Cinéma Horreur

Metamorphosis – George Eastman

Ecrit par Loïc Blavier

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Metamorphosis. 1989.
Origine : Italie
Genre : Horreur
Réalisation : George Eastman
Avec : Gene LeBrock, Catherine Baranov, Harry Cason, David Wicker…

On connaissait George Eastman pour avoir été un prolifique acteur, on le savait aussi scénariste à ses heures perdues, notamment pour son mentor Joe d’Amato (mais aussi pour Enzo G. Castellari et son Keoma). Mais on le connait moins en temps que réalisateur, et c’est normal : si l’on excepte 2020 Texas Gladiator, pour lequel il œuvra sans être crédité aux côtés de Joe d’Amato, il n’en a fait qu’un, Metamorphosis, en 1989. Près d’une décennie après l’âge d’or du cinéma de genre italien. Et l’œuvre de George Eastman diffère il est vrai grandement des films des sieurs Fulci, Lenzi, Martino et consorts qui surent durant les années 70 et au début des années 80 donner à leurs films une patine résolument différente de celle de l’horreur américaine. Mais à la fin des années 80, plus de tout ça : l’Italie s’est déjà depuis quelques années posée en sangsue du cinéma américain, digéré et recraché souvent sans inspiration par des gens en bout de course. Il ne faut pas s’y tromper, George Eastman, bien que débutant dans le fauteuil de réalisateur, est de l’ancienne génération. Il a ainsi traversé bien des genres qui ont fait la renommée du cinéma italien : le western, le polar, l’érotique, l’horreur cannibale… Ici, il verse dans l’horreur basique, une sombre histoire de savant contraint d’expérimenter dans l’urgence et sur lui-même son produit miracle censé stopper le vieillissement des cellules. Bien entendu, il connaîtra par la suite moult déboires avec son organisme en mutation.

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Premier inconvénient : le casting. Si ce n’est pour la belle Laura Gemser qu’Eastman a côtoyé durant ses collaborations avec d’Amato et qui vient ici faire une courte apparition dénudée dans le rôle d’une prostituée, tous les acteurs sont des débutants dont la carrière s’arrêtera pour beaucoup au bout d’une heure trente. Chose qui n’est pas répréhensible en soi, mais qui le devient lorsqu’on s’aperçoit que le réalisateur peine à donner à ses personnages des caractères proches de ceux des protagonistes de La Mouche, de Cronenberg, principale influence du film (avec dans une moindre mesure le plus classique mythe de Dr. Jekyll et Mister Hyde). C’est ainsi que le médecin / cobaye (vague sosie de Christopher Reeves) est dès le début antipathique, « arrogant et mégalomane » comme lui fait remarquer un collègue tout aussi antipathique. Quant à l’héroïne, sa justification ne consiste en gros qu’à deux ou trois scènes de nu, le côté « future veuve éplorée » étant plus que parasité par son manque d’implication dans la tragédie en cours. Sans parler de son moutard, dont le doublage français, proprement incompréhensible, fut probablement confié à un gamin asthmatique enrhumé.
On peine donc à ressentir quoi que ce soit pour ces personnages qui sont pourtant au cœur des enjeux dramatiques, puisque Eastman ne semble guère intéressé par l’horreur en tant que telle et qu’il ne se contente que de quelques flash-backs giallesques, vagues souvenirs d’un personnage central à la personnalité changeante, ainsi que d’une dernière partie qui au contraire forcera exagérément le trait sur les mutations corporelles. Le monstre que devient le méprisé scientifique est en son genre assez ridicule. Il le sera complétement dans la mutation finale, avec une sorte de dinosaure en plastique qui a le désavantage d’être montré en pleine lumière. Une faute de goût regrettable de la part d’un réalisateur qui avait jusqu’ici su relever les faiblesses de son scénario par une mise en scène inspirée (à quelques gros plans près), par une photographie souvent fort à propos et par une musique adaptée à défaut d’être originale.

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Eastman n’a pas à avoir honte de Metamorphosis : bien que n’étant qu’une repompe maladroite de La Mouche, le film cherche indéniablement à toucher un public adulte, développant avec un sérieux enraciné dans un cortège de justifications scientifiques le thème vieux comme le cinéma de l’homme cherchant à s’opposer à la nature. Mais hélas, son scénario, peut-être justement trop froid et trop sérieux pour les moyens dont disposait Eastman, est un obstacle à la bonne réussite de cette entreprise.

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