Cinéma Horreur

Monster Dog – Claudio Fragasso

Ecrit par Loïc Blavier

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Leviatán. 1984.
Origine : Espagne / Etats-Unis / Porto Rico
Genre : Horreur
Réalisation : Claudio Fragasso
Avec : Alice Cooper, Victoria Vera, Pepita James, Pepa Sarsa…

Vingt ans après en être parti pour devenir une rock star, Vincent Raven (Alice Cooper) est de retour dans son patelin natal où, comme son manager l’espère, il retrouvera l’inspiration le temps du tournage d’un clip. Flanqué de quelques amis en charge de l’aspect technique, Vincent se dirige donc vers le manoir familial et tombe sur le shérif qui l’informe que comme naguère, une meute de chiens sauvages sème la terreur. Il tombe aussi sur un vieux fou qui le met en garde lui et ses amis d’une mort certaine sous les griffes d’un loup-garou. Jugeant certainement son intervention par trop obscure, le vieux interviendra aussi dans le rêve d’une amie de Vincent, où d’une part il se montrera très agressif, et où d’autre part il laissera entendre que Vincent est le loup-garou, maître des chiens sauvages. Comme son père avant lui, il paraîtrait…

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En règle générale, les chanteurs font du cinéma pour se faire connaître ou pour entretenir leur renommée. Rares sont ceux qui y plongent une fois passés de mode. C’est ce qui arrive à Alice Cooper, qui en cette année 1984 était au creux de la vague. A l’époque, certains le croyaient même définitivement noyé. Son album DaDa, quoique musicalement inspiré, est passé totalement inaperçu, comme les deux ou trois précédents, et n’a même pas donné lieu à une tournée de promotion. Son contrat étant terminé, la Warner refuse de le prolonger, et Cooper se retrouve provisoirement sans studio. Qu’il ait enfin réussi à vaincre son sévère penchant pour l’alcool n’empêche pas qu’il est au plus bas, et le voir apparaître dans un film comme Monster Dog ne peut a priori qu’affirmer cette décrépitude. D’une part parce que le cinéma d’horreur européen est tout autant aux fraises que ne l’est la carrière d’Alice Cooper, et d’autre part parce que, bien qu’il soit une coproduction hispano-américano-porto ricaine, Monster Dog est réalisé par l’italien Claudio Fragasso, assistant attitré de Bruno Mattei fraichement promu réalisateur à plein temps et déjà coupable de la co-réalisation de Virus Cannibale (en solo, il commettra Troll 2). Assurément pas un gage de qualité. D’un autre côté, le nom du producteur de Monster Dog peut rassurer : il s’agit de Carlos Aured, à qui l’on doit plusieurs films avec Paul Naschy. Non seulement les films de Naschy sont bien souvent fort honorables, mais en plus ils s’inscrivent dans un fantastique gothique traditionnel, à base de monstres datant au moins de la Universal et de tous les ingrédients qui vont avec. Un milieu qu’Alice Cooper connait bien, puisque ses albums et surtout ses concerts sont eux-mêmes fort pourvus en références similaires. En outre, avec cette histoire de loup-garou, Aured peut utiliser son expérience auprès de Paul Naschy (qui avec son Waldemar Daninsky est aux lycanthropes ce que Christopher Lee est aux vampires), tandis que Cooper peut s’amuser à jouer au schizophrène comme il en a l’habitude (Steven dans l’emblématique « Welcome to my nightmare » en étant l’exemple le plus parlant).

