Action Cinéma Science-Fiction

Mad Max au-delà du Dôme du Tonnerre – George Miller

Ecrit par Loïc Blavier

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Mad Max Beyond Thunderdome. 1985.
Origine : Australie
Genre : Il est ivre, Max
Réalisation : George Miller
Avec : Mel Gibson, Tina Turner, Angelo Rossitto, Robert Grubb…

Mad Max Rockatansky erre dans le désert à la tête d’une caravane de chameaux lorsqu’il est attaqué par un avion. Dépouillé de ses biens, il parvient à Barter Town, la ville du troc, où la fantasque Entity règne sur une civilisation renaissante. Sa domination est malgré tout contestée par Master Blaster, un nain juché sur les épaules d’un malabar formant la tête et les bras de l’usine de déchets porcins fournissant l’énergie électrique de la ville. Après avoir réussi un test, Max passe un marché avec Entity : pour peu qu’il vienne à bout de Master Blaster dans les règles de l’art, c’est à dire dans un duel à mort dans le Dôme du Tonnerre, il pourra repartir avec du matériel et de quoi survivre dans le désert. Victorieux mais ayant gracié son adversaire qui s’est révélé être un pitoyable trisomique, Max est pourtant condamné à l’exil. Il sera sauvé par un groupe d’enfants et d’adolescents qui voient en lui une sorte de messie censé les conduire en un monde meilleur…

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Les deux premiers Mad Max n’ont pas seulement été portés par George Miller et Mel Gibson : moins connu qu’eux, le producteur Byron Kennedy joua également un grand rôle. C’est pourquoi à la mort de celui-ci, survenue dans un accident d’hélicoptère en 1983, Miller ne fut pas très chaud pour un nouveau Mad Max. C’est du moins ainsi que l’on peut expliquer son relatif manque d’implication dans la genèse de ce Thunderdome, co-financé par les américains apportant Tina Turner dans leurs bagages. D’une part, le réalisateur et scénariste ne fit que recycler une idée de film qui lui semblait attractive, celle de la communauté d’enfants en quête d’un sauveur, et d’autre part, il obtint d’être exempté des scènes purement narratives au profit des scènes d’action. Ainsi, ce troisième Mad Max est co-réalisé par George Ogilvie, laissant sous-entendre (n’y voyez aucun mépris envers ledit George Ogilvie) que Miller ne portait plus trop d’intérêt à la destinée de son anti-héros. « We don’t need another hero » nous beugle Tina Turner dans la célèbre chanson générique ayant cartonné dans les charts mondiaux… Écho au premier film, lorsque Max parle de « conneries » lorsque son chef lui proposait de devenir un nouveau héros ? En un sens, oui, mais certainement pas le bon : naguère, Max n’acceptait ni ne refusait de devenir un héros. Sa vendetta était purement personnelle, effectuée à la marge de la société, et certainement pas pour faire avancer celle-ci, fut-ce dans un sens sécuritaire. Cette solitude et ce refus de se mêler à la société, couplés au triste état dans lequel finissait Max, faisait de ce dernier un anti-héros. Logiquement, la séquelle embrayait sur un monde sans société ni même civilisation : c’était le prolongement matériel de l’état mental de Max. Son retour à l’empathie marqué par le coup de main donné à un groupe face à un autre restait contrebalancé par un évident effort pour ne pas retourner auprès de ses semblables, quand bien même l’envie commençait à s’en faire sentir. Il y avait une certaine dose de lâcheté dans le comportement de cet écorché vif ayant visiblement peur de se retrouver lié par le sentiment. Il en résultait un film rugueux, violent et ambigu. Qu’en est-il du troisième opus et du « we don’t need another hero ? » Et bien à l’inverse de ce que prétend la chanson, Max est bel et bien devenu un héros. Oh certes, pas le genre de héros qui va de lui-même sauver la veuve et l’orphelin avec tambours et trompettes. Mais il ne reste plus grand chose du désespéré homicide ni du misanthrope masochiste. Le Max version touareg (c’est comme ça qu’il apparaît) se laisse porter par le vent, comme une girouette, et fait preuve d’un évident manque de personnalité. Triste pour celui qui justement s’était adonné dans un premier temps à un excès d’amertume avant de se replier sur lui-même. Ce nouveau Max est le fruit d’une évolution qui ne nous a jamais été montrée : entre la fêlure de sa coquille de la fin de Mad Max 2 et l’ex dur ramolli qui dit amen à tout, il y a un monde. Le voir accepter le marché de Entity, passe encore, car c’est au prix de son nécessaire de survie. En revanche, dès le dénouement du combat au Thunderdome et son geste chevaleresque, les dés sont jetés. Il n’y aura plus qu’à le voir prendre des gants face à des gamins rivés à une foi hollywoodienne (reconstruire la civilisation sous ce qu’elle a de plus « disneyien » -gadgets du passé à l’appui-) censée nous émouvoir et qu’il n’ose pas rabrouer à sa juste mesure. Et il faudra subir son « humanité » lorsqu’il ira les aider dans le désert et jusqu’à Barter Town, tel Peter Pan guidant son puéril cheptel auquel les gamins font effectivement penser. Le Max du début du premier film, chien fou encore un peu immature, valait déjà bien mieux. Ce Max-là est creux, transparent. Non pas parce qu’il a finalement réintégré des vertus morales ordinaires à son mode de vie, mais parce que cela s’est effectué sans aucune transition. Le personnage est linéaire du début à la fin de Max Max 3, et son film est donc sans grand intérêt. Au-delà de l’action, les deux premiers films reposaient en grande partie sur l’évolution du personnage éponyme. Sans évolution, il ne reste plus grand chose. Max est devenu le père de substitution accompagnant ses gamins vivre de folles aventures à Barter Town un peu comme un père accompagnerait son fils au royaume de Mickey le plus proche.

