Cinéma Horreur

Retour à la maison de l’horreur – Victor Garcia

Ecrit par Loïc Blavier

Return to House on Haunted Hill. 2007.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur incongrue
Réalisation : Victor Garcia
Avec : Amanda Righetti, Erik Palladino, Tom Riley, Jeffrey Combs…

Ariel Wolfe est une femme très occupée par son travail de rédactrice en chef. Tellement occupée qu’elle n’a pas le temps de répondre aux coups de fil de sa sœur Sara. Alors lorsque la frangine est retrouvée morte d’une balle dans la tête, Ariel se sent un peu morveuse. Bien décidée à en savoir plus, elle se rend dans l’appartement où Sara se serait suicidée, et y croise la route de Hammer, un prof d’université spécialisé dans la quête d’une statuette diabolique à l’effigie du sinistre Baphomet. Sara aurait selon lui été la détentrice du journal du Dr. Vannacutt, le médecin naguère en charge de la vaste bâtisse sur la colline, celle-là même où Sara avait affronté tant d’évènements dramatiques il y a quelques temps… Tout porte à croire que la statue de Baphomet se trouverait là-bas, et que le journal de Vannacutt permettrait de la localiser définitivement… Ariel n’est pas très concernée par cette histoire, mais kidnappée avec son photographe par des trafiquants d’arts eux aussi à la recherche de la statuette, elle est conduite de force dans la « maison de l’horreur », où, outre ses ravisseurs, elle retrouvera Hammer, deux de ses étudiants, ainsi et surtout que la pléthore de fantômes véhéments menés par le Dr. Vannacutt…

Quelle mouche a piqué Joel Silver et Robert Zemeckis pour qu’ils se décident, 8 ans après La Maison de l’horreur (film honorable et relatif succès commercial, mais rien d’inoubliable) de commanditer une séquelle au film de William Malone ? Ce n’est en tous cas certainement pas pour redynamiser leur firme Dark Castle, qui depuis La Maison de l’horreur, se contentait de vivoter avec un Gothika par-ci, une Maison de cire par-là… Pas de quoi hélas raviver le souvenir de l’imaginatif William Castle, auquel Silver et Zemeckis prétendaient pourtant rendre hommage par le biais de leur compagnie. Et ce n’est certainement pas en donnant une telle séquelle à ce qui était un remake de La Nuit de tous les mystères que les choses allaient s’arranger. Tout produit qu’il soit par deux pointures hollywoodiennes, Retour à la maison de l’horreur tombe directement dans la catégorie du direct-to-DVD tourné à moindre coup en Bulgarie, comme la première bouse venue sur Syfy Channel. Aux commandes : Victor Garcia, spécialiste espagnol des effets spéciaux (pour Del Toro, pour Almodovar, pour Brian Yuzna quand celui-ci officiait en Espagne…) désireux de prendre du gallon. Il va sans dire que sa fonction d’origine a certainement dû beaucoup compter dans son embauche, puisque en gros, Retour à la maison de l’horreur ne mise que là-dessus… Et ne réussit pas systématiquement son coup, le film ayant son lot d’effets numériques foireux. Mais s’il n’y avait que ça de raté…

Inutile de s’attendre à la finesse d’une Maison du diable : c’est à peine s’il est possible de dire que nous sommes devant un film de maison hantée. Peut-être les scénaristes ont-ils considéré que leurs spectateurs étaient déjà familiers avec la « Hill House » et qu’il était inutile de s’attarder là-dessus, mais toujours est-il que le concept de « progression » leur est totalement inconnu. L’artillerie lourde est tout de suite de mise, et les fantômes apparaissent comme autant d’assassins en puissance, et de l’espèce la plus barbare qui soit. Nous n’en sommes plus aux portes qui claquent ou aux silhouettes transparentes au bout d’un couloir sombre : ici, nous avons du spectre défiguré qui torture, qui écartèle, qui se roule des pelles à poil, tout en se mouvant d’une manière accélérée et syncopée au milieu d’un montage lui-même hachuré et hystérique. Point de hantise à l’horizon: juste de la barbaque concoctée par des monstres typiques des années 2000. Et lorsque les meubles se mettent à léviter, c’est tous les meubles qui le font jusqu’au plafond avant que le frigo n’écrase violemment la tête d’une victime dans une grande gerbe de sang. De frayeur, il n’est jamais question : le seul émoi que Garcia et ses acolytes veulent faire naître, c’est celui de savoir à quelle sauce rouge sera mangé tel ou tel personnage qui va ou vient de tomber dans les griffes d’un fantôme. Une approche qui s’apparente un peu à ce que l’on a nommé « torture porn » et qui ici dans le contexte de Dark Castle pourrait vaguement prétendre entrer dans la démarche de William Castle, dont les films horrifiques étaient moins effrayants qu’enjoués, établissant une connivence rarement atteinte avec le public (ses fameux gadgets lors des diffusions en salles de ses films). Sauf qu’ici, il n’est aucunement question de connivence : le spectacle proposé est une vraie bouillie, et le fait que cela ne s’arrête jamais n’est certainement pas une qualité. En fait, nous nous retrouvons dans un film d’action écervelé, les effusions de sang remplaçant les explosions à tout va. On y retrouve même une petite troupe de malfrats tous flingues dehors, avec les répliques qui vont avec, et qui servent bien entendu de victimes toutes faites. Plus on monte dans la hiérarchie de ces troufions, plus le trépas arrivera tard. Car il ne faudrait pas gâcher le semblant de scénario qui surnage comme l’étron dans la cuvette mal vidée…