Hélas, tout ceci n’est que du potentiel sur le gage de simples noms. Le film n’est ni d’Aured ni de Cooper, mais bien de Claudio Fragasso, qui met en images son propre scénario, lequel se limite en gros à déterminer si oui ou non Vincent Raven est bien le loup-garou. Un bien mince suspense, que le réalisateur cherche à étayer en ayant recours à ce mystérieux vieil homme ensanglanté et, plus tard -ils introduisent le climax-, à une poignée de villageois venus régler leurs comptes. Sans virer à l’ubuesque comme les pires divagations de Bruno Mattei, cette histoire ne tient guère debout et comme de trop nombreux films d’horreur à petits budgets passe avant tout son temps en effets d’annonces et en parlotte. Inutile de discourir sur les personnages, ils ne forment ni plus ni moins que le groupe de jeunes rigolards habituels en mal d’amusement. Excepté Vincent, visiblement tracassé (une retenue qui sied bien mal à Cooper). Pour les multiples effets d’annonces cherchant à construire une atmosphère, Fragasso aligne les stériles scènes macabres à grand renfort de fumigènes bleus, de détails manipulateurs (oh mon dieu, y’a un loup-garou sur le portrait de famille !), et bien entendu, on ne pouvait échapper à ce cliché, de gros plans sur la lune (la réponse du cinéma d’horreur aux couchers de soleil des drames sentimentaux). Tout ceci forme le long et globalement ennuyeux préambule à l’arrivée trop tardive des chiens sauvages, à partir de laquelle Fragasso rectifiera un peu le tir en redynamisant son film à l’aide des villageois furibards et du loup-garou, dont l’aspect peu convaincant est masqué par la mise en scène et par les fumigènes. Une soudaine concentration d’action et de gore accompagnant l’évolution prévisible d’une histoire qui se termine par un peu glorieux tour de passe-passe.

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N’y a-t-il vraiment rien qui justifie la présence d’Alice Cooper, si ce n’est la possibilité de mettre son nom comme argument de vente sur l’affiche ? Et bien à vrai dire, non, il n’y a pas grand chose, bien que l’introduction en chanson ait pu laisser penser le contraire. Quoique la chanson en question, Identity Crisis, soit musicalement médiocre, ses paroles et le clip qui l’accompagne se basent sur un humour typique de Cooper. Incarnant plusieurs personnages de façon parodique (James Bond, Billy the Kid, Sherlock Holmes, Jack l’éventreur), le chanteur y assume une fois de plus sa cinéphilie, sa propension à jouer des rôles et à ne pas se prendre au sérieux. De quoi espérer que Vincent Raven, dont le nom se base sur son véritable nom (Vincent Furnier) sera du même acabit et que Cooper nous fera du second degré horrifique, à la EC comics, comme il sait si bien le faire en studio et en concert. Las, comme nous l’avons vu, la suite démentira ces espérances et ce même quand Fragasso tente de jouer sur l’image de sa tête d’affiche. Comme pour le fameux clip de la chanson « See me in the mirror », qui cette fois tente de s’insérer dans le scénario. Il s’agit tout simplement du clip que Vincent et ses amis sont venus tourner. Tout en gothique rudimentaire pour une chanson dans une veine sépulcrale comme en fait de temps en temps Cooper. Moins intelligente que le tryptique « Years Ago » / « Steven » / « The Awakening », moins second degré que « Skeletons in the closet », moins malsaine que « DaDa » et moins mélodieuse que « This house is haunted ». Elle restera inédite jusqu’à la sortie en 1999 du coffret Life and crimes of Alice Cooper, rassemblant des inédits (Identity Crisis également), des démos et quelques chansons déjà connues. Pas une grande chanson… Au sein du film, plutôt que d’orienter Fragasso vers une direction « cooperienne », elle justifie le maquillage que le chanteur arborera jusqu’à la fin. Purement opportuniste, comme l’est en fin de compte -et je m’en veux de m’être fait prendre au piège- la présence d’Alice Cooper dans un film peu imaginatif et ne sachant pas exploiter un certain potentiel (le loup-garou et ses chiens sauvages auraient pu donner quelque chose de bien plus incisif). Et pour couronner le tout, à part pour ses chansons, Cooper a été doublé par un autre comédien dans la version anglaise…

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