Cinéma Comédie

L’Incorrigible – Philippe de Broca

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L’Incorrigible. 1975.
Origine : France
Genre : Une récréation de star
Réalisation : Philippe de Broca
Avec : Jean-Paul Belmondo, Geneviève Bujold, Julien Guiomar, Charles Gérard…

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Après avoir purgé trois mois de prison pour escroquerie, Victor replonge aussi sec dans les magouilles à peine le seuil du pénitencier franchi. Pourtant, cette fois-ci il doit composer avec la présence de Marie-Charlotte Pontalec, une éducatrice sociale chargée de l’aider à se réinsérer. Loin d’en prendre ombrage, Victor ne change pas sa façon d’être et éprouve même un malin plaisir à en rajouter pour l’éblouir. A tel point que la jeune femme tombe amoureuse de lui, ce qui ne va pas aller sans quelques désagréments et remises en questions pour Victor.

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Cinquième et avant-dernière collaboration entre Jean-Paul Belmondo et Philippe de Broca (les deux hommes se retrouveront pour le pire en 2000 pour Amazone), L’Incorrigible prend l’allure d’un grand défouloir. A l’époque de la sortie du film, Jean-Paul Belmondo n’a pas encore remisé toutes ambitions au placard, comme en atteste Stavisky, film sorti l’année précédente et qu’il a également produit. Réalisé par un Alain Resnais revenu de cinq années d’inactivité, Stavisky retrace l’affaire de ce scandale financier qui porte le nom de Alexandre Stavisky, un riche propriétaire de journaux qui a su s’imposer dans les milieux politiques de la France du début des années 30 et auteur d’une escroquerie au Crédit municipal. Néanmoins, il apparaît depuis quelques années que Jean-Paul Belmondo est de plus en plus soucieux de l’avis du public, ce qui l’amène à se comporter comme un homme d’affaire qui se vend comme acteur. Et paradoxalement, alors qu’il dit adorer jouer avec des acteurs de gros calibres pour le plaisir d’échanges inspirés, des films comme La Scoumoune ou plus encore Peur sur la ville sont des véhicules tout acquis à sa cause, une tendance qui se confirmera pendant encore une bonne décennie. L’Incorrigible possède aussi ce côté « one man show » très prononcé. Cependant, il dispose également de personnages secondaires bien dessinés tels Camille, homme adepte du malheur comme il aime à se décrire lui-même et infatigable compagnon de route de Victor ; ou encore Raoul, mari abandonné avec toute sa progéniture, qui demeure un inamovible complice des combines à Victor et Camille du fait de son incapacité à leur opposer un non catégorique. Et la truculence des dialogues signés Michel Audiard achève de nous concocter de savoureux échanges entre eux et la vedette.
S’ouvrant sur la sortie de prison de Victor, le film ne semble au départ pas trop savoir dans quelle direction aller. Comme frustré par ces trois mois d’incarcération, Victor n’a de cesse de s’activer, mettant en branle de nouvelles combines sans jamais prendre aucun recul sur son activité. Philippe de Broca enchaîne alors les situations cocasses pour mettre en valeur toute la fantaisie dont Jean-Paul Belmondo est capable. Et dans le rôle de Victor, il s’en donne à cœur joie, multipliant les déguisements et les longues tirades vouées à endormir la vigilance de ses victimes. Il possède un style et un abattage très théâtral (d’ailleurs, Belmondo est aussi un grand acteur de théâtre) auxquels le film semble vouloir rendre hommage. Changeant de costume quasiment à toutes les scènes, Jean-Paul Belmondo donne l’impression de se démultiplier et de nous fournir un échantillon de tout son talent, campant tour à tour un premier ministre anglais, un fleuriste un peu niais, une fille de joie, un chauffeur de taxi ou encore un gentleman cambrioleur sur le modèle de Arsène Lupin. Et au milieu de ce festival de travestissements se dessine le portrait d’un personnage insaisissable, grand mythomane devant l’éternel auquel il est difficile de résister. Non seulement Victor attire les regards, mais en plus il fascine et provoque la sympathie. Nous sommes à des lieues des rôles de justiciers invincibles à venir, Victor étant quelqu’un de profondément gentil et non violent. De même, le film se voit totalement dépourvu de toutes scènes d’action, lesquelles ont pourtant largement contribué à la renommée de l’acteur. Ici, c’est l’amour du jeu qui prime, le plaisir des belles envolées et des échanges avec les autres acteurs -le sel de son métier- comme je l’ai mentionné plus avant. A ce titre, le trio Belmondo-Guiomar-Gérard fonctionne à merveille, les trois hommes se renvoyant la balle avec délectation. Et n’oublions pas dans tout ça l’apport non négligeable du personnage féminin, Marie-Charlotte Pontalec, interprété par la jeune et frêle Geneviève Bujold. Dès sa rencontre avec Victor, il apparaît évident qu’elle va être très rapidement emportée par sa fougue et son bagout. Et effectivement, c’est ce qu’il se produit, la jeune femme ne tardant pas à tomber sous le charme de l’olibrius. Or, au cours du récit, quand on pensait que Victor avait l’ascendant sur elle, on se rend progressivement compte qu’il n’en était rien. Victor est un séducteur de la vieille école, qui aime en mettre plein les mirettes de la joyeuse élue et, surtout, diriger la manœuvre. Sauf que la jeune femme un peu coincée du début s’avère être nettement plus sûre d’elle. Ainsi, c’est elle qui fait le premier pas décisif, n’hésitant pas à se donner à Victor, au plus grand étonnement de celui-ci. Il est à ce point surpris que sa virilité en prend un coup et qu’il ne parvient plus à hisser le mât au moment fatidique ! Il en ressort ébranlé mais aussi transi d’amour pour cette jeune femme qui a eu la délicatesse de ne pas lui en tenir rigueur. Et Victor le flamboyant de se transformer en petit garçon confronté à son premier amour.

 

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Film un peu fourre-tout se concluant sur une vague farce policière tournant autour du vol d’un tableau religieux, L’Incorrigible est un aimable divertissement qu’on suit d’un œil amusé par la grâce de comédiens inspirés et d’un réalisateur qui sait les mettre en valeur. Nous sommes loin du foisonnement des précédentes collaborations entre Belmondo et de Broca, qui tournaient parfois à la saturation, mais cette simplicité a du bon et nous ramène à l’essentiel : le jeu.

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