Allons y donc pour cette histoire de statuette convoitée par des méchants trafiquants représentés par Desmond, ex étudiant du professeur Hammer passé à la concurrence. Un beau salaud qui, même le nez dedans, ne croit pas une seconde en la hantise de Hill House et qui est prêt à toutes les bassesses pour récupérer la babiole maléfique et encaisser un chèque juteux. C’est à lui qu’on doit la mort de Sara Wolfe et l’implication de la sœur de celle-ci dans cette histoire auprès de Hammer, qui au passage tombe dans le camp des gentils en compagnie du photographe amoureux de Ariel Wolfe. Non qu’il n’aimerait pas mettre la main sur le Baphomet, mais comme Ariel et son promis, il a le sens des priorités. Un moyen infaillible de reconnaître les gentils des méchants est d’ailleurs leur objectif : ceux-ci restent obnubilés par la statuette, tandis que ceux-là cherchent à sortir d’un endroit hermétiquement clos et grouillant de fantômes prêts à vous opérer le cerveau à vif. Le bon sens même ! Ce qui n’exclue pas le courage dans des situations difficiles, telle que cette folle plongée d’Ariel dans la cuve d’eau servant aux expériences de Vannacutt pour y repêcher l’étudiant emmené par Hammer dans ses bagages. Bravoure de l’héroïne qui risque sa peau pour celle d’un personnage secondaire anonyme ! Ce genre de clichés, perfidie d’un côté et altruisme de l’autre, est ce qui tient lieu d’évolution scénaristique, c’est à dire ce qui fait avancer le film de A à Z, souvent au prix d’une bêtise crasse (Ariel a réussi à sortir du manoir avant que les volets d’acier ne tombent… Mais plutôt que d’aller chercher des secours, elle y retourne, pour aider les autres et affronter le cauchemar de sa sœur défunte). En passant, quitte à utiliser un subterfuge idiot pour ramener des personnages à Hill House, Garcia développe un peu les raisons qui ont fait de Vannacutt un monstre au lieu du Prix Nobel qu’il promettait d’être, puis un fantôme particulièrement méchant. C’est bien entendu la statuette de Baphomet, qu’il a acquise en tant que collectionneur d’art ! Voilà qui est tout aussi simple que stupide dans la démarche : plutôt que de laisser les choses telles qu’elles sont, c’est à dire de laisser l’esprit détraqué du personnage de Jeffrey Combs (qui reprend son rôle du premier film et vient arrondir sa fin de mois sans y mettre une once d’envie) dominer les débats et rester inatteignable, le scénario concentre le mal sur un objet précis sur lequel bien entendu les gentils finiront par mettre la main. En plus d’être éminemment moche (visuellement aussi, d’ailleurs, puisque ces pièces suintantes de rouille et d’humidité dégagent une atmosphère d’artificialité) et terriblement prévisible, Retour à la maison de l’horreur tombe dans l’écueil de la sur-explication absurde et contreproductive. Il est vrai que La Maison de l’horreur pâtissait déjà de quelques scories imputables à sa volonté de moderniser le genre « maison hantée » et qu’en un sens, même si William Malone affichait un savoir faire certain et trouvait le ton juste entre frisson et spectacle, il a pavé la voie à l’immondice qui lui a succédé. Cette séquelle ne naît hélas pas de rien… Et dire que Silver et Zemeckis avaient envisagé d’en faire pondre un troisième -la porte est d’ailleurs ouverte dès la fin de celui-ci-… Heureusement, les mauvaises ventes du DVD les firent revenir sur leur projet, et Dark Castle commença même par s’orienter vers d’autres genres que l’horreur.

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