Cinéma Horreur

Rawhead Rex – George Pavlou

Ecrit par Loïc Blavier

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Rawhead Rex. 1986.
Origine : Royaume-Uni / Irlande
Genre : Horreur
Réalisation : George Pavlou
Avec : David Dukes, Kelly Piper, Niall Toibin, Heinrich von Schellendorf…

Mécontent du sort réservé à Transmutations, dont il écrivit le scénario, Clive Barker croit pourtant pouvoir corriger le tir avec Rawhead Rex, l’adaptation d’une nouvelle du tome 3 de ses Livres de sang. Les producteurs n’ont pas changé, le réalisateur est le même (George Pavlou, un novice), mais l’écrivain croit pouvoir tirer de sa nouvelle assez de substance pour en faire au moins un film marrant. C’est que dans son esprit, le monstre baptisé Rawhead Rex est un pénis géant, incarnation d’une divinité païenne associée à la fertilité. De quoi pondre un film gore et érotique sous fond de paganisme, dans la lignée de ce qu’écrit Barker. Sauf qu’après avoir rendu son scénario, Barker ne fut pas invité sur le tournage. Conséquence inévitable, tout ce qui aurait pu faire de Rawhead Rex un film sympathique passe à la trappe, le réduisant à un simple film de monstre tueur, assez semblable à un slasher. Tout ce que le réalisateur voulait éviter !

Historien de profession, l’américain Howard Hallenbeck (David Dukes) a investi un village irlandais avec sa petite famille. Pour lui, ce séjour mêle plaisir et travail, puisqu’il en profite pour effectuer des recherches sur les rites païens du néolithique. Il est particulièrement intrigué par un des vitraux de l’église locale, qui représente une sorte de monstre enfoui sous terre. Dans le même temps, un paysan se dit qu’il serait quand même bien d’enlever la colonne disgracieuse qui n’a rien à faire dans ses pâtures. Pas besoin de préciser ce qui va sortir de terre lorsque la colonne aura été enlevée.

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Si les films d’horreur ont fini par se traîner une réputation douteuse que l’on retrouve dans certaines parodies (au hasard, La Cité de la peur), c’est un peu grâce à des films comme Rawhead Rex. Ce genre de films constitue la concrétisation parfaite de l’image du cinéma d’horreur que se font ceux qui, de loin, n’envisagent l’horreur que comme des jeux de massacres dans lesquels les personnages rivalisent de bêtise. Ce qui ne veut pas dire que ce genre de films soient forcément irregardables : une saga telle que Vendredi 13 est globalement amusante, du moins à partir du moment où l’ensemble est rythmé, où les meurtres sont généreux et où Jason sait innover dans sa répétitive besogne (hélas pour lui, ce n’est pas toujours le cas). Après tout, bien des films comiques ne fonctionnent que sur le principe du gag à la chaîne, alors pourquoi le cinéma d’horreur n’aurait pas droit, lui aussi, d’être à la fois simpliste et sympathique ? C’est ce qu’a dû se dire George Pavlou, probablement conforté voire motivé dans ce sens par sa production, trop heureuse de ne pas avoir à débourser trop d’argent, ni à risquer le profit devant des comités de censure. Question simplicité, Rawhead Rex n’a de leçon à recevoir de personne. Plutôt que de simplicité, on peut même parler de rusticité, voire d’amateurisme flagrant ! La raison en est principalement que le scénario de Barker fut transformé, mais certainement pas totalement supprimé. Il subsiste ici et là quelques traces d’élaboration, qui n’en apparaissent que davantage saugrenues. L’implication d’un curé fraîchement converti à l’adoration du Rawhead Rex ne s’explique pas autrement, puisque ledit curé n’intervient ni dans la résurrection du monstre, ni dans sa fin, et que sa méchanceté se limite à embêter notre héros historien lorsque celui-ci effectue des recherches (plus quelques regards en coin, histoire de s’assurer qu’on a bien compris qu’il était méchant). On aurait pourtant bien eu besoin de ses services pour parfaire tous les mythes païens entourant le Rawhead Rex. Ce dernier devait donc être à l’origine un phallus tueur s’en prenant aux plus faibles. Dans l’esprit de Barker, le tout devait se dérouler lors d’un été caniculaire, en Angleterre, afin d’établir un lien entre la symbolique du monstre et les conceptions païennes du climat et des saisons. Résultat, le film se déroule au mois de février, en Irlande… Quant au statut de divinité de la fécondité du gros Rex, elle est bien mentionnée, mais concrètement il n’en subsiste plus qu’une image, celle où le monstre épargne une femme enceinte (ou la viole, on ne sait pas trop). C’est à peu près tout ce que l’on peut dire sur la dimension païenne de ce monstre, qui autrement n’a pas vraiment de motivations autres que celle de tuer pour se nourrir. Le fameux vitrail de l’église, qui fait prendre conscience au héros de la nature de son ennemi, n’est certainement pas là non plus pour enraciner la bestiole dans le folklore, mais uniquement pour servir de mode d’emploi : comment la bête se réveille, et comment la détruire. Il faut au passage percer la signification du vitrail, ce qui est chose fait en un tour de passe-passe lorsque le moment est venu. Rawhead Rex passe totalement à côté de l’opportunité que lui avait offert Barker d’être un peu plus qu’un film de monstre. On regrettera en outre que le choix de faire se dérouler le film en Irlande et non en Angleterre, comme c’était prévu, n’ait aucun impact sur l’atmosphère du film, là où on aurait bien vu l’utilisation du folklore celtique, au moins histoire de dire que le film n’est pas si vide… Hélas non. George Pavlou a raisonné paresseusement, sans aucune sorte d’ambition.

