Cinéma Science-Fiction

L’Invasion vient de Mars – Tobe Hooper

Invaders from Mars. 1986.
Origine : États-Unis
Genre : Science-fiction surannée
Réalisation : Tobe Hooper
Avec : Karen Black, Hunter Carson, Timothy Bottoms, Laraine Newman, James Karen, Bud Cort.

Par une nuit d’orage, le jeune David Gardner se réveille en sursaut. Il a laissé sa fenêtre grande ouverte. En allant la refermer, il assiste, incrédule, à l’atterrissage d’un imposant vaisseau extraterrestre derrière la colline qui jouxte la demeure familiale. Mort de trouille, il s’empresse d’aller réveiller ses parents, lesquels n’accordent que peu de crédit à ses propos même si son père lui assure qu’il ira voir de quoi il retourne dès le lendemain matin. Et à l’heure du petit-déjeuner, David voit son père se comporter de manière froide et distante. Il remarque même une vilaine blessure sur sa nuque. L’invasion aurait-elle commencé ?

A l’instar d’un Robert Altman ou d’un Andrei Konchalovsky, Tobe Hooper fait partie des grands noms à avoir été séduits par le bagout des grands pontes de la Cannon, Menahem Golan et Yoram Globus. Il a signé un contrat pour trois films dont le premier – Lifeforce – a été fraîchement accueilli par le public. Loin d’en prendre ombrage, le réalisateur de Massacre à la tronçonneuse soumet aux deux producteurs un projet qui lui tient à cœur, même si sensiblement similaire donc potentiellement casse-gueule, le remake des Envahisseurs de la planète rouge, film qui a durablement marqué son enfance. D’abord réticents, les deux hommes finissent par accéder à sa requête, lui allouant un budget confortable, ce qui lui permet de s’adjoindre les services de quelques sommités du milieu des effets spéciaux (Stan Winston pour les maquillages et John Dykstra pour les effets visuels). Et il se lance dans l’aventure avec pour simple ambition de ne pas dénaturer le film d’origine.

L’Invasion vient de Mars est donc le pur produit d’un fan avec son lot de clins d’œils qui renvoient au film de William Cameron Menzies, nom qui orne par ailleurs le frontispice de l’école où étudie le jeune David Gardner. Parmi les plus notables, le comédien Jimmy Hunt, l’ancien garnement du film original, revient dans le rôle d’un agent de police et aura cette réplique alors qu’il s’apprête à se rendre derrière la colline où le vaisseau extraterrestre a atterri : « Je ne suis pas revenu par ici depuis mon enfance ». L’histoire, quant à elle, suit grosso-modo celle de 1953 avec néanmoins quelques ajustements en ce qui concerne l’analogie Martiens/communistes. A une époque où la Guerre Froide et la peur du communisme nourrissent encore le cinéma américain (voir par exemple la sortie deux ans plus tôt de L’Aube rouge), Tobe Hooper et ses scénaristes jouent la carte de l’apaisement. Il n’est pas question de diaboliser qui que ce soit, le but étant simplement de réaliser un divertissement respectueux du matériel original. De manière générale, les principaux changements du remake se rapportent aux extraterrestres, lesquels bénéficient des considérables progrès en matière de maquillage. S’il est toujours question de comédiens sous des costumes – ici, ils ne sont pas moins de deux pour les animer, un de taille lambda et un nain accroché sur son dos – ceux-ci sont conçus de manière à ce que toute présence humaine s’avère la moins évidente possible. Ces nouveaux martiens ne revêtent plus une apparence humanoïde mais celle de monstres aux mâchoires carnassières. Néanmoins, leur allure un peu pataude justifie leur mode d’invasion. Ils se déplacent avec tellement de difficultés qu’un enfant parvient à leur échapper même après avoir été surpris par l’un d’entre eux. Et en dépit d’une impressionnante force de frappe, ils n’opposent pas une folle résistance au moment de l’affrontement final. En somme, ils n’effraient guère. En outre, les scénaristes s’ingénient à expurger le récit de tous les éléments qui pourraient un tant soit peu créer le malaise. Ainsi ne verrons-nous quasiment aucun affrontement entre les militaires et les humains lobotomisés. Ceux-ci se résumeront au Sergent Major Rinaldi, lequel dans un dernier sursaut d’humanité suppliera ses homologues de l’abattre, et à deux employés qui après avoir été estourbis seront tués à distance par l’intelligence extraterrestre en chef. Il y a clairement une volonté de la part de Tobe Hooper de réaliser un film tout public, loin des débordements de ses films précédents. A ce titre, L’Invasion vient de Mars s’inscrit parfaitement dans cette mouvance du cinéma fantastique des années 80 qui choisit de se placer à hauteur d’enfant et dont le contenu s’avère le plus souvent parfaitement inoffensif. L’intrigue a pourtant sur le papier un potentiel cauchemardesque indéniable qui ne prend jamais corps, si ce n’est à l’aune d’une pirouette finale un brin roublarde. Disons que tout paraît un peu trop simpliste et que l’interprétation approximative de Hunter Carson, peu crédible jusque dans sa manière de courir, n’aide guère. Pour la petite histoire, ce garçon n’est autre que le fils de L.M. Kit Carson, scénariste du Massacre à la tronçonneuse 2 à venir, et de Karen Black, laquelle joue l’infirmière scolaire, première personne vers laquelle le gamin apeuré pourra se tourner. Ce qui explique les nombreux gestes maternels de cette dernière à l’égard de l’enfant.

L’amoncellement de talents au générique a accouché d’une souris. L’Invasion vient de Mars est un naufrage. Bien que Tobe Hooper ne perde pas de temps en vaines expositions, l’intrigue lasse rapidement tant elle n’a pas grand chose d’autre à proposer qu’une course-poursuite aux enjeux limités. Tout cela manque d’audace et d’idées folles. Fort de son confortable budget, Tobe Hooper s’appesantit ostensiblement sur ses décors, l’intérieur de la navette spatiale au premier chef, lequel nous est détaillé sous toutes ses coutures et à grand renfort d’éclairages vert et rouge, oubliant ses personnages au passage, tous plus insignifiants les uns que les autres. Si Lifeforce entretenait encore un maigre espoir quant à la possibilité que Tobe Hooper survive aux années 80, cette seconde collaboration entre Tobe Hooper et la Cannon le réduit à néant. En se confrontant à l’enfant qu’il a été, Tobe Hooper a sans le savoir sérieusement compromis son avenir.

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