Cinéma Comédie

Match retour – Peter Segal

match-retour-affiche

Grudge Match. 2013.
Origine : Etats-Unis
Genre : Knock-Out
Réalisation : Peter Segal
Avec : Sylvester Stallone, Robert De Niro, Kim Basinger, Alan Arkin…


Sous l’impulsion d’un jeune ambitieux, deux anciennes gloires de la boxe – Henry « Razor » Sharp et Billy « The Kid » Mc Donnen (Sylvester Stallone et Robert De Niro) – vont reprendre les gants 30 ans après leur dernier affrontement. Mais attirer les foules sur la base d’un combat opposant deux sexagénaires, fussent-ils deux anciens champions à la rivalité légendaire, n’est pas chose aisée. Et cela se complique lorsque les deux hommes en question passent leur temps à se quereller à cause d’une sordide affaire dont ils sont les seuls à connaître les tenants et les aboutissants.

Ce ne sont pas les idées saugrenues qui manquent à Hollywood. On peut même dire qu’elle s’en est fait l’écrin privilégié, avec toujours derrière la volonté assumée de générer beaucoup d’argent. Elle ne produit plus de films à part entière mais des concepts déclinables à loisir. Le dernier en date, réunir dans un même film Rocky Balboa et le Jake La Motta de Raging Bull, soit Sylvester Stallone et Robert De Niro. Les deux hommes s’étaient déjà croisés le temps de deux courtes scènes à l’occasion de Copland. Une époque lointaine et charnière où le premier nommé souhaitait réorienter sa carrière lorsque le second s’apprêtait à dilapider son talent en enchaînant les navets à un rythme métronomique. Qu’ils se retrouvent aujourd’hui relève de l’évidence tant leur trajectoire concorde par un total manque d’ambition artistique. Conscients que leurs meilleures années se trouvent derrière eux, ils prennent désormais le parti de s’amuser, quitte à s’auto-parodier allégrement et sans aucune retenue.
De par la nature fictionnelle de Rocky Balboa et historique de Jake La Motta, il était inconcevable que ces deux « sommités » du monde de la boxe s’affrontent tel quel, obligeant les scénaristes à quelques ajustements. Oh, pas grand-chose en réalité. Les deux scénaristes – Tim Kelleher et Rodney Rothman – ont principalement rebaptisé les deux personnages, dépositaires par ailleurs de la plupart des caractéristiques de leurs illustres modèles. Ainsi, Henry Sharp partage avec son aîné des origines prolétaires qu’il ne renie pas et une générosité sans borne qui se marie mal avec le milieu de requins dans lequel sa célébrité aussi soudaine que brève l’a fait plonger. Après avoir dilapidé toute sa fortune dans de mauvais placements, il a renoué avec sa condition d’ouvrier dans les chantiers navals, se satisfaisant d’une vie calme et dénuée de paillettes. A l’inverse, Billy Mc Donnen continue de mener une vie de patachon, se gargarisant de sa carrière de boxeur à longueur de soirée, à grands renforts de pics envers son adversaire honni. Son prochain, il n’en a cure tant qu’il peut lamper sa ration de whisky, se gaver de pancakes dégoulinants de sirop d’érable, et coucher avec quelques unes de ces groupies écervelées que ses flatteries et ses anecdotes de vieilles gloires auront réussi à attendrir. Il reste un éternel queutard irresponsable, qui n’en a jamais assez (d’argent, de gloire, de femmes, …). Seul changement notable, la place de la femme au cœur de leur existence. Et pour cause puisque de leur rapport aux femmes, ou devrais-je dire à la femme, découle le principal ressort dramatique du film.
Le récit tourne autour d’un triangle amoureux constitué des deux boxeurs et de Sally, qui n’est autre que le grand amour d’Henry. Mal conseillée par une jalousie déplacée, elle a commis l’irréparable en le trompant avec Billy le temps d’une étreinte aussi dépassionnée que fâcheuse puisque cet écart est à l’origine du retrait d’Henry, et partant de l’annulation pure et simple du match décisif pour le titre suprême de meilleur boxeur de la catégorie et de la ville. Pour leur plus grand malheur, Billy Mc Donnen s’est révélé aussi adroit au plumard que sur un ring, un enfant naissant de cet adultère. A l’aune des retrouvailles de ce petit monde, le récit égrène son lot de péripéties attendues. Alors qu’Henry et Sally se disent enfin leurs quatre vérités pour repartir sur des bases saines, Billy renoue avec son fils avec tout ce que cela présuppose de bons sentiments et de larmichettes au coin de l’œil, sur la base de dialogues qui alternent entre convenus (Billy et son fils) et affligeants (le venu d’ailleurs « les pigeons vont nous en vouloir » de Sally lors de son rabibochage en mode adolescent avec Henry). Et le film de se complaire dans du soap basique avec au programme engueulades mère-fils, le petit fils trop trognon qui incarne la voix de la raison (mais auquel lui prend soudain l’envie de conduire le 4×4 de papi… à 7 ans !), les atermoiements d’Henry sur le mode du dois-je renouer avec mon passé, et redonner une chance à l’amour de ma vie ? Le tout guère rehaussé par les gesticulations des deux histrions comiques, le crispant Kevin Hart dans les costumes taille 12 ans de l’impresario aux dents longues, et le vieillissant Alan Arkin dont le rôle se veut une synthèse sous des relents d’ado attardé de Paulie et Mickey, deux personnages emblématiques de la saga Rocky. Pour une comédie, Match retour manque singulièrement de rythme. On rigole peu et on s’y ennuie beaucoup, autant à cause de la faiblesse des péripéties proposées que de leur côté réchauffé. Du point de départ improbable du récit – faire combattre des sexagénaires – à la conclusion – les vieux croûtons auront prouvé à la face du monde qu’il fallait encore compter avec eux – Match retour fleure bon le démarquage en règle de Rocky Balboa. A la différence que le sixième opus de la saga du petit gars de Philadelphie relevait de la démarche sincère d’un Stallone désireux de redonner son lustre d’antan à un personnage qui virait à la caricature. Rien de tel ici, ou le cynisme voisine avec le je-m’en-foutisme, sous la houlette d’un réalisateur peu concerné qui semble se satisfaire du pedigree des acteurs qu’il a sa disposition. Le constat d’échec est patent lors du combat tant attendu qui faute d’une réelle intensité, et d’une issue convenue à même de satisfaire les deux adversaires, fait office de pétard mouillé.

Raté d’un bout à l’autre, Match retour rejoint cette cohorte de concepts filmés qui suscitent toutes les craintes dès leur annonce, et qui se révèlent encore plus effroyables à leur sortie. Uniquement présents pour toucher leur chèque contre un minimum d’investissement, les acteurs échouent à nous procurer la moindre émotion, en dépit des efforts d’un scénario qui ne ménage pourtant pas sa peine dans ce domaine. Trop mécanique pour être sincère, Match retour se limite à une triste réunion de vieilles gloires au sein de laquelle seule Kim Basinger, dans un énième rôle de pot de fleurs, parvient à conserver sa dignité. C’est dire l’ampleur du désastre.

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