Cinéma Thriller

Malice – Harold Becker

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Malice. 1993.
Origine : Canada / Etats-Unis
Genre : Thriller de salon
Réalisation : Harold Becker
Avec : Alec Baldwin, Bill Pullman, Nicole Kidman, Bebe Neuwirth…

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Le bonheur d’un couple tient à peu de choses. Jeunes mariés, Tracy et Andy Safian mènent une existence paisible et heureuse dans une petite ville de la banlieue de Boston. Ils retapent tant bien que mal la maison dans laquelle ils ont emménagé, jonglant comme ils peuvent avec les factures qui s’amoncellent, les soucis d’ordre professionnel qui perturbent Andy (une vague de viols touchent les élèves de son établissement) et ceux physiques qui ennuient Tracy (elle souffre de maux de ventre de plus en plus fréquents). Histoire de mettre un peu de beurre dans leurs épinards, Andy loue la chambre du haut à une ancienne connaissance fraîchement débarquée en ville, le chirurgien en chef Jed Hill. Celui-là même qui est amené à opérer d’urgence Tracy à la suite d’une crise plus violente que les autres. La jeune femme souffre des ovaires. L’un lui est ôté, tandis que le sort de l’autre, nécrosé, est soumis à l’approbation d’Andy. Faisant entièrement confiance à Jed, Andy donne son accord pour l’ablation, condamnant Tracy à la stérilité. Un état qu’à son réveil la jeune femme encaisse mal, d’autant qu’elle apprend que son ovaire pouvait être sauvé. Défaite, elle quitte Andy et se promet de détruire la carrière de Jed.

Comme de lointains échos aux femmes fatales des films noirs d’antan, les années 90 ont vu émerger une poignée de personnages féminins prêts à en remontrer aux hommes. Machiavéliques, indépendantes et sexuellement libérées, ces néo femmes fatales deviennent l’attraction de thrillers aux intrigues le plus souvent alambiquées, cherchant constamment à déstabiliser le spectateur. En outre, ces films permettent à leurs interprètes de s’émanciper, au moins pour un temps, du statut de potiche qui leur pendait au nez. Ainsi, de Rebecca de Mornay (La Main sur le berceau, 1992) à Linda Fiorentino (Last Seduction, 1994) en passant par l’incontournable Sharon Stone (Basic Instinct, 1992), toutes ont connu un sursaut d’intérêt de la part d’Hollywood à l’aune de prestations remarquées. Sans jouer un rôle aussi décisif pour la carrière de Nicole Kidman, Malice n’en constitue pas moins une étape importante, comme le fut Calme blanc en son temps – un thriller, déjà.

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De prime abord, son personnage n’a pourtant rien de singulier, bien au contraire. Tracy nous apparaît sous les traits de l’épouse modèle d’un mari tellement amoureux qu’il la met sur un piédestal. Tout au plus démontre-t-elle un tempérament plus enflammée que son conjoint dans l’intimité de la chambre à coucher. Mais pas non plus de quoi la faire passer pour une nymphomane. Cela reste très chaste, et la demoiselle demeure en outre totalement hermétique au charme de l’envahissant Jed, lui opposant un regard noir dès que celui-ci outrepasse les bornes. C’est d’ailleurs sur ce point qu’elle laisse transparaître un caractère plus trempé qu’on pourrait le croire, goûtant fort peu la présence de ce type tellement imbu de lui-même qu’il considère tous les autres autour de lui comme des sujets. Néanmoins, si elle partage son sentiment avec son mari, elle ne s’oppose pas pour autant à l’emménagement de l’impudent, laissant Andy seul juge. Bref, elle fait surtout figure de belle plante qui sait rester à sa place.
Au début, Malice semble donc davantage s’orienter sur le terrain du ver dans le fruit, à la manière de Fenêtre sur le Pacifique (John Schlesinger, 1990), pour prendre un exemple contemporain au film qui nous occupe. Tout à sa posture de beau gosse ténébreux, Alec Baldwin distille une certaine ambiguïté que des événements annexes rendent soupçonnables des pires maux. Le côté charmeur de Jed associé au rôle de confident immédiat qu’il joue auprès du trop confiant Andy en fait le suspect (trop ?) idéal de cette vague de viols dont le début coïncide avec son arrivée en ville. Plutôt que de creuser plus avant cette piste, le récit bifurque rapidement vers son erreur de diagnostic, moins fatal pour sa carrière que pour le couple Safian qui ne s’en relèvera pas. Jed a bien précipité la chute du couple, mais pas de la manière attendue. Blessée dans sa chair et dans sa féminité, Tracy démontre alors un fort tempérament à la rancune tenace. La femme douce du début se mue en boule de rage intraitable que tout sentiment amoureux a déserté, au grand dam d’Andy, abandonné à ses remords. Le récit amorce à ce moment précis un virage qui inverse les rapports de force initialement établis. Andy et Jed demeurent démunis face à l’abnégation et la froide colère de Tracy, même si le médecin tente en une sorte de baroud d’honneur de renouer avec ses atours de chirurgien de génie en se dépeignant ni plus ni moins comme dieu lors d’une tirade aussi grandiloquente que symptomatique d’un ego blessé. Même absente, Tracy pèse de tout son poids sur les destinées des deux hommes. Par son choix radical, elle laisse Andy dans un état de détresse avancée, le pauvre homme ne sachant plus que faire pour renouer contact avec elle. Quant à Jed, il tente de faire bonne figure – il assume sa faute professionnelle – mais a clairement perdu de sa superbe.

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Malice n’en reste pas là au niveau des rebondissements, multipliant les coups de théâtre dans sa seconde partie. En dire davantage serait préjudiciable à une intrigue qui en tire tout son sel, quitte à aller dans l’excès. Tous les éléments du scénario s’imbriquent tellement bien que cela lui donne un côté figé. Rien n’est laissé au hasard, de sorte qu’une fois les mécanismes en action, les derniers soubresauts du récit deviennent facilement devinables. C’est d’autant plus dommageable que la finalité de tout cet imbroglio se veut rassurante. Toujours selon cette volonté de plonger le spectateur dans les turpitudes du monde pour mieux l’en extirper in fine lors d’un épilogue tiède où la bonne morale est préservée. Curieusement, Malice perd en intérêt à mesure que la mécanique machiavélique du scénario se déploie, laissant à regretter son orientation en thriller pépère au détriment du drame personnel que vit Andy.

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