Cinéma Drame Horreur

Périmètre mortel – Eric Red

Ecrit par Loïc Blavier

100 Feet. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Epouvante
Réalisation : Eric Red
Avec : Famke Janssen, Bobby Cannavale, Ed Westwick, Michael Paré…

Après avoir passé quelques temps en prison pour le meurtre de Michael, son mari violent, Marnie Watson est ramenée chez elle munie d’un bracelet électronique. Confinée dans la demeure conjugale où sa vie a basculé, elle ne peut guère compter sur la compassion de Shanks, le policier chargé de sa surveillance. C’est que Michael était flic, et que Shanks était son partenaire… Ce n’est donc pas sur lui que Marnie pourra compter lorsqu’elle découvrira que le fantôme de son ex époux hante les lieux, gardant visiblement quelque amertume de sa fin précoce.

Dix ans après s’être retrouvée enfermée dans La Maison de l’horreur, Famke Janssen remet le couvert avec Périmètre mortel ! Autre film de maison hantée, là encore avec une idée de huis-clos à la clef. Un huis-clos encore plus serré que chez William Malone, puisque chez ce dernier elle disposait de tout un manoir pour déambuler, alors qu’ici la distance réglementaire est de 100 pieds (30 mètres) par rapport à l’émetteur électronique, limite au-delà de laquelle la police se rendra immédiatement sur place si elle n’y est pas retournée d’elle-même dans les 3 minutes. Certes, elle peut voir la lumière du jour là où La Maison de l’horreur confinait son personnage et ses petits camarades dans le noir, mais ce n’est tout de même pas grand chose : à peine de quoi arriver jusqu’à la porte d’entrée (vu le peu de distance entre celle-ci et l’émetteur, c’est d’ailleurs à se demander si l’odieux Shanks ne l’a pas arnaquée sur le métrage). Vu de loin, donc, Famke Janssen semble retourner au genre horrifique pour retrouver un style de film dans lequel elle avait déjà donné. Peut-être est-elle fan de maisons hantées ? Ce n’est pas impossible, mais il semble beaucoup plus probable qu’elle a jeté son dévolu sur Périmètre mortel non pour son côté horrifique mais bien pour tout ce qui prolonge celui-ci, voire le précède. Il serait facile de s’y tromper : un film vendu comme un pur film d’horreur, distribué par les petits rigolos de The Asylum (maîtres en repompes ringardes de blockbusters) et diffusé par la chaîne Syfy (grande pourvoyeuse de asylumeries justement), il n’en faut pas plus pour se dire que nous serons face à un film façon La Maison de l’horreur, auquel on aurait amputé une bonne partie du budget alloué à l’époque par le tandem Robert Zemeckis / Joel Silver. Après tout, si La Maison de l’horreur n’a pas exactement été un triomphe et qu’il était de toute façon un peu tard pour en faire un plagiat au rabais, la mode du film de fantôme restait en vigueur.

A y regarder de plus près, Périmètre mortel ne fraye pas tout à fait dans les mêmes eaux. L’horreur est bien présente mais, contrairement aux autres films de fantômes à portée sociale (Dark Water, Fragile et autres), elle ne sert que de support à un thème bien plus enraciné dans la réalité : celui des femmes battues. L’interprétation du scénario se fait assez transparente : tout est fait pour que la hantise dont est victime Marnie évoque l’enfer domestique. L’incapacité de s’éloigner, et donc d’aller chercher de l’aide illustre l’isolement dans lequel les victimes sont tenues. Le silence dont fait preuve Marnie vis à vis de ce qu’elle affronte, à savoir un fantôme, trouve son origine dans la peur de passer pour une folle ou une menteuse, ce qui fait écho aux difficultés d’évoquer la violence domestique, par honte ou par crainte. Encore que Marnie avait bien contacté la police avant le meurtre, mais celle-ci est restée passive, ce que le réalisateur et scénariste Eric Red (qui se fit un peu remarquer à la fin des années 80 avec le scénario de Hitcher et ceux des premiers Kathryn Bigelow, Aux frontières de l’aube et Blue Steel) justifie par l’appartenance du mari violent à ladite police. Appartenance qui est aussi une façon de montrer que les maris violents peuvent paraître respectables d’un point de vue extérieur et qu’il est donc d’autant plus dur de chercher assistance. Tenez, même le nez dessus, sachant ce qui s’est passé, la voisine et amie de Marnie fuit encore la compagnie de celle-ci. Il y a aussi le regard familial, avec la sœur de Marnie qui trouve qu’une fois de plus cette dernière cherche à attirer l’attention. Au final, la seule aide apportée sera celle du livreur, un inconnu qui deviendra vite un amant. Non sans raviver la jalousie de Michael, contribuant ainsi à le rendre plus violent encore. Sa violence, justement, pourrait à quelques exceptions près être celle d’un homme bien vivant : Marnie trainée par les cheveux, Marnie qui se prend la vaisselle dans la gueule, Marnie qui a des bleus partout, Marnie poussée dans l’escalier, le livreur passé à tabac… Tout cela relève plus de l’homme colérique que du revenant. Le fantastique constitue d’ailleurs une entrave à la crédibilité du film, tout autant que la trop grande rapidité avec laquelle avance l’intrigue. Pour faire naître le malaise, il aurait été préférable de montrer à quel point la violence s’est banalisée et à quel point elle impacte l’état d’esprit de Marnie. Mais comment banaliser la violence d’un fantôme qui ne se matérialise pas forcément, et cela en ayant recours aux fameux « jump scares » qui constituent la marque de fabrique des films d’épouvante sans imagination ? Périmètre mortel n’est pas sans imagination, mais le hic est qu’il n’est pas vraiment un film d’épouvante… Sans compter que le personnage de Marnie laisse lui-même à désirer : ayant tout de suite compris à qui elle avait affaire, elle réagit en fonction et commence à se battre, à l’aide d’un bouquin sur les fantômes qui lui aussi évoque en filigrane la réalité tangible, prônant en gros le rejet de tout ce qui est en rapport avec le malotru… à commencer par l’alliance conjugale, sur laquelle Red en fera des tonnes dans le final. Marnie est une femme forte, et à vrai dire si son ennemi n’était pas un fantôme, on l’imagine mal endurer la violence de son époux sans broncher. Peut-être que les épreuves subies l’ont fortifiée… Ou peut-être que le personnage est tout simplement mal écrit (ne parlons pas du fait qu’elle se mette à roucouler avec le livreur dès sa première visite… Au passage, le gus affiche ses vingt ans de moins qu’elle. C’est peut-être pour ça que la jaquette DVD parle de « Mamie » au lieu de « Marnie »). Du coup, on se dit qu’il aurait été préférable de faire porter le film sur ce qui a précédé le meurtre, ce qui serait revenu à faire un drame pur et simple. Eric Red aurait ainsi acquis les coudées franches et n’aurait pas eu à incorporer à son scénario tous ces ingrédients fantastiques qui, perçus en dehors d’une portée sociétale qu’ils parasitent, pourraient rabaisser Périmètre mortel au rang de navet Asylum / Syfy (ce à quoi contribue d’ailleurs le titre français).