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Les véritables raisons qui font que Rawhead Rex ne peut prétendre faire naître la même sympathie que pour les meilleurs Vendredi 13 (disons le 6) tiennent cependant moins à ce que le film n’est pas, aux occasion gâchées, qu’à ce qu’il est. C’est à dire un truc mal fignolé, qui regorge d’invraisemblances : l’historien qui comme par hasard est au village lorsque le paysan libère la bête, l’arrêt pipi au mauvais moment, l’arrachage malencontreux de chemise pour le quota seins nus, le manque total de crédibilité des personnages (il n’y a qu’à voir comment le héros réagit à la mort de son fils… ce qui brise un peu plus l’ambition de Barker de faire quelque chose de malsain), la trouvaille soudaine de l’arme fatale pour détruire le monstre… Cela s’ajoute à un manque de tonus flagrant, et à vrai dire plutôt étrange puisque Rex est montré sous toutes les coutures… et en train de se balader négligemment dans une lande certainement moins belle que celle du Chien des Baskerville version Terence Fisher. Ses meurtres, en plus d’être soft, ou justement parce qu’ils le sont, se caractérisent par le syndrome du « beaucoup de bruit pour rien » : afin de palier à l’absence relative de violence et de gore, Pavlou se croit obligé de faire de Rex un énervé qui saccage des cuisines, renverse des caravanes et éructe comme un diable, un peu comme si cela allait relever la sauce. De même, son look est conçu pour marquer les esprits, d’où le fait qu’il soit fort exposé. Dommage que l’animatronique contrôlant les traits du visage et le mouvement des yeux soit bien trop laborieuse pour convaincre. Mais de toute façon, les effets spéciaux sont en règle générale loin d’être brillants, témoin cette fin où des rayons magiques ressemblent à de la fumée de Gitanes en surimpression. Ce n’est pas que je cherche à entâcher le film de Pavlou plus que de raison, mais honnêtement, il n’y à rien à sauver d’un film à ce point bricolé, qui n’a d’autre ambition que d’accoucher d’une affiche capable de se faire remarquer sur les rayonnages de vidéo-clubs, quitte à usurper le nom de Clive Barker. Rawhead Rex est un pur produit de commande d’un producteur qui a de toute évidence profité d’un réalisateur novice pour livrer un film d’horreur sans vie, sans style, sans rien. Son plus grand mérite est encore d’avoir poussé Barker à se charger lui-même de son adaptation suivante, qui deviendra Hellraiser.

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