Cinéma Horreur

Rise – Sebastian Gutierez

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Rise : Blood Hunter. 2007.
Origine : Etats-Unis
Genre : Anémique
Réalisation : Sebastian Gutierez
Avec : Lucy Liu, Michael Chiklis, James d’Arcy, Carla Gugino…

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En s’intéressant de trop près au mouvement gothique et aux nombreuses soirées dans la région qui en découlent, la journaliste Sadie Blake (Lucy Liu) finit par croiser la route de Bishop (James d’Arcy) et Eve (Carla Gugino), deux vampires qui n’apprécient guère qu’on s’intéresse à leurs petites sauteries. Laissée pour morte, Sadie se réveille à la morgue, découvrant ainsi son nouveau statut. Déboussolée et se découvrant un irrépressible goût pour le sang, elle doit son « salut » à un mystérieux individu qui va lui fournir les clés pour accomplir sa vengeance.

Difficile de se montrer encore original en traitant d’une histoire à base de vampires. A force d’être accommodé à toutes les sauces (le gothico punk de Underworld et ses suites ; la romance adolescente de Twilight et ses trop nombreux chapitres ; le ridicule de Van Helsing ; ou encore l’héroïsme comic book des Blade), ce haut représentant du bestiaire du fantastique a fini par en perdre toute saveur, à défaut de son pouvoir d’attraction, toujours aussi élevé. La figure effrayante et subversive des origines s’est progressivement affadie pour n’être plus qu’un simple produit d’appel maltraité par des réalisateurs sans idées. Ces dernières années, seuls Morse de Tomas Alfredson (2008) et Thirst de Park Chan-wook (2009) ont su redonner un peu de vigueur au mythe vampirique. Auteur de l’agréable polar Juda’s Kiss en 1999, Sebastian Gutierez tente à son tour d’apporter sa pierre à l’édifice avec ce Rise qui choisit de remiser tout le folklore au vestiaire pour une sorte de rape and revenge mâtiné de fantastique.