Si l’on voulait n’y voir qu’un film d’épouvante, Périmètre mortel serait tout bonnement désastreux. Étant admis que le fantôme, ses motivations et son passif sont identifiés dès le début tant par le personnage principal que par le spectateur, il n’y a plus une once de mystère. Ainsi disparaît tout ce qui fait le sel des films de maison hantée : la confrontation face à l’inconnu, face à des forces insaisissables. Poussant le vice jusqu’à apparaître en costard cravate dans un affreux magma numérique (à la façon Asylum, somme toute), le spectral Michael ne se dissimule nullement, et, comme nous nous l’avons vu, il agit envers sa femme exactement comme il devait le faire du temps de son vivant. Tout au plus bénéficie-t-il parfois de son invisibilité pour se faire plus discret jusqu’au moment où il choisit d’apparaître sans crier « Bouh !!! », car la mort semble l’avoir rendu muet (ce sont les « jump scares » évoqués plus haut). Eric Red fait vraiment tout ce qu’il peut pour que le fantastique ne prenne pas le dessus sur le drame familial. Jusqu’à choisir comme cadre une maison qui se prête fort peu aux occurrences ectoplasmiques. Une maison new-yorkaise petite et étroite, sombre et vieillotte, mais en tous cas pas à l’abandon. Bien loin des vastes demeures gothiques habituellement d’usage… On pourrait dire qu’un Poltergeist ou un Amityville ont déjà depuis longtemps mis à mal le cliché des manoirs poussiéreux, et ce n’est pas faux, mais en tout cas leurs réalisateurs respectifs ont toujours trouvé des éléments inquiétants nous ramenant immédiatement au paranormal. Ici, rien du tout. Red semble avoir choisi cet endroit pour sa capacité à abriter une détresse sociale et se moque de « diaboliser » telle ou telle pièce, voire tel ou tel objet. Il n’utilise même pas la nuit pour concevoir des plans un peu inquiétants… Il y a bien le broyeur de l’évier, mais enfin bon… le bras de Michael en sort carrément pour attirer la main de Marnie qui venait d’y jeter son alliance, et donc une fois de plus le danger émane d’une présence bien concrète, et non d’un indicible lovecraftien. Exemple typique de cette volonté de tout montrer sans laisser la moindre place à l’imagination, coupant court à toute tension qui aurait pu apparaître. Et en parlant de ça, un mot sur le très spectaculaire final, catastrophique mais amené par un ubuesque vaudeville faisant plonger le film dans le ridicule… Ça lui pendait au nez depuis longtemps. Enfin bon, ne soyons pas trop durs avec Périmètre mortel : il a eu le mérite de tenter quelque chose d’audacieux et même si le résultat est raté, on peut toujours saluer l’initiative.

1 commentaire

  • Un film avec un bon postulat mais qui n’arrive à en sortir son potentiel, une femme coincé avec un fantome, mais qui ne peut s’enfuir, on aurait pu droit à des scènes intenses mais le soufflet retombe, le realisateur n’arrivant plus a avancé et faisant du sur place pendant tous le reste du film jusqu’au denouement explosif.

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