Action Cinéma

Piège mortel à Hawaï – Andy Sidaris

Ecrit par Loïc Blavier

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Hard Ticket to Hawaii. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action
Réalisation : Andy Sidaris
Avec : Dona Speir, Hope Marie Carlton, Ronn Moss, Rodrigo Obregón…

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Il est des réalisateurs qui tout en œuvrant dans le cinéma bis le plus bête se sont vus idolâtrés par une horde de fans. Pour mériter cette chance, il convient de présenter quelque chose qui à défaut d’être pleinement original sait se démarquer de la concurrence. Ce que fit durant toute sa carrière cinématographique ce bon Andy Sidaris, qui après avoir œuvré anonymement dans le milieu de la série télévisée et moins anonymement dans celui de la réalisation de manifestations sportives à l’écran (un Emmy Award pour son travail sur la retransmission des Jeux Olympiques de 1968, c’est pas rien), partit se baser avec sa femme à Hawaï, où ils réalisèrent et produire plusieurs films répondant à ce que les amateurs américains appellent les « 3 B » : Bullets, Bombs and Babes. Autrement dit, des films d’action plein de filles peu farouches, que Sidaris alla débaucher chez les magazines Playboy ou Penthouse. Chose assez classique, me direz-vous. Oui, mais non, car n’oublions pas que Sidaris tourne à Hawaï, qu’il travaille dans les années 80 et qu’à ce titre il peut conférer à ses films une certaine classe toute exotique, avec soleil, lunettes de soleil, chemises hawaïennes, bermudas, sports de plages, décors de carte postale sur soleil couchant et tutti quanti… Des éléments qu’on retrouve dans Piège Mortel à Hawaï et qui tendent à prendre le pas sur un scénario aussi transparent que la mer : une sombre histoire de trafic de drogue et de diamants gérée par un certain Romero que Donna et Taryn, deux blondasses employées par une quelconque brigade des stups secrète, tenteront d’arrêter. Une histoire des plus banales, donc, et qui ne suffit pas à remplir un film. C’est pourquoi nous aurons droit à une sous-intrigue portant sur l’évasion d’un serpent venimeux d’autant plus dangereux qu’il est atteint d’un cruel empoisonnement modifiant son aspect physique (en plastique cela va de soi) et sur sa toxicité. Cette bestiole arriva sur l’île un peu par hasard, puisque Donna et Taryn, en plus d’être chargées de déjouer les trafics du vilain Romero, durent transporter la bestiole pour une quelconque raison scientifique, de même qu’on leur confia la tâche d’escorter un couple de jeunes mariés jusqu’à leur villégiature. Des tâches qui n’entretiennent certes aucun rapport avec la mission au sein de la brigade des stups, mais qui témoignent du laxisme de nos services gouvernementaux, pour lesquels le plaisir semble compter avant tout. Les habituels détracteurs des employés de la fonction publique trouveront là de quoi apporter de l’eau à leur moulin : Donna et Taryn ne sont certainement pas des acharnées du travail, l’une des deux préférant même passer la nuit à se faire sauter par son copain (et patron !) plutôt que d’aller délivrer une de ses amies, détenue par les hommes du cruel Romero. La où y’a de la gêne, y’a pas de plaisir. Et ça tombe bien : nos filles n’ont aucune gêne, s’habillant de vêtements des plus révélateurs et se déshabillant à la moindre occasion. Elle n’hésitent même pas, dans un grand instant d’élégance brute, à parler de la taille du sexe de leur patron. Les hommes leurs rendent bien, employant eux aussi un vocabulaire plutôt cru tout aussi beauf. C’est bien simple : là où d’autres personnages de films plus conventionnels (par exemple James Bond, l’idole de Taryn) s’accordent quelques instants de plaisir au milieu de leurs activités professionnelles mouvementées, nos deux héroïnes font l’inverse. L’enquête prend du retard, tout le monde passe son temps à prendre du bon temps (et le réalisateur en profite pour glisser le poster d’un de ses films précédents, au sujet duquel suivra même une conversation entre Donna et Taryn), mais quand les hommes seront là, tout le monde y mettra un coup de reins. Et Sidaris ne fait pas dans la dentelle, puisque l’un de ses personnages étant incapable de viser correctement (c’est lui-même qui le dit), c’est à coup de bazooka qu’il tirera sur tout ce qui lui semble suspect (dont un bandit adepte du skate board, qui explosera littéralement en compagnie de sa poupée gonflable !). La fin du film, certainement la partie la plus intéressante, nous amènera aussi à voir une décapitation à coup de frisbee, un méchant qui ne veut pas mourir malgré qu’il ait été réduit au statut de steak haché, ainsi qu’un serpent, notre fier bestiole qu’on avait oubliée, revenir par le trou des toilettes (qu’il fait exploser au passage).
Le spectacle proposé par Sidaris n’est absolument pas crédible, et le cinéaste de faire donc la part belle au second degré. Et il faut bien avouer que ça marche : ses bimbos et les bellâtres qui les accompagnent alignent avec régularité toutes sortes de choses, comme des seins, des gros flingues, des armes blanches (le film est assez gore sur la fin), des dialogues d’une profonde platitude… Même lorsque le scénariste (Sidaris lui-même) se perd dans des digressions d’une rare inutilité, il trouve tout de même le moyen de continuer à user de tous ces ingrédients certes basiques, mais toujours efficaces. Avec un peu de recul, de l’auto-parodie, du spectacle maousse au-delà du raisonnable et, tout de même, un minimum d’application dans le cadrage, on peut faire bien des choses…

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