Cinéma Guerre

Mémoires de nos pères – Clint Eastwood

Ecrit par Jérémie Conde

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Flags of our Fathers. 2006.
Origine : Etats-Unis
Genre : Drame / Guerre
Réalisation : Clint Eastwood
Avec : Ryan Phillippe, Adam Beach, Neal McDonough, John Benjamin Hickey…

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Clint Eastwood, fort du succès de son dernier chef d’œuvre, Million Dollar Baby, veut toucher à autre chose. Alors, intelligemment, il se lance dans l’Histoire de son pays. Eastwood a toujours été un amoureux de son pays, peut-être un patriote, mais du genre intelligent, pas du genre à hocher la tête dès qu’un Président parle de la légitimité d’une guerre. Eastwood aime son pays donc, et le comprend. Son cinéma, c’est un peu cette volonté d’aller au-delà des mythes et de les rendre plus humains. Chez lui, pas de rêve américain, même pas l’illusion d’une certaine Amérique. Il porte un regard humain sur ce qui a construit les mythes de l’Amérique, ou plutôt des USA car les USA ne sont pas l’Amérique.

Ainsi, Clint Eastwood, se lance dans l’étude de la Seconde Guerre Mondiale. A priori, rien d’extraordinaire : des batailles, des morts, des atrocités, un peu de sentiments… Mais Eastwood, après un dernier film qui tirait fort sur les sentiments des spectateurs, ne cherche pas à dramatiser son film pour en faire un drame, comme on peut le voir dans un film tel que Nous étions soldats. Eastwood se contente de raconter les faits, avec une exactitude impressionnante en montrant les coulisses de la guerre.

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Ainsi Eastwood se penche sur la fameuse bataille d’Iwo Jima où les soldats américains cherchent à contrôler une île que les Japonais sont prêts à défendre très chèrement. Scène de débarquement, léger temps mort, et premiers coups de feux. Très vite, bien évidemment, on pense au film de Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan, et même si Eastwood excelle derrière la caméra, il manque quelque chose à cette scène. Mais le réalisateur d’Un monde parfait connaît ses limites de mise en scène, il sait qu’il ne pourra pas faire mieux que Spielberg, et il n’en a pas la prétention. Sa seule idée dans ce film, c’est de démonter un des mythes qui a sans doute fait gagner la guerre aux Américains contre les Japonais. En effet, sur cette même île, quelques Marines montent un drapeau en haut du plus haut sommet. Là, une photo est prise, la photo est parfaite, fait le tour du pays, et les politiques, ainsi que les militaires, y voient là l’occasion de vendre la guerre, pour renflouer les caisses d’un pays à la limite de la ruine. Trois des Marines restant ayant portés le drapeau sont rapatriés et sont utilisés comme bêtes de foires pour faire vendre au peuple américain des bons pour financer la guerre. Cette manipulation des foules paraît pourtant nécessaire, et Eastwood, à aucun moment ne se permet de juger son sujet. Il se contente simplement de montrer que les États-Unis ont profité d’une photo, ont fabriqué des héros, et ont promené trois malheureux soldats partout dans le pays, pour vaincre l’ennemi japonais.
Eastwood est intelligent, et sait combien cette propagande fut nécessaire, mais le réalisateur va au-delà encore, et critique son pays, dans cette volonté qu’il a, à chaque guerre, de se créer des héros, quand il n’y a là que des hommes qui essaient de survivre, et de rentrer dans leurs casernes avec leurs potes. Comme si ces batailles se résumaient à : sauve ta peau et celle de ton pote. Tuer l’ennemi paraît secondaire.

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Le film est intéressant, plus que tout, le film est intelligent. Certes, on pourra parfois, reprocher le choix du montage, construit en flash-back, mais qui a pourtant son sens, mais qui malheureusement ne sert pas toujours la narration. On pourra reprocher aussi le manque de prise de risque dans la réalisation des scènes de combat. Mais au final, on retiendra que ce film n’est pas un film de guerre, mais un film sur la guerre, et sans doute même un film contre la guerre. Car on ne peut pas sortir cette œuvre de son contexte. Ce film a été réalisé alors que les Etats-Unis s’enlisent dans une guerre en Irak et que le gouvernement manipule son pays en présentant de faux héros, en parlant de la nécessité de sauver le peuple irakien, et donc, on peut voir là un Clint Eastwood, fatigué de son pays qu’il aime tant, qui va sans doute trop loin aujourd’hui dans ses choix politiques. Et donc, Eastwood nous jette ce film à la gueule, mais ne juge pas, nous laissant le choix de nous faire notre avis propre.

Pas de larmes, pas de drames, un peu de gore mais peu, pour pouvoir toucher un large public. Un film utile, un film remarquable dont la suite, racontant la même bataille du point de vue japonais est elle aussi très intéressante.

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