Cinéma Horreur

Manhunt – Patrik Syversen

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Rodvyr. 2008.
Origine : Norvège
Genre : Banal survival
Réalisation : Patrik Syversen
Avec : Henriette Bruusgaard, Jorn Bjorn Fuller Gee, Nini Bull Robsahm, Lasse Valdal…

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17 juillet 1974. Quatre jeunes gens font route vers un chalet sis dans les montagnes. En chemin, ils s’arrêtent à une station-service pour faire le plein, aller aux toilettes, et s’approvisionner au terme d’un frugal repas. Déjà délétère, l’ambiance entre eux tend à s’envenimer davantage lorsque Roger, le conducteur, impose la présence d’une jeune femme à l’air terrorisé, et rencontrée au restaurant de la station-service, au moment de reprendre la route. La dispute qui s’ensuit apparaît un brin dérisoire au regard du cauchemar dans lequel ils se retrouvent entraînés, à l’instant même où les double un 4×4. A son bord, trois chasseurs bien décidés à jouer les grandes faucheuses.

A l’aune de certains films, le cinéma de genre donne vraiment l’impression de tourner en rond. Prenez Patrik Syversen qui, pour son premier long-métrage, se place sous le haut patronage du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, lequel plus de 30 ans après, n’a donc toujours pas fini de faire des émules. A l’écran, cela se traduit par l’année à laquelle se déroule l’action –1974–, une photographie qui tente de retrouver le grain particulier de cette décennie, et la trajectoire de l’héroïne aux allures de calvaire. Outre le classique de Tobe Hooper, Manhunt s’inscrit dans la droite lignée des Chasses du comte Zaroff d’Ernest B.Schoedsack et Irving Pichel (1932), film qui a défini les grandes lignes d’un sous-genre par ailleurs assez limité, le survival. Depuis l’excellent et morbide Delivrance de John Boorman (1972), le genre peine à se renouveler, se bornant à mettre l’accent sur les effets chocs au détriment d’un réel point de vue. Patrik Syversen n’agit pas autrement, trouvant dans le survival le genre idéal pour un premier film, ne nécessitant pas un budget important (tournage en décors naturels, casting réduit) et prompt à attirer l’attention de nombreux festivals pour se faire connaître. Une ambition mesurée qui aurait néanmoins pu accoucher d’une bonne série B, nerveuse et immersive. Las, Manhunt s’ajoute à la litanie des titres horrifiques interchangeables, seulement susceptible de combler momentanément l’appétit féroce des cinéphages de tous poils.

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En dépit de sa très courte durée –1h15–, Manhunt peine à maintenir l’attention. La faute à une trame rapidement répétitive, et à une réalisation pas très inspirée. Pour rendre son film le plus anxiogène possible, et afin d’octroyer davantage de mobilité à sa mise en scène, Patrik Syversen opte pour un filmage caméra à l’épaule, et colle en général au plus près de ses comédiens. Ainsi, il ne perd pas une miette de l’angoisse qui se lit dans leurs yeux, et met en avant les stigmates de leurs souffrances. Il proscrit donc toute profondeur de champ, et ne s’autorise qu’un bref plan large de la forêt qui embrasse la cime des arbres à perte de vue, faisant de cet enfer vert un piège inextricable. A un usage homéopathique, le procédé aurait pu s’avérer payant. Or, celui-ci se révèle lassant à la longue, et symptomatique de l’incapacité du réalisateur à bien gérer l’espace. Ainsi réalisé, le film donne l’impression de n’avoir été tourné que dans un tout petit périmètre, contraignant les protagonistes à tourner en rond. Ce qui a peut-être été le cas, cela dit. Quoiqu’il en soit, ce choix s’avère dommageable dans le sens où le réalisateur semble faire peu de cas de l’environnement dans lequel s’ébattent ses personnages. Jamais il ne joue sur la topographie des lieux, ou la dangerosité même de ce territoire hostile. De fait, il limite considérablement les possibilités d’un récit qui a recours à des péripéties de moins en moins vraisemblables à mesure que le film arrive à son terme.

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Que les divers protagonistes du film disposent d’une psychologie sommaire ne revêt pas en soi une importance capitale. Au contraire, et compte tenu de l’usage qu’il en fait, Patrik Syversen aurait même pu faire l’économie des enfantillages qui polluent les premières minutes du film. Loin d’apporter une épaisseur aux quatre amis, ces disputes incessantes teintées de mesquinerie et de bêtise, contribuent à les rendre immédiatement insupportables. Le premier meurtre agit alors comme un soulagement : enfin, les choses sérieuses vont pouvoir démarrer, et les personnages se taire. Pour ce dernier souhait, les événements ne nous donnent pas immédiatement satisfaction, mais au moins leurs accrochages sont-ils justifiés par la trouille qui les étreint. Par contre, le souci réside dans l’attitude de leurs poursuivants, et dans le traitement qui leur est apporté. Déjà, le réalisateur hésite constamment entre la tentation de les réduire à l’état de simples silhouettes menaçantes, ou nous les montrer comme un trio d’amis qui agrémente leur session camping par une petite chasse à l’homme des familles. Dans le premier cas, le simple son de leurs sifflements pour indiquer qu’ils ont déniché leur proie, agrémenté du bruit de leurs armes et de leurs pas, aurait suffi à personnaliser la menace dans toute son inéluctabilité. A ce titre, la scène prégénérique agit comme un leurre puisque par la suite, non seulement les chasseurs nous seront dévoilés, mais également dépeints dans toute leur stupidité. Disons que leur mode opératoire demeure nébuleux. Passés les deux premiers meurtres effectués sans fioriture, nos « braves » chasseurs prennent ensuite un malin plaisir à estourbir leurs proies, les attacher un peu plus loin, les prendre en chasse, les estourbir à nouveau –voire, pour les plus malchanceux, les abattre enfin–, pour ensuite les laisser encore s’échapper. Sans doute se cache t-il derrière une volonté de rentabiliser au mieux les maigres ressources en touristes qu’offre la région. Toujours est-il qu’à ce petit jeu, le réalisateur donne l’impression de ne plus trop savoir comment meubler son film. Alors il fait durer le plaisir, s’attarde complaisamment sur le dépeçage d’une victime, sans qu’il n’y ait une quelconque allusion au cannibalisme des chasseurs. Tout au plus ces jeux révèlent les chasseurs dans toute leur perversité. Une perversité qui se teinte de suffisance vis-à-vis de leurs proies puisqu’ils laissent nonchalamment traîner des armes, ici un fusil, là un arc. Bien pratique pour donner au dernier survivant les moyens de se rebiffer… mais un peu trop énorme pour que l’on ne décèle pas les grosses ficelles du scénario. Un scénario qui, au moment de conclure, ne nous épargne pas le rebondissement éculé, histoire de s’assurer que nous buvions le calice jusqu’à la lie.

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