Cinéma Horreur Science-Fiction

Mutant Hunt – Tim Kincaid

Ecrit par Loïc Blavier

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Mutant Hunt. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Tim Kincaid
Avec : Rick Gianasi, Mary Fahey, Stormy Spill, Bill Peterson…

Z dirige d’une main de fer la société Inteltrax, qui approvisionne le gouvernement en cyborgs supposément dociles. L’infâme patron a toutefois d’autres objectifs -et clients- en vue concernant ses produits, et c’est pourquoi il les a soumis à des drogues qui décuplent leur agressivité. Cela au grand dam d’un de ses principaux scientifiques, qui se retrouve bientôt séquestré tandis que sa sœur et collègue Darla est parvenue à prendre la fuite et à demander l’aide du fameux Matt Ryker, mercenaire à la tête d’une équipe de choc. Le combat entre justiciers et cyborgs promet d’être acharné dans les rues de New York, et cela sous le regard calculateur de Domina, ex associée de Z qui se verrait bien mettre la main sur le labo de son ancien partenaire.

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Visiblement las de s’appeler Joe Gage et de ne réaliser que des pornos, Tim Kincaid cherche au milieu des années 80 à s’émanciper un peu en se lançant dans la science-fiction, l’horreur et l’action. Cela passe par la production de Necropolis (Bruce Hickey) et de Territoire ennemi (Peter Manoogian), et surtout par la réalisation de Robot Holocaust, de Breeders et du Mutant Hunt qui nous intéresse ici pour lesquels il bénéficie de la compagnie Beyond Infinity, dont le catalogue se limitait en 1987 à ces trois films et à Psychos in Love (Gorman Bechard). Tous ces fleurons de l’industrie cinématographique ayant été refourgués à Charles Band, dont l’Empire ne s’est hélas pas contenté de produire et en est venu à distribuer de semblables produits généralement très en dessous des films maison, caractérisés par leur absurdité incontestable mais néanmoins maîtrisée dans la forme et le fond par des personnalités talentueuses (la famille Band, Stuart Gordon, Mac Ahlberg, John Carl Buechler etc…). Le problème avec les films qu’Empire n’a fait que distribuer est que si l’absurdité est toujours présente, le talent est rarement au rendez-vous. Ne reste alors plus que de la crétinerie pure et dure balancée avec un amateurisme total. Tim Kincaid n’a jamais fait autre chose : son Breeders avait de quoi être amusant mais n’est pourtant jamais parvenu à accrocher l’intérêt. Robot Holocaust était paraît-il encore pire. Et à sa vision il n’est pas besoin d’attendre beaucoup pour comprendre que Mutant Hunt (sorti en vidéo uniquement) ne marquera aucun progrès significatif : Kincaid fera encore n’importe quoi n’importe comment. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir misé sur un sujet propice aux farces de l’Empire… Cette histoire de cyborgs drogués lâchés en plein New York et combattus par un improbable trio de mercenaires (un bellâtre, une strip-teaseuse et un Eddie Murphy au rabais) aurait pu donner quelque chose si elle avait été réalisée par exemple par Peter Manoogian, auteur d’un sympathique Decapitron dont le postulat n’a rien à envier à celui de Mutant Hunt. Mais non, c’est Tim Kincaid aux commandes, et celui-ci ne sait pas par où commencer pour faire monter une mayonnaise qui fourmille en outre de détails incongrus constituant autant de chausses-trappes. Le look space opera des méchants scientifiques (K et Domina), celui très « Kim Jong-Il » (en plus musclé) des cyborgs, la putréfaction que connaissent ces derniers au fur et à mesure du film (d’où le « mutant » du titre), les combats façon karaté, tout cela exigeait un certain savoir-faire pour ne pas être gâché ou sombrer dans les abîmes du ridicule. Or, rien n’est vraiment exploité, il n’y a pas cette désinvolture caractéristique des réussites Empire. L’absurde est bel et bien là, mais sans logique, sans progression, sans surprises et surtout sans aucun savoir-faire. Tout ce qui aurait pu accrocher le spectateur devient vite terne et sans saveur. Il en résulte un film d’une mollesse incroyable, rendant interminable l’heure et quart qu’il dure. Mutant Hunt n’est même pas de ces films branlants arrivant à faire naître le rire ici ou là à coup de ratés. Pardonnez-moi ma grossièreté, mais c’est juste de la merde.

