Cinéma Horreur

Nightmare Beach – Umberto Lenzi

Ecrit par Loïc Blavier

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Nightmare Beach – la spiaggia del terrore. 1989.
Origine : Italie
Genre : Slasher Ibiza
Réalisation : Umberto Lenzi
Avec : Nicolas De Toth, Sarah Buxton, John Saxon, Luis Valderrama…

Remonté, le Diablo. Ce chef des Démons, gang de motards local, s’apprête à passer sur la chaise électrique pour le meurtre d’une jeune fille. Clamant son innocence en des termes peu châtiés, il jure de revenir se venger. Quelques temps plus tard, la ville balnéaire où ses ex amis roulent toujours fête l’ouverture du Spring Break, qui comme une des huiles municipales le dit avec une louable lucidité (quoiqu’en aparté) est la traditionnelle migration des idiots. C’est à dire qu’une horde de crétins étudiants se déverse sur les plages, dans les bars et les hôtels pour faire la nouba non-stop. Autant dire qu’il y a là une source de revenus non négligeables pour la commune. Une vague de meurtres barbares serait mal perçue. Et pourtant, des jeunes fêtards ne tardent pas à être retrouvés carbonisés, tués par un motard casqué. La police, dirigée par Strycher (John Saxon), veille davantage à éviter l’ébruitement qu’à retrouver le coupable. Au pire, on pourra toujours incriminer les amis de Diablo, dont le corps vient d’ailleurs d’être volé dans sa tombe. Hélas, il se trouve que deux jeunes sont moins débiles que la moyenne et entreprennent leurs propres recherches. Il s’agit de Skip, le pote d’une des victimes, et Gail, la sœur de la victime soi-disant naguère assassinée par Diablo.

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Si le déclin de la Rome antique s’est opéré dans une relative douceur, celui du cinéma populaire italien est intervenu brutalement vers le début des années 80. En dix ans de temps, l’industrie qui depuis une trentaine d’années avait fait de l’ombre à Hollywood en modernisant le péplum, le western, l’épouvante gothique, le cinéma gore, le thriller, le polar etc… se retrouvait en charpie, et ses plus nobles représentants sont devenus de véritables barbares hirsutes. De cette période, on peut éventuellement retrouver quelques vestiges de grandeur, ou même quelques intentions louables victimes de l’oubli d’un savoir-faire que certains tenteront plus tard de retrouver. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : la plupart des productions de cette époque sont d’une nullité affligeante. Nightmare Beach est de celles-là. Lâchement planqué derrière le pseudonyme Harry Kirkpatrick, l’ex empereur du polar ultra-violent Umberto Lenzi continue dans une mouvance dans laquelle il piétinait depuis déjà trop longtemps, celle de l’imitation à outrance des séries B américaines. Et pas n’importe lesquelles : les plus plates, les plus démagogues, les plus amateurs… La démocratisation du cinéma d’horreur a ouvert la porte à des personnalités novatrices, mais elle a aussi conduit à des produits totalement impersonnels, uniquement bâtis en fonction des attentes présupposés d’un public jeune, rigolard et non cinéphile. Ce n’est pourtant pas le public en question qui est responsable de la médiocrité de films tels que celui-ci, mais bien la paresse avec laquelle les producteurs et réalisateurs se sont attelés à la tâche en se figurant que la simple présence de tel ou tel élément suffira à plaire et donc à ramener des bénéfices. Pas étonnant que les slashers aient pullulé, eux qui laissent justement un grand espace de vide scénaristique entre chaque meurtre, que l’on peut remplir à l’envie par ce que l’on veut, y compris par du vide. Et Lenzi n’a pas lésiné sur le vide, qui ne le cède à l’occasion qu’au n’importe quoi. C’est à dire que Nightmare Beach est non seulement un slasher trempé dans la pire bouillie des années 80, mais il est en plus un slasher estival. Concrètement, cela veut dire que les habituels personnages débiles des slashers se comptent ici par centaines, et qu’ils passent leur temps en drague grossière, en blagues de mauvais goût et en évènements ringards (concours de t-shirt mouillés et défilé de bellâtres huilés) sur un fond de musique rock FM. L’esthétique tout comme l’ambiance de ce film sont particulièrement atroces. Et pourtant, Lenzi ne souhaite pas particulièrement faire un slasher humoristique, puisqu’il repasse à une tonalité plus sérieuse lorsque quelque chose se passe effectivement, ce qui n’est d’ailleurs guère le cas pendant une bonne moitié du film où règne le vide. Un vide qui n’est donc pas que soporifique, il est aussi d’un mauvais goût absolu. Autant dire que tout est fait pour que l’on ne puisse pas profiter pleinement du semblant d’intrigue qu’il met progressivement en place.

