Cinéma Horreur Science-Fiction

Lifeforce – Tobe Hooper

Ecrit par Loïc Blavier

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Lifeforce. 1985.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Science-fiction
Réalisation : Tobe Hooper
Avec : Steve Railsback, Peter Firth, Mathilda May, Frank Finlay…

Le vaisseau Churchill étudie la comète de Halley lorsque l’équipage remarque un vaisseau inconnu dans la chevelure de la comète. Ils décident d’envoyer des hommes pour le visiter, tout en sachant que les liaisons radio avec la Terre sont actuellement interrompues. Le colonel Tom Carlsen (Steve Railsback) et ses hommes trouvent des êtres desséchés, plus ou moins semblables à des chauves souris, ainsi et surtout que trois corps apparemment humains inanimés mais parfaitement conservés dans des caissons. Ils s’empressent de ramener leurs trouvailles à bord du Churchill. Plus tard, changement de point de vue : nous passons sur Terre, où l’on apprend que le Churchill n’a plus donné signe de vie. Une mission est envoyée sur place pour voir de quoi il retourne. Le vaisseau a en fait été ravagé par un incendie, et l’équipage est présumé mort. Les trois corps humains « étrangers » sont cependant intacts et ramenés à Londres. A la surprise générale, le colonel Carslen, miraculeusement échappé de l’incendie du Churchill par une navette de secours, va revenir sur Terre pour prévenir les hommes du danger qui les guette. Trop tard : la femme de l’espace s’est déjà échappée et propage le chaos. Carlsen et un collègue (Steve Railsback et Peter Firth) vont avoir du pain sur la planche.

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Bien décidé à faire de leur Cannon une firme respectable, le dynamic duo Golan et Globus pose 25 millions de dollars sur la table pour tourner une adaptation d’un roman de science-fiction ambitieux, Les Vampires de l’espace, signé du philosophe reconverti Colin Wilson, propagateur de l’existentialisme au pays de Shakespeare. Et pour bien montrer qu’ils ne prennent pas les choses à la légère, Golan et Globus abandonnent le titre de « Space Vampires », à leur goût trop évocateur des séries B, au profit de Lifeforce (qui ne l’est pourtant pas moins). Le nom du réalisateur est également important, et après avoir considéré Michael Winner, ils finissent par engager Tobe Hooper. Un choix qui aujourd’hui peut prêter à sourire pour la gestion d’une grosse production, mais n’oublions pas que l’homme sortait alors d’une fructueuse collaboration avec Steven Spielberg sur Poltergeist et qu’il était alors au sommet de sa carrière. Même constat pour le choix du scénariste : Dan O’Bannon, qui était alors promis à un bel avenir dans la science-fiction du fait de son travail sur Alien. Avec de tels noms, et même si ce n’était pas forcément évident à l’époque, Lifeforce était condamné à n’être qu’une série B de luxe. L’illusion n’aura été entretenu que le temps de l’introduction et de la découverte du vaisseau alien, lors de laquelle Tobe Hooper s’oriente vaguement sur les pas du Kubrick de 2001 l’odyssée de l’espace en tentant de jouer la carte des « mystères insondables de l’espace » via un rythme pesant et un recours irrégulier aux angles de caméra censés retranscrire la pesanteur. Mais même là, la constitution de décors mégalo et très « space opera » trahit la nature du réalisateur, largement plus porté sur la série B que sur la science-fiction à la Kubrick. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché : pour lui, Lifeforce est l’occasion de tourner sa propre version des films de science fiction des années 50, remis au goût du jour par un budget pharaonique (comparé à ceux des films d’antan) et en tenant compte des attentes du public des années 80. Sur la forme, Lifeforce est donc bien différent de la plupart des productions des années 50 (encore que sa dernière partie ressemble assez à celle de La Guerre des monde version Byron Haskin), mais sur le fond le film leur est en tout point semblable. A savoir que le thème des vampires de l’espace fait part d’une vision très ethnocentrée (comprendre que l’extra-terrestre n’est pas vu comme le membre d’une nouvelle civilisation mais comme le porteur de trouble pour l’humanité, comme si il n’existait que pour détruire les terriens) et donc très « série B » des extra-terrestres. Hooper a la bonne idée de ne pas traiter ce thème de haut, gardant la naïveté de ses références et la gratuité des péripéties, lesquelles ne sont pas à visionner comme les hypothèses possibles d’une invasion extra-terrestre mais tout simplement comme le moyen de produire du spectacle capable de satisfaire le public.

