Cinéma Horreur

Piranha 3D – Alexandre Aja

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Piranha 3D. 2010.
Origine : Etats-Unis
Genre : Poissons pas frais
Réalisation : Alexandre Aja
Avec : Elisabeth Shue, Steven R.McQueen, Jessica Szohr, Jerry O’Connell…

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Dans les profondeurs du lac Victoria, une onde sismique ouvre une faille qui libère des milliers de piranhas. Le timing est parfait pour ces bestioles réchappées du pléistocène qui surgissent en plein spring break et ses hordes d’adolescents envahissant les eaux du lac. La panique est totale, et malgré toute leur bonne volonté, les autorités locales menées par le shérif Julie Forester, ne peuvent rien contre le massacre imminent.

Alexandre Aja est un récidiviste. Après avoir réalisé le remake de La Colline a des yeux, et avant de produire celui de Maniac, il s’attaque au Piranhas de Joe Dante. Sans doute déçu du tiède accueil reçu par Mirrors en 2008, il décide en compagnie de son fidèle compagnon Grégory Levasseur de mettre toutes les chances de leur côté. Pensé avant tout pour un public adolescent, Piranha réunit tous les éléments susceptibles de les attirer en masse, à savoir l’apport de la 3-D, des effets gores à gogo et d’accortes jeunes femmes en tenues très légères voire totalement dévêtues. Concernant ce dernier point, la motivation fut double puisque Alexandre Aja a ainsi eu l’opportunité de laver sa frustration née du tournage de La Colline a des yeux sur lequel il n’avait pu dénuder ses comédiennes faute d’obtenir leur accord. Son ambition présente ne va pas plus loin, écartant d’un revers de main toute l’ironie et l’irrévérence dont avait su faire preuve son aîné. Le sous-texte écologique relève ici du détail (un déchet de trop dans le fond du lac sur-pollué déclenche la secousse sismique fatidique) et ne sera jamais contrebalancé par la moindre ébauche d’un regard acerbe sur cette jeunesse délurée.

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En roi de l’entourloupe, Alexandre Aja ne craint pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, démontrant par là même une sacrée roublardise. Non content d’affirmer un peu partout que son film n’est pas un remake de Piranhas, le bougre aggrave son cas en le décrivant comme étant sa « version de Gremlins destinée aux adultes ». Certes, son Piranha n’épouse pas la structure de celui de Joe Dante. Néanmoins, il se fend lui aussi d’un clin d’œil aux Dents de la mer (avec plus d’ostentation, Richard Dreyfuss remplaçant le flipper à l’effigie du film de Steven Spielberg), joue la carte de la famille éclatée, situe le gros du massacre en fin de métrage et n’hésite pas à reprendre le même climax. Quant à comparer son film à Gremlins, cela relève de la méconnaissance totale. Tout destructeur qu’ils soient, ses piranhas n’ont en aucune façon leur portée subversive, et surtout se noient dans leur propre masse. Ils ne sont le reflet d’aucune tare de la société, ne renvoyant qu’au désir du réalisateur de faire couler le sang abondamment. Alexandre Aja n’en fait que de simples monstres auxquels il a ôté leur aptitude à dispenser la peur. En dépit de quelques vieilles ficelles utilisées pour créer du suspense (notamment des plans aquatiques sur des pieds qui au dernier moment s’extirpent de l’eau), les piranhas n’apparaissent que pour apporter du spectacle. De Gremlins, Alexandre Aja ne semble avoir retenu que le côté chien dans un jeu de quilles. Et ce n’est pas parce qu’il filme des femmes nues, un ballet aquatique lesbien ou un pénis fraîchement dévoré en gros plan que cela fait de Piranha un film destiné aux adultes. Au contraire, l’ensemble fleure bon l’humour potache et révèle une paresse assez effarante.

Avec ses personnages cons comme la lune, Piranha marche plutôt sur les plates-bandes du slasher lambda. Leur tort ? Vouloir s’amuser sans contrainte, picoler et forniquer. Quoique sur ce dernier point, Alexandre Aja demeure assez prude. En réalité, toute la portée sexuelle du film se concentre autour des personnages de Crystal et Danni, deux playmates qui doivent censément tourner un film porno sous la direction de Derrick Jones. Censément car en guise de pornographie, nous avons juste droit à quelques papouilles au parfum de tequila et ce fameux ballet aquatique sur fond de musique classique, dans le souci évident de souligner la beauté de ces corps sculpturaux offerts à nos yeux ébahis. C’est aussi inoffensif que gratuit, et cela s’inscrit parfaitement dans la démarche purement tape-à-l’oeil du réalisateur. Ce dernier prône le divertissement à tout crin, sacrifiant l’ensemble de ses personnages sur l’autel de l’efficacité. Une efficacité toute relative puisque le jeu de massacre tourne vite court, et se permet quelques envolées moralisatrices d’autant plus superflues qu’on pourrait penser que la nouvelle génération de réalisateurs de films d’horreur serait à même de nous épargner ces éternels clichés. Et bien non. Alexandre Aja semble faire son beurre de ces clichés, les prenant pour argent comptant sans jamais les remettre en question ou les pervertir. Il fait preuve d’un flagrant manque de personnalité, abusant sans honte de toutes les ficelles du genre. En 2010, nous refaire le coup de l’engin qui peine à démarrer à l’approche d’un danger éminent équivaut à se moquer du monde. Et que dire du plan final, ultime pirouette scénaristique dont l’issue abrupte confère à la grosse blague. Tout cela amène à penser qu’Alexandre Aja n’a aucun regard sur le genre, dont il se contente d’égrener les figures habituelles dans un emballage plus clinquant et moderne. Et sur ce plan, si les effets de maquillage s’avèrent convaincants, c’est loin d’être toujours le cas des effets numériques. Finalement, il ne doit qu’à la providence de voir ses films sortir en salles tant ils ne valent guère mieux que le tout venant du marché de la vidéo.

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A noter que si Piranha 3D n’a pas trop fait recette en salles, cela n’a pas empêché une suite de voir le jour, le bien nommé Piranha 3DD, qui pousse encore plus loin l’aspect bienvenue à bimboland tout en entretenant une lointaine filiation avec le film d’Alexandre Aja. En d’autres termes, il reprend deux personnages très secondaires du premier film, dont un de manière improbable, tout en occultant la teneur de son rebondissement final.

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