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Il est de toute façon plus que douteux qu’il ait envisagé à un moment de nous intéresser à ce qu’il raconte. En un sens, le tueur et les héros s’inscrivent dans deux intrigues différentes… Le premier, un motard (qui n’appartient pas à la bande des Démons), fait son petit bonhomme de chemin et tue des jeunes que l’on repère aisément puisque parmi la pléthore de victimes potentielles ce sont les seules avec lesquelles on en vient à se familiariser. Il y a le pote de Skip, une nana qui se vend aux hommes d’âge mur, un voyeur, un blagueur patenté… Notons que ce tueur ne brille même pas par ses modes d’action, puisqu’il a pratiquement tout le temps recours à l’électrocution, via le dispositif qu’il a installé à l’arrière de sa bécane. Effets répétitifs à la clef, des fois gores et des fois non (tout dépendant du voltage, j’imagine) mais toujours pleins d’étincelles ou de feu. Reconnaissables au fait qu’ils sont les deux seuls jeunes à ne pas être d’humeur festive, les héros mènent l’enquête et c’est précisément ce qui les rend hors sujet au point de trahir le manque d’inspiration absolu du réalisateur. Plutôt que de les confronter véritablement à l’assassin, Lenzi les case dans une sous-intrigue façon Les Dents de la mer à base d’autorités voulant préserver les apparences. Et il va même au-delà : c’est un véritable complot, et à ce titre le chef de la police (John Saxon, que la marée a probablement échoué là) est un méchant encore plus dangereux pour eux. Ce qui est complétement débile dans la mesure où même lorsqu’un corps est retrouvé au milieu de la foule (comme la nana retrouvée dans l’ascenseur alors que les couloirs de l’hôtel sont bondés de jeunes bourrés dormant contre les murs), personne ne semble s’en préoccuper. Seules les blagues du bout-en-train font naître un semblant de panique, encore que ce soit surtout l’occasion pour le réalisateur d’exhiber ses figurantes en maillot de bain… Enfin, n’oublions pas le gang des Démons, qui forment le réservoir à bouc-émissaires des autorités. En s’opposant aussi bien aux flics qu’aux héros -par lesquels ils sont suspectés- ils apportent leur lot de scènes inutiles et de personnages stériles à ce qui était au départ un slasher mais qui a fini par devenir un bordel sans queue ni tête.

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Entre l’immonde décorum de la station balnéaire pour clip musical, le tueur qui tue dans une quasi indifférence générale et les héros plongés dans un polar au rabais, il y aurait vraiment eu de quoi lever les yeux au ciel si l’on n’avait pas très vite piqué du nez (oui car le plus gros défaut du truc est encore d’être assommant). Tout le monde dit et fait n’importe quoi… Certains envisagent même que Diablo soit bel et bien revenu d’entre les morts, et d’aucun d’acquiescer en avançant des justifications scientifiques à son retour de l’au-delà. Heureusement, un inespéré éclair de bon sens a dû frapper Lenzi et il s’est bien gardé de développer cette hypothèse qui risquait de nous balancer un zombie comme cerise sur le gâteau. Son film était déjà assez pénible comme ça sans en rajouter. Et puis d’ailleurs, l’identité du tueur ne fait aucun doute après le premier quart d’heure, tant l’un des personnages (que je me suis bien gardé de mentionner jusqu’ici) jure avec le reste. Bref, Nightmare Beach est vraiment abominable.

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