Cinéma Horreur Thriller

Night of Fear – Terry Bourke

Ecrit par Loïc Blavier

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Night of Fear. 1972.
Origine : Australie
Genre : Survival
Réalisation : Terry Bourke
Avec : Norman Yemm, Carla Hoogeveen, Briony Behets, Mike Dorsey…

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Ce n’est pas parce que l’on a été aidé par des fonds gouvernementaux que l’on est à l’abri des déconvenues. Terry Bourke en fournit la preuve avec son Night of Fear financé en partie par l’Australian Film Development Corporation, dont le but était de donner un coup de fouet à l’industrie audiovisuelle locale, encore trop peu développée. Devant servir de pilote à une anthologie télévisée horrifique australienne (qui se serait appelée Fright, comme en témoigne encore le générique), Night of Fear fut purement et simplement banni lors de son passage devant le comité de censure en 1972. Bien qu’un jugement en appel lui ait finalement permis de sortir sur les écrans en 1973 dans une version intégrale, il était trop tard et le projet de série tomba à l’eau, ses producteurs ayant eux-mêmes été effrayés par sa violence. Les écrans qui le diffusèrent furent grands et non petits, et avec sa classification R le film sombra bien vite dans l’oubli duquel il n’est vraiment ressorti que lors de la nouvelle vague de survivals, dans les années 2000, à l’occasion d’une sortie DVD.

Victime d’une sortie de route alors qu’elle rentrait chez elle après avoir passé du bon temps avec son amant, une femme (Carla Hoogeveen) se retrouve contrainte de suivre un sentier au milieu des bois qui s’avérera être un cul de sac débouchant sur le territoire d’un psychopathe plus ou moins violeur (Norman Yemm). La nuit promet d’être longue.

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Méfions-nous un peu des jugements à l’emporte-pièce : Night of Fear passe pour être le premier film estampillé « horreur » produit professionnellement en Australie. Sans aller jusqu’à infirmer catégoriquement cette assertion, il ne serait pas surprenant que l’on finisse par tomber sur un thriller un peu plus violent qu’à l’accoutumée et qui pourrait aussi bien correspondre à cette définition. Ce qui n’empêche que le film de Terry Bourke est de toute façon un pionnier, non seulement au sein du cinéma australien mais aussi du cinéma mondial, puisque son intrigue toute en persécution et en idées malsaines devance Massacre à la tronçonneuse de deux ans et La Colline a des yeux de cinq ans, s’inscrivant ainsi comme l’un des tout premiers « survivals » auquel il convient de reconnaître les grands mérites. Le moindre n’est certainement pas d’aller directement à l’essentiel. Revendiquant pleinement la simplicité du scénario type d’un « survival », Bourke ne brode aucune autre histoire que celle de cette sortie de route menant droit chez un fou furieux. Pas de tranches de vie, pas de jeunes en goguettes… et pas de dialogue du tout, y compris dans le petit laps de temps séparant la fin du générique de la sortie de route. Les personnages ne sont même pas nommés, faisant apparaître l’ensemble comme un véritable fait divers filmé. Le pré-générique, montrant la mésaventure arrivée à une autre fille esseulée, aura posé le ton, plombant l’atmosphère (l’absence de dialogues nous oblige à rester dans cette cette première impression) et établissant même un certain suspense, puisque pour abattre ses proies le psychopathe a recours à un système dont la finalité ne pourra qu’être découverte dans le climax. Pour arriver jusque là, Bourke joue la carte du un contre un, et de la progressive descente aux enfers pour une héroïne qui, après avoir dans un premier temps découvert son assaillant, se retrouve ensuite plongée dans son univers, ou plus exactement dans sa maison, où elle découvre diverses horreurs, il est vrai très semblables à ce que seront celles de Massacre à la tronçonneuse. Ossements, animaux empaillés, crasse générale… Le tout avec une musique à forte teneur en bruitages irritants ou en dissonances. Avouons que l’efficacité n’est pas la même, la faute très certainement à l’atout « aridité » dont disposait Tobe Hooper (ici, tout se déroule dans le bush, sec et dépaysant mais ne mettant pas aussi mal à l’aise). L’impact est toutefois loin d’être nul, tant la technique mise en œuvre par le réalisateur et son équipe s’avère soignée. Outre de ne laisser aucune porte de sortie et aucun répit d’ordre émotionnel à l’héroïne et par ricochet aux spectateurs, le choix de ne créer aucune histoire et de n’avoir recours à aucun dialogue permet de se concentrer sur le médium cinéma en lui-même, qui pour ce genre de film est l’élément majeur du succès. C’est par exemple à travers la mise en scène et la gestion de son acteur que Bourke rend son psychopathe aussi effrayant, alors qu’il n’a pourtant rien de bien réellement marquant au niveau physique, si ce n’est une cicatrice près de l’œil. La façon dont il est cadré, et plus généralement sa démarche et ses éructations, prononcées mais suffisamment maîtrisées pour ne pas le rendre ridicule, en font un vrai cinglé rural, n’ayant rien à envier à la famille de Leatherface. Le personnage confine même au croque-mitaine dans une scène de cauchemar où il apparaît avec un crâne sanguinolent en guise de cache-sexe. Ce fou finit par envahir le rêve de sa proie, celle-ci étant prise au piège aussi bien physiquement que mentalement. Il y a même une certaine dose de jeu dans cette persécution silencieuse, qui s’apparente à une scène banale de la chaîne alimentaire mais pour laquelle les animaux seraient des humains. La victime annoncée, pas particulièrement brillante dans ses réactions (façon mouche dans une toile d’araignée), et renvoyée à sa fragilité (l’aspect sexy de l’actrice dans sa robe courte n’est pas tant utilisé pour l’exploitation que comme un moyen de la montrer démunie) subit clairement l’ironie du réalisateur en plus de celle de son assaillant. Une ironie mordante voire quelque peu sadique en cela qu’elle lui laisse quelques instants de répit… qui n’en sont pas vraiment, puisque c’est lors de ces moments qu’elle explore la maison du tueur, et qu’elle devine le sort qui l’attend, particulièrement glauque et à n’en pas douter à l’origine du bannissement subi par le film.

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Durant une cinquantaine de minutes comme auraient dû durer les épisodes de la série qu’il devait introduire, Night of Fear est un exercice de style réussi haut la main, résumant à merveille le noyau du sous-genre « survival » qui allait se développer. Ce qui est chose faite aujourd’hui, avec des films réussissant à le dépasser à pas mal de niveaux, et avec d’autres qui au contraire nous font regretter sa concision quasi « art et essai ». Bourke a en quelque sorte réalisé sans en être conscient un mètre-étalon plein de bonnes idées, mais suffisamment limité pour permettre de les développer. Plus que le coup du « premier film d’horreur australien » ou plus qu’un pseudo débat sur le premier survival comme il en existe également pour d’autres branches un temps à la mode du cinéma horrifique, c’est cet esprit un peu expérimental que l’on retiendra de Night of Fear.

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