Cinéma Comédie Western

On l’appelle Trinita – Enzo Barboni

Ecrit par Loïc Blavier

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Lo Chiamavano Trinità. 1970.
Origine : Italie
Genre : Western
Réalisation : Enzo Barboni
Avec : Terence Hill, Bud Spencer, Farley Granger, Dan Sturkie…

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Dieu pardonne… moi pas, Les Quatre de l’Ave Maria, La Colline des bottes, tels furent les premiers films à unir Terence Hill et Bud Spencer en haut de l’affiche. Cette trilogie de Giuseppe Colizzi offrit aux deux anciens nageurs de la Lazio de Rome (seul Bud devint professionnel, participant aux jeux olympiques d’Helsinki et de Melbourne en 1952 et 1956) leurs premiers rôles récurrents, ceux de Cat Stevens pour Terence Hill et Hutch Bessy pour Bud Spencer. Profitant du succès du tandem, le malin Enzo Barboni, qui n’avait jusqu’ici réalisé que Ciakmull, allait reprendre à son compte l’ingrédient parodique déjà présent chez Colizzi (et chez d’autres, y compris chez Sergio Leone, le père du western spaghetti) et le développer jusqu’à faire de la comédie le véritable pivot de l’association entre Terence Hill et Bud Spencer, et même de sa propre carrière, qui ne se composa alors presque plus que de mises en scène pour les deux vedettes. On l’appelle Trinita est le premier carton du western comique.

Pistolero légendaire surnommé « la main droite du diable », Trinita (Terence Hill) se rend dans une petite ville pour y déposer un homme dont la tête est mise à prix. Une surprise l’attend sur place : le shérif n’est autre que son frère Bambino (Bud Spencer), qui a usurpé l’identité du vrai shérif en laissant ce dernier pour mort. Bambino escompte bien attendre sagement que ses hommes viennent le retrouver pour pouvoir faire main basse sur un troupeau de chevaux sauvages stationnés non loin du village. Pour cela, il doit protéger la pacifique communauté mormon qui s’est installée dans la vallée, et dont le terrain est regardé avec envie par le Major Harriman (Farley Granger). Un changement d’occupants mettrait en effet en péril le plan de Bambino, le major risquant alors de découvrir l’existence du troupeau et le lui ravir. Malgré l’aversion qu’il éprouve pour Trinita, le faux shérif sera bien obligé d’accepter son aide.

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Sans vouloir faire injure à Bud Spencer, qui en cette année 1970 avait moins de ventre et ne s’en montrait que beaucoup plus mobile, il est assez normal que Barboni ait donné le nom du personnage de Terence Hill au titre du film. Bambino est avant tout un ronchon, passant la majeure partie de sa présence à l’écran à râler contre son frère, à le menacer et à baffer des méchants sans ressentir les coups qu’il peut recevoir. « La main gauche du diable », comme on l’appelle, n’a qu’une seule opportunité pour montrer ses dons de fine gâchette. Derrière l’étoile du shérif qu’il a malgré lui appris à apprécier, il incarne la stabilité du gars qui ne veut pas se faire trop remarquer, surtout lorsqu’il apprend que le vrai shérif est encore en vie et à sa recherche. Ce rôle ne met pas en valeur Bud Spencer, qui reste le faire-valoir de Terence Hill et de son Trinita. Débonnaire voire paresseux (le film démarre d’ailleurs en nous montrant Trinita se prélasser sur un matelas de fortune tracté par son cheval), crasseux, facétieux, le personnage de Terence Hill se voit attribué toutes les meilleures scènes et les réparties les plus amusantes. Le diable n’est visiblement pas ambidextre, et sa main droite est plus habile que la gauche. C’est donc Trinita qui possède le don de jongler avec son flingue à une vitesse pas très naturelle. C’est également lui qui peut tirer dans n’importe quelle position, de dos si il le faut. Si sa technique de combat au corps à corps est d’un niveau inférieur à celle de son frère, Trinita comble ce manque en affichant sa décontraction, s’éloignant de l’action pour mieux regarder, ce qui lui donne tout de suite un air plus malin que Bambino. C’est même plus que cela : Trinita est vraiment plus malin, parvenant malicieusement à manipuler son frère pour le faire accomplir ce qu’il désire. Toujours à découvrir le pot aux roses lorsqu’il est trop tard et à avaler des couleuvres (comme de croire que Trinita a rejoint les mormons pour se marier avec les deux blondes qui le courtise), Bambino n’en apparaît que davantage stupide. Les deux personnages (et leurs interprètes respectifs) sont certes déjà complémentaires, mais sont ici traités inégalement.

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Ils servent en revanche tous les deux au détournement des conventions du western spaghetti, chose qui en ces premières années du tandem Hill / Spencer prime encore sur l’habituel humour du duo, qui plus tard fixera ses propres codes en leur subordonnant tout ce qui tourne autour. On retrouve donc un postulat bien connu : un shérif et un mercenaire défendent une communauté sans défense face aux menaces qui pèsent sur elle. Mais cette fois, le shérif le fait sans noble motivation, n’étant même pas un vrai shérif. Le mercenaire est pour sa part un pistolero excessivement doué, et ses propres motivations ne sont pas des plus glorieuses non plus : Trinita veut avant tout ennuyer son frère et profiter des jolies blondes. La faiblesse de cette communauté mormon dépasse de loin l’habituelle couardise des gens-sans-histoire communs aux westerns. Les offensés sont non seulement nuls au combat, mais en plus leur religion leur interdit d’avoir recours à la violence. Ils tendent systématiquement l’autre joue, acceptant par exemple de se faire frapper et exploiter par des bandidos mexicains trop heureux de pouvoir profiter de cette outrancière charité chrétienne. Il y a donc du pain sur la planche pour Bambino et Trinita, qui doivent d’une part les convaincre de se défendre et d’autre part les former au combat. Cela occasionnera quelques gags bon enfants, d’autant plus que les autres alliés (les hommes de Bambino, arrivés entre temps) ne sont pas des plus pédagogues. Les baffes fuseront avant et pendant l’ample combat final, s’inscrivant au passage en éléments constitutifs des films Terence Hill et Bud Spencer (bien qu’elles aient déjà été présentes dans Les Quatre de l’Ave Maria). Côté méchants, c’est un peu la déception : le Major n’a rien de bien exceptionnel, et ses hommes forment une masse d’insignifiante chair à pâté. Les mexicains n’ont pour leur part d’autre utilité de que présenter les habituels pourris graveleux, autre récurrence du western spaghetti tournée en ridicule. Barboni oublie un peu de donner du relief à ces méchants, si ce n’est pour deux mercenaires aux gueules cassées vêtus de noir qui s’en iront vite fait après leur rencontre avec Trinita (le duel dure deux secondes : une pour la « mise en bouche » à la Leone, et l’autre pour les voir fuir le pantalon en berne… Barboni jouant ainsi sur le décalage entre les deux images). Dans l’ensemble, la personnalité de Trinita à elle seule est bien plus drôle que les gags du film, relativement sages. Pas trop mal mais tout de même assez loin de sa réputation, On l’appelle Trinita n’a d’autre mérite que celui d’avoir popularisé Terence Hill et Bud Spencer. Dans le genre western comique, celui-ci est loin d’être le meilleur.

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