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Par où commencer pour définir les torts de Kincaid ? Il y aurait beaucoup de choses à dire. Déjà, le fait qu’il se révèle inapte à dépasser ses carences budgétaires. Pas le moindre peaufinage ou volonté de bien faire : ce New York du futur est filmé comme le New York de 1987 qu’il est, sans parti-pris esthétique. Ce qui est dommage pour un film de ce calibre, qui aurait demandé un peu plus d’identité visuelle mettant l’accent sur l’excentricité (ce à quoi l’Empire excelle en temps normal, d’ailleurs). Il y a ensuite ce montage désastreux : non seulement les grossières fautes de raccord sautent aux yeux, mais il faut aussi subir d’intempestifs changements de points de vue. Un coup chez Z, un coup chez Domina, un coup auprès de Ryker, un autre avec un de ses acolytes -car ils officient rarement groupés-… L’ensemble est bien trop haché, ce qui vu l’inanité complète de l’intrigue forme la principale explication à l’ennui qui se dégage de Mutant Hunt. L’histoire prête elle-même le flanc à ce défaut, puisque Kincaid se croit obligé de développer son scénario comme s’il avait un quelconque intérêt. Plutôt que de faire simple et direct, il passe ainsi par des étapes transitoires qui ralentissent le rythme. Sa réalisation est tout aussi médiocre, les seuls effets notables étant ces immondes zooms sur des fenêtres d’immeuble dès que l’on change de scène (on dirait des reprises après coupure pub dans une série télévisée). Les acteurs sont désastreux, notamment lors des séquences de combats pour lesquels ils se livrent à un semblant d’art martial pratiqué avec une lenteur de débutant (et cela, à une occasion, en slip kangourou). Les cyborgs ne sont pas en reste, question lenteur, et leurs interprètes sont plus proche du robot basique que du Terminator. Avec l’aide de Kincaid, qui aime disperser son scénario mais est incapable d’illustrer ce qu’il évoque dans ses propres dialogues, ils passent à côté de leur statut de « tueurs psychosexuels ». Pendant tout le film, on se demande s’ils ne s’en prennent qu’aux femmes ou à n’importe qui. Tout comme on se demande pourquoi ils sont incapables de remporter un combat alors que par ailleurs ils peuvent dégommer des murs en béton ou allonger leurs bras pour choper quelque chose d’éloigné. Ils ne sont en fait ni tueurs ni « psychosexuels ». Alors de là à les imaginer en guerriers invisibles sur la scène géopolitique mondiale comme le prétend Z, il y a de la marge. Par contre, leurs tissus physiques se décomposent petit à petit, moyen un peu facile pour placer de l’effet sanguinolent… On pourrait continuer comme ça, mais autant s’arrêter sur les principales tares. Mutant Hunt est complétement nul. Autant un David DeCoteau a démarré très bas (Dreamaniac) et a progressé pour arriver au plaisant Sorority Babes in the Slimeball-Bowl-O-Rama, autant on finit par se désespérer de Tim Kincaid. L’un a malgré tout fini par intégrer Empire, l’autre y est seulement resté associé, ce qui est certainement un signe. D’ailleurs, sans vouloir sous-entendre que les films Beyond Infinity en sont la cause, Charles Band au moment de lancer Full Moon comptait bien ne plus avoir à distribuer des films sur lesquels il ne pouvait avoir un droit de regard. Et du reste, après un The Occultist l’année suivante auquel son nom est associé (étrangement sans pour autant qu’Empire ne s’en soit mêlé, pas même à la distribution), il ne retravaillera plus avec Tim Kincaid. Lequel, après une comédie avec Carrie Fisher, s’absentera dix ans des écrans avant de retourner exclusivement au porno.

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