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On pourra rétorquer que Barter Town n’est pas Disney World… A voir ! Car entre Tina Turner (guest star obligée), Master Blaster (un nain sur un trisomique… Quelle idée foireuse de personnage !) et le spectacle du Thunderdome (et les badauds qui répètent un mantra préconçu à l’occasion de cette parade chorégraphiée), ce n’est pas la pompe qui manque ! Allez, disons que Barter Town est plus proche de la WWE que de Disney. C’est certes une ville de fous, Turner joue plus à Cruella qu’à Cendrillon, mais tout y apparaît artificiel, y compris l’opposition entre Master Blaster et Entity qui ouvre le film. Théâtrale au possible, personne n’y étant capable de parler autrement qu’en déclamant, cette ville n’offre somme toute aucun antagoniste digne de ce nom. Ce sont des ersatz, des justifications d’intrigue, tout comme Max est désormais une caricature d’antihéros. Il n’y a guère que ses décors à sauver : un capharnaüm crasseux et vaguement médiéval. Autrement dit pas grand chose… D’autant moins que le reste est conçu voire réalisé dans un esprit très clip, digne de la MTV de cette année 1985. Digne de la chanson de Tina Turner, également. Il est loin le temps où les Mad Max -surtout le second- étaient étouffants de chaleur, dans un esprit post-punk justifiant plus ou moins les accoutrements pittoresques des gangs. Ici, nous avons droit à de nombreux plans maniérés tournés dans le désert, si possible avec quelques personnages à contre-jour. On croirait parfois assister à un scénario de Spielberg mis en images par Tony Scott. D’autant plus regrettable que cette esthétique n’est pas vraiment justifiée : seul un saut de puce semble séparer la porcherie de Barter Town de l’oasis des enfants. Du moins lors du retour de Max et de ses ouailles là-bas, car lorsque le même Max est exilé il en va autrement. Ces traversées, profondément différentes, témoignent d’un certain manque de cohérence dans le scénario qui se retrouve plus largement lorsque l’on songe au but de tout ce pataquès de film. Quel est au juste le but suivi par Max ? Aider les enfants à réaliser leur idéal « civilisationnel » à base de progrès et de savoir ? Vaincre Entity et ses tendances despotiques, elle qui pourtant projette aussi de faire revivre une société digne de ce nom ? Ou bien plus personnellement réintégrer le monde ? Tout cela à la fois, mais le tout n’est pas d’une grande clarté. Tel son personnage principal, le film semble avancer à vue, et se termine même sans originalité aucune, avec une resucée éhontée de Mad Max 2 incluant une grande cavalcade motorisée… Bien filmée, heureusement, mais tout de même moins épique, et apportant surtout l’ultime preuve qu’aucune idée n’est venue justifier l’existence de ce Thunderdome. Ce titre lui-même en est d’ailleurs une autre preuve, puisque le dôme du tonnerre en question abrite ce combat assez fumeux (l’artifice du sifflet qui le dénoue est pathétique) entre Max et Master Blaster… et c’est tout. Comment George Miller a-t-il pu faire tomber sa saga aussi bas ? Il aurait voulu la saboter pour ne plus jamais devoir y retravailler qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Même les productions italiennes repompant Mad Max 2 ne sont pas aussi infâmes. Elles ont au moins pour elles de ne jamais ressembler à une co-production Disney / MTV.

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