Cinéma Documentaire

Nos enfants nous accuseront – Jean-Paul Jaud

Ecrit par Jérémie Conde

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Nos enfants nous accuseront. 2008.
Origine : France
Genre : Documentaire engagé
Réalisation : Jean-Paul Jaud

Ce documentaire est un peu un hasard. Jean-Paul Jaud, réalisateur habitué aux émissions de télévision découvre un jour que 100 000 enfants meurent chaque année en Europe à cause de facteurs environnementaux. Il s’intéresse, se documente et découvre que non seulement la pollution atmosphérique liée aux voitures ou autres industries est coupable de cet état de fait, mais surtout que les pesticides et autres saloperies que l’agriculture dite conventionnelle balance sur les terres et l’atmosphère le sont tout autant.

Cela fait bien évidemment des années que nous savons que les pesticides envahissent notre air et notre eau et que c’est néfaste pour notre santé. Il n’y a rien de nouveau. Mais ce que le réalisateur cherche à nous montrer à travers ce film, c’est l’alternatif. On peut vivre autrement et mieux.

Ainsi se lance-t-il dans un documentaire alternant entre vision scientifique et vision plus humaine de la chose. Nous voilà partant dans le Gard, dans les Cévennes à Barjac, un petit village. Le Maire a décidé que les cantines de ses écoles (publique et privée) ne serviraient désormais que de la nourriture issue de l’agriculture biologique.

Nous suivons l’expérience durant une année. Un journaliste apparaît parfois, faisant un bilan de l’avancée, posant des questions aux parents, regardant si leur quotidien a été changé par cette nouveauté. On découvre alors qu’effectivement de nombreuses familles ont suivi le mouvement et se nourrissent ainsi au bio. La question est posée : cela revient-il plus cher ? Les réponses ne sont pas tranchées. S’il s’avère que les produits semblent effectivement plus chers, le chariot lui reste raisonnable. Comment cela se fait-il ? Quand on achète du bio, on achète l’essentiel. Fini les cochonneries. Alors bien évidemment, ça force les familles à prendre le temps de cuisiner.

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Avec cette volonté politique que le Maire impose à ses écoles, il participe à faire découvrir le goût aux enfants de sa ville. Les enfants par exemple se sont créés un potager dans la cour de l’école et étudient l’évolution. Il y a d’ailleurs un travail énorme fait en parallèle pour que les gens, enfants et adultes, prennent conscience de l’état actuel de leur planète.

Le réalisateur se rend alors chez des agriculteurs conventionnels et leur demande comment ils traitent leurs cultures. Pesticides et autres produits chimiques sont utilisés. Il demande quelles conséquences il y a sur eux. Chez l’un, après avoir fait ses mélanges et dispersé ses produits dans ses cultures, il saigne du nez pendant trois jours. Chez un autre, il ne peut plus uriner pendant une semaine.
Un autre agriculteur est interrogé, cette fois, par un de ses confrères qui pratique le bio. Ils se connaissent, la conversation est intime. Le premier a des problèmes neurologiques. Suite à quoi ? Les produits qu’il a utilisés lui ont fait du mal. Il a appris à ce propos qu’il n’a pas été le seul agriculteur dans ce cas.

Au-delà du mal que les agriculteurs se font à eux-mêmes, il s’agit aussi de mettre en avant le mal qu’ils font aux autres. Ainsi, le nombre des cancers chez les enfants ont considérablement augmenté. Une mère raconte ce qu’elle a vécu avec sa fille. La scène est difficile, sensible. Le réalisateur joue avec nos sentiments. Est-ce nécessaire ? Un tel procédé est-il bien utile ? Il semble que pour lui, pour son combat, cette méthode soit efficace. L’est-elle réellement ? Elle peut déranger. Une mère se livre totalement, c’est presque de l’impudeur. Pourtant on comprend le geste, l’intérêt. Peut-être un peu naïf comme procédé, la réalité est bel et bien là. Sa fille a été malade à cause des facteurs environnementaux. Les médecins sont formels.
A l’UNESCO où se tient une conférence sur les problèmes environnementaux liés à l’agriculture, on apprend qu’aujourd’hui, le monde de la science connaît les causes de nombreux décès, de nombreuses maladies et que la lutte contre les cancers par exemple doit avant tout se baser sur ce qui provoque les maladies et non sur la maladie. C’est un problème de volonté politique. Le mot est lâché. Lobbies. Que faire contre eux ? Alors comme il s’agit d’une volonté politique, la PAC est remise en question. Mais il s’agit aussi d’une volonté personnelle.