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Pour son histoire de vampires, Sebastian Gutierez choisit de jouer la carte de la modernité. Ses vampires n’arborent pas de menaçantes canines, pas plus qu’ils ne se distinguent par le teint cireux de leur visage. Pour faire couler le sang, se substitue aux dents un instrument particulièrement aiguisé dont ils se servent pour trancher la carotide de leurs proies. C’est moins sensuel mais plus radical. En outre, ses princes de la nuit ne sont pas dotés d’une force surhumaine, n’ayant donc que leur immortalité –relative– pour se distinguer du commun des mortels. Par ailleurs, le terme de « vampire » n’est jamais prononcé de tout le film, comme si Sebastian Gutierez souhaitait prendre ses distances avec cette figure mythologique qui ne l’intéresse finalement peu. Les vampires du film, Bishop en tête, se retrouvent totalement dépourvus d’aura. Ils ne sont dépeints que comme de vulgaires assassins, énième menace d’une jeunesse qui n’a plus assez de doigts pour les compter toutes. Assumant totalement d’avoir comme seuls loisirs le sexe et les meurtres, ils s’y adonnent sans relâche sans pour autant que cela n’influe sur l’atmosphère du film. En dépit des mœurs dissolues des vampires, Rise ne déploie aucune sensualité comme en témoigne la scène de triolisme assez clinique qui se trouve à l’origine de la nouvelle destinée de Sadie. La chair est triste pour ces vampires à l’image de Bishop dont l’interprète véhicule tout du long un ennui poli et communicatif. Si cela avait été voulu, cet ennui apparent aurait pu signifier la lassitude de vampires désireux d’en finir avec leur existence monotone, et qui verraient en Sadie l’instrument de leur libération tant espérée. Cela aurait eu le mérite de conférer un peu d’épaisseur à des personnages qui en l’état en sont totalement dépourvus, simples plots sur le parcours vengeur de Sadie.
Davantage que les vampires en eux-mêmes, c’est donc la descente aux enfers de Sadie qui motive la démarche du réalisateur. Construit en une sorte de montage parallèle alternant les flashbacks de l’origine et de l’apprentissage de sa nouvelle condition, et l’avancée de son odyssée vengeresse, le récit s’échine à prendre des accents de tragédie. Une construction particulièrement maladroite puisque en alternant ainsi les séquences d’une Sadie sûre de son fait et celles d’une Sadie complètement perdue et en souffrance, Sebastian Gutierez ne parvient pas à nous impliquer quant au sort de son héroïne. Difficile en effet de se sentir concerné par ses malheurs lorsque le film nous la dévoile dès le début en manipulatrice machiavélique dotée d’un sang-froid à toute épreuve. Pour ce qu’il a de saisissant, le contraste entre la Sadie apeurée et la Sadie déterminée ne suffit pas sous cette forme à étoffer le personnage. De fait, de nombreuses scènes ne fonctionnent pas, notamment tout ce qui a trait aux tentatives vouées à l’échec de Sadie pour garder le contact avec sa mère. Censées illustrer tout le drame de sa situation, ces scènes larmoyantes contribuent en fait à renforcer notre distanciation. Il en va de même vis-à-vis de sa vaine tentative de suicide. Sebastian Gutierez ne ménage pas sa peine pour faire de Sadie un personnage tragique, mais tous ses efforts sont plombés par un manque flagrant de subtilité et le ton très sérieux qui accompagne les traumas de personnages déjà vus à moult reprises. Outre un intérêt très relatif (pour ne pas dire inexistant), l’inspecteur Clyde Rawlins représente ces proches dont la vie est détruite par la boulimie de nos vampires. Inconsolable depuis la mort de sa fille, il picole plus que de raison tout en remontant en free lance la piste du probable assassin de sa progéniture. Par son intermédiaire, le réalisateur agrémente son récit de péripéties aussi follement excitantes que les visions éthyliques du bonhomme (sa fille ensanglantée vient le hanter la nuit venue), des interactions longuettes entre Sadie et lui (tirs dans le dos pour bien qu’il comprenne qu’elle n’est plus humaine, scénette autour de la difficulté de fermer sa braguette lorsqu’on a les mains menottées derrière le dos…), et ses retrouvailles déchirantes avec sa fille vampirisée qui aboutiront à la bonne vieille astuce du gilet pare-balles ! A côté de ça, le chaman qui recueille Sadie et la prend sous son aile en l’affranchissant sur sa condition (quoique loin d’être bête, la journaliste en avait déjà saisi la nature) et en lui fournissant l’arme indispensable à son entreprise vengeresse (une arbalète de poche nantie de ses flèches en acier en guise de pieux) se voit cantonné à une petite scène de rien du tout en milieu de métrage. Avec son air mystérieux du gars qui en sait bien plus long que ce qu’il veut bien révéler, il semble s’inscrire dans un dessein beaucoup plus large, genre le personnage récurrent d’une saga qui n’apparaît que pour fournir quelques clés à l’héroïne avant de se volatiliser. Étant donné qu’il y a peu de chance que Rise engendre des suites, ledit chaman se limite ici à un personnage accessoire qui tombe comme un cheveu sur la soupe, prodiguant comme unique conseil de ne s’attaquer à Bishop qu’après avoir tué ses quatre comparses. Et Sadie de s’exécuter sagement, bien décidée à venger son honneur bafoué (elle a tout de même été violée) sous couvert d’intentions plus louables (elle veut les empêcher de poursuivre plus longtemps leur entreprise meurtrière).

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Film à la post-production chaotique (le film est sorti en salles tronqué de 20 bonnes minutes), Rise ne retrouve pas une plus grande cohérence en vidéo, en dépit d’un montage plus long. Sans être une catastrophe (la réalisation est correcte, la photographie jolie et Lucy Liu plutôt convaincante en chasseuse de vampires), Rise ne passionne guère. La faute à des personnages d’une platitude confondante et d’un traitement du mythe vampirique sans réelle originalité.

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