue. Pour autant, ce que l’on demande à Arkush ne réside pas tant dans un sous-propos que dans la façon dont il traite ce qui avant d’être une comédie adolescente est une comédie tout court. Avec Dante, sur un sujet certes autrement plus pertinent, son Hollywood Boulevard était, osons le mot, brillant. Avec ses comédies échevelées, genre dans lequel s’est notamment révélé Jonathan Demme, la New World de Roger Corman déçoit rarement. En général, les productions maison fourmillent d’idées et de dynamisme. En tant que monteur formé chez Corman, Arkush ne pouvait échouer et il n’échoue pas. Sur le point de l’énergie, il dépasse même John Landis et au moins l’influence rock se fait sentir. Un rock endiablé, digne des années 50, qu’incarne la musique des Ramones, complétée par quelques autres chansons remarquables dont le School’s Out de Alice Cooper (mais on trouve aussi du McCartney période Wings, un peu hors sujet….Pour l’anecdote, il s’agit d’une chanson composée en vain pour un autre film, et que Arkush a pu racheter à bas prix pourvu que le nom de McCartney ne soit pas mentionné au générique). Ce rock-là se veut plus humoristique que révolutionnaire, ce qui colle bien à la fois au ton du film et à sa structure, qui part un peu dans tous les sens. Si la croisade de Riff -portée par l’énergie de P.J. Soles- sert de fil directeur, la révolte qu’elle suscite dans le lycée provoque pas mal de retombées annexes qui ne sont pas moins amusantes que la révolte en elle-même, sinon plus si l’on considère que l’axe central se limite en un cache-cache entre Riff et Togar. En fait, elle l’étaie et lui évite de devenir lassante tout en donnant au film l’orientation bordélique déjà de mise dans Hollywood Boulevard. C’est que la Vince Lombardi High School devient vraiment la Rock’n’Roll High School, un lieu de grand n’importe quoi virant à l’absurde. Pendant que Riff est occupée à lutter contre Togar et ses deux malabars crétins tout en fantasmant sur les Ramones, les autres font ce que bon leur semble, ne rappliquant que lorsqu’on les y invite (principalement à partir de la scène du concert). C’est l’occasion de faire régner une certaine forme d’anarchie assez proche du cinéma de Joe Dante, d’autant plus que les acteurs fétiches de ce dernier sont aussi ceux de Arkush (Mary Woronov, Dick Miller, Paul Bartel, Clint Howard, l’ancien DJ et présentateur radio Don Steele…). Le réalisateur promène sa caméra à droite et à gauche, dans un grand bordel dans lequel on peut voir passer une souris géante, fruit des expériences de Togar sur l’écoute prolongée du rock’n’roll, ou encore visiter les toilettes qui servent de salle d’attente à un élève businessman qui aime rendre service à ses petits camarades pour toutes sortes de questions servant de sous-intrigues amoureuses à propos de Kate, la meilleure ami de Riff. Quant aux numéros musicaux, c’est l’occasion pour tout le monde de se lâcher complétement. Le concert des Ramones finit par ressembler à une foire, sans parler de leur irruption au lycée qui était déjà au bord de l’implosion.

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Si la forme répond parfaitement aux attentes qu’on pouvait avoir envers une comédie signée par le comparse de Joe Dante, le fond laisse un peu sur sa faim. Certes, la cause du rock est bien servie, et il est appréciable que la rébellion lycéenne ne soit pas vue sous le prisme du mal-être mais juste sur celui de l’amusement, mais il n’empêche que j’espérais quelque chose d’un peu plus mordant de la part de Arkush, qui se contente de donner vie aux rêves immatures de lycéens pubères. En un sens, l’abus de la forme rock’n’roll a fini par se faire au détriment du fond… Enfin bon, ne boudons pas notre plaisir face à une comédie joyeusement anarchique, profondément cormanienne et surtout brillamment mise en scène par un réalisateur qui, comme cela se constate, est passé maître dans l’art du montage rock’n’roll.

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