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Ainsi, une table ronde est organisée entre des agriculteurs traditionnels et biologiques. Les agriculteurs traditionnels sont sceptiques. Comment combattre les maladies ? Les agriculteurs biologiques répondent très simplement et leur offrent des solutions. On apprend aussi qu’il existe la biodynamique, c’est-à-dire qu’on utilise des plantes pour combattre les parasites divers. La surprise est de taille. Elle est de taille d’autant plus que la FAO assure que si toutes les terres cultivables de notre planète sont cultivées avec une agriculture biologique, la Terre aura assez pour nourrir tous ses habitants.

Les solutions sont donc présentes. Il manque la volonté.

Autre exemple pertinent. Deux vignobles côte à côte. L’un biologique, l’autre pas. L’agriculteur nous fait une démonstration. Sur les terres non biologiques, aucune herbe. Utilisation d’un désherbant directement pulvérisé au sol ce qui évite donc que ça parte sur les autres terres. Il retourne la terre, une terre en strate qui empêche l’eau de passer, nulle vie à l’intérieur. Il retourne la terre à culture biologique, une terre friable, des vers à l’intérieur, des racines, de l’herbe.
Alors la question est posée. Pourquoi garde-t-on l’herbe dans un vignoble et non dans l’autre ? C’est juste la façon de cultiver qui est différente. L’agriculteur conventionnel nourrit directement ses pieds, alors que le biologique nourrit la terre. On peut alors voir une terre totalement vivante.

Les exemples sont nombreux et les solutions existent et sont efficaces. Il ne manque que la volonté.

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Mais le documentaire en lui-même n’est pas parfait. J’ai fait le choix ici d’ignorer les effets utilisés par le réalisateur. Il use des procédés tendant à la compassion, il nous met face à nos responsabilités (ce qui peut gêner beaucoup de personnes qui n’aiment pas remettre en question leur façon de vivre ou travailler). Parfois aussi, il met en scène certains passages, il joue avec ses acteurs en les plaçant dans des situations et les faisant parler. Ça fait parfois un peu faux, mais les mots, les résultats ne sont pas fabriqués.

Le documentaire est orienté. Le parti pris est évident. Personnellement, ça me plaît. J’avoue que je préfère être en face de quelqu’un qui assume son côté engagé, d’autant plus que son engagement est important, il s’agit d’environnement et de santé.

En mélangeant d’un côté le quotidien d’hommes et de femmes vivant au quotidien ces problèmes environnementaux (les nôtres), et s’appuyant sur des faits scientifiques, ce documentaire bien informé est alarmiste, et doit, je l’espère, nous faire nous remettre en question sur notre façon de consommer et de produire. On regrettera peut-être le trop plein de scènes sur fond de musique tendre pour nous rappeler que notre nature est belle et que nos enfants y sont bien.

On regrettera d’autant plus les attaques de la critique française, reprochant au réalisateur un certain militantisme. C’est pour ma part ce qui m’a sans doute plu le plus, un homme engagé, n’ayant pas peur de ce qu’il a à dire. Ces mêmes critiques qui encensent les documentaires de Michael Moore qui pourtant est toujours très engagé et a toujours un parti pris des plus évidents. Sur ce genre de sujets, les critiques avaient sans doute mieux à faire. Soutenir un documentaire comme celui-ci c’est prendre conscience que son message est important. On a encore beaucoup à travailler…

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