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Et avec le budget dont il dispose, Hooper ne se prive pas de construire un film très dynamique, rempli de rebondissements et de scènes d’action dont la nature varie à plusieurs reprises. On peut distinguer quatre phases constitutives de Lifeforce, amenées par deux personnages dont l’utilité se limite à peu près à des rôles de témoins : la première, déjà abordée, est celle de la visite du vaisseau extra-terrestre. La seconde est l’exposition, qui permet de comprendre le mode d’action des vampires de l’espace, ces suceurs d’énergie qui transforment leurs victimes en zombies décharnés. A noter que cette exposition dispose d’un atout non négligeable en la rudement bien façonnée personne de Mathilda May, qui déclenche « l’épidémie » en se promenant intégralement nue. On comprend donc facilement que les hommes qui croisent sa route se laissent prendre au piège, un peu comme à une autre époque les jeunes filles victoriennes succombaient aux charmes du ténébreux Dracula. Hooper reprend donc bien un thème fantastique traditionnel en le convertissant aux normes de son époque, remplaçant la figure sexuelle suggestive par une figure nettement plus démonstrative. Et au passage, il inverse les rôles : la femme n’est plus celle qui succombe mais celle qui incarne la tentation. L’évolution des mœurs est passée par là, et l’homme (en l’occurrence le colonel Carlsen, qui a développé un lien télépathique avec la vampirette) se retrouve en position d’infériorité, incapable de résister à ses sentiments. La troisième phase replonge cette fois dans la science-fiction pure et dure : il s’agit de démasquer la nouvelle forme prise par Mathilda May, à l’image de ce que faisaient les profanateurs de sépulture dans leur invasion orchestrée par Don Siegel en 1956. C’est là que le film perd un peu de son intensité, encore que certaines scènes viennent relever la sauce (tout ce qui tourne autour du personnage « possédé » joué par Patrick Stewart). Enfin, la dernière partie, celle apparentée à La Guerre des mondes, retourne dans le droit chemin et propose un climax mémorable. Londres est en plein chaos, ses habitants zombifiés / vampirisés se livrent aux combats de rue et aux pillages, les explosions sont partout, l’armée est débordée (comme chez Romero, autre influence possible), les politiciens sont contaminés, les effets spéciaux sont omniprésents et Mathilda May est de retour, bien entendu à poil. Hooper subordonne son scénario déjà mince à cette démesure, la série B transparaissant alors à chaque image avec la mégalomanie d’un réalisateur profondément « B » à qui l’on a confié un budget important (et encore, le réalisateur fit tellement mumuse avec ses joujoux qu’il en dépassa les délais de tournage et que le montage dut s’effectuer sans certaines scènes prévues mais jamais tournées). On avait de toute façon déjà bien senti que cela le démangeait, que ce soit dans l’introduction, dans certaines scènes gores ou dans l’importance qu’il avait déjà donné à des zombies / vampires sans grande importance (dont un ligoté à une table, scène reprise pratiquement à l’identique dans Le Retour des morts-vivants, réalisé la même année par Dan O’Bannon). Si il n’a pas réalisé un chef d’œuvre, Hooper a en tout cas fait preuve d’un enthousiasme communicatif, marque de fabrique de son premier passage à la Cannon pour laquelle il avait signé pour trois films. Le second sera une autre tentative de dépoussiérer de la science-fiction vieille école (L’Invasion vient de Mars, remake des Envahisseurs de la planète rouge) et le troisième sera Massacre à la tronçonneuse 2, aux mêmes qualités -plus prononcées encore- que celles de Lifeforce.

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