Cinéma Western

Les Quatre de l’Ave Maria – Giuseppe Colizzi

Ecrit par Loïc Blavier

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I quattro dell’Ave Maria. 1968.
Origine : Italie
Genre : Western
Réalisation : Giuseppe Colizzi
Avec : Terence Hill, Bud Spencer, Eli Wallach, Brock Peters…

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Cat Stevens et Hutch Bessy (Terence Hill et Bud Spencer) viennent de se débarrasser de Bill Sant’Antonio et vont légitimement tenter d’obtenir la prime chez le shérif. Elle leur est refusée, au motif qu’ils ne peuvent produire l’évidence de la mort de Bill. Pas vexés pour autant, ils vont alors directement voir le complice de Bill, un banquier à l’origine du casse de sa propre compagnie. Moyennant quelques torgnoles, Cat et Hutch récupèrent les 300 000 dollars qui les avaient conduit à traquer Bill. Les voilà riches ! Dépité, le banquier propose à un condamné à mort qu’il a lui-même trahi de le sortir de cellule pour récupérer l’argent avant de le partager. Cacopoulos (Eli Wallach) accepte cette offre, mais tue le banquier avant de monter un traquenard pour piquer l’argent à Cat et Hutch. Ceux-ci se lancent alors à sa poursuite, ce qui n’est pas bien compliqué puisque Cacopoulos jette l’argent par les fenêtres. Une fois retrouvé, le voleur leur propose alors de leur rendre l’intégralité de leur argent, qu’il doit récupérer auprès de ses deux autres anciens complices, ceux qui en compagnie de feu le banquier l’avait offert en pâture aux autorités après le casse d’une banque. Hutch et Cat l’accompagnent sur la piste des deux crapules restantes.

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Suite immédiate à Dieu pardonne… Moi pas, Les Quatre de l’Ave Maria embraye directement là où Colizzi avait laissé son film : à bord de la charrette conduite par Cat. Notons au passage que Hutch s’est bien vite remis de la blessure qui lui fut infligée face à Bill Sant’Antonio. En temps que séquelle directe, Les Quatre de l’Ave Maria entretient l’aspect « fresque leonienne » qui caractérisait son prédécesseur, le prolongeant de nouvelles errances qui cette fois promènent les principaux protagonistes à travers le far west et même au Mexique. Déjà évidente dans le premier film, la volonté de se rapprocher de Le Bon, la Brute, le Truand est ici exposée au grand jour par la simple embauche de Eli Wallach, le truand en personne, qui reprend le rôle de trublion qu’il tenait chez Leone, au nez et à la barbe de Bud Spencer et Terence Hill, relégués au second plan. Ce qui ne manque d’ailleurs pas d’étonner. Non parce que l’on ne s’attend pas à voir les deux « stars » derrière le second couteau qu’est généralement Eli Wallach (après tout en 1969, Hill et Spencer venaient tout juste de démarrer leur carrière commune, sinon leur carrière tout court), mais plutôt parce que Colizzi gère sa narration de façon extrêmement inhabituelle. C’est à dire qu’il y a en fait deux catégories de personnages principaux : l’une tient compte du temps d’apparition à l’écran, et l’autre des caractéristiques internes à chaque personnage. Dans la première, Cat et Hutch dominent largement. C’est eux que la caméra de Colizzi suit à la trace. La seconde désigne le farceur Cacopoulos. Ce qui surprend est que ce dernier prend à leur propre piège les deux premiers : c’est un menteur invétéré, un traître qui n’hésite pas une seconde à trahir ses poursuivants après les avoir cajolé. Pratiquement au sens propre du terme, puisque l’enrôlement de Hutch dans sa mission vengeresse se fait au milieu de poupons endormis, avec des paroles doucereuses, qui endorment la vigilance du gros Bud en même temps que les bébés. Plus tard, une autre scène répétera le même procédé, et Cacopoulos endormira -cette fois littéralement- Bud et des gardiens de prison en leur racontant sur un ton mielleux son enfance auprès de son grand-père d’origine grecque. Et Terence Hill / Cat Stevens, dans tout ça ? Et bien il n’a que peu d’utilité. Généralement, le rôle de l’embobineur de service lui échoit. Mais ici, cette fonction est attribuée à Cacopoulos, et l’acteur pourrait presque ne pas apparaître dans le film que cela n’aurait pas changé grand chose. Il incarne un simili-Django taciturne, couvert de crasse, et qui parle très peu. Nettement plus intelligent que son comparse, il semble pourtant ne pas anticiper les vacheries de Cacopoulos, ou bien il ne s’en soucie pas. Même l’argent ne semble pas trop lui tenir à cœur. Et comme le film ne compte pas de « gros méchants » à qui régler leur compte (après tout, Cacopoulos ne fait que régler des comptes personnels avec des gens qui ne font plus parler d’eux depuis longtemps), on se demande bien ce que Cat fait là. Quelques bagarres à droite et à gauche, un duel ici ou là, et c’est tout. Il se permet même de sortir de l’intrigue une dizaine de minutes, officiellement parce que Cacopoulos l’a conduit sur une mauvaise piste. Sans compter cette scène où il s’endort sur son cheval… Il ne vaut guère mieux que le quatrième larron mentionné dans le titre, un funambule noir qui n’intervient que dans la dernière partie, principalement pour un usage fonctionnel. Fait assez rare pour le signaler : c’est bien Bud Spencer qui domine ici Terence Hill, lequel se laisse entraîner dans une croisade dont il ne se soucie pas. Et c’est cette « neutralisation » du personnage de Hill qui donne au film cet aspect singulier. Puisque Hutch et Cat sont censés être les héros, mais que le dernier n’existe pour ainsi dire pas, tout repose sur les épaules de Hutch. Rentre dans le lard et pas très malin, c’est lui qui offre sur un plateau à Cacopoulos l’occasion de le faire tourner en bourrique. Le décalage se créé entre l’empathie éprouvée pour le héros officiel, qui ne répond pas aux attentes (il est trop bête pour cela) tout en gardant l’attention du réalisateur et le héros officieux, intelligent mais distant. On ne peut même pas dire que Wallach se soit substitué à Hill le temps d’un film, puisque la coutume veut que Hill et Spencer forment un tandem uni par une amitié plus ou moins avouée, alors qu’ici Cacopoulos considère Hutch comme un abruti. Ce qu’il est réellement. D’où la surprise de voir que le héros ne mérite pas ce titre, tandis que son vrai / faux antagoniste le mène par le bout du nez. Il y a quelque chose de Robin des Bois chez Cacopoulos, et pas uniquement parce qu’il distribue de l’argent aux pauvres et organise des fiestas monumentales pour les péons mexicains (quand il ne se paye pas une pause détente au bordel). C’est un être insaisissable, un homme du peuple, et en voulant récupérer son bien (l’argent), Hutch est un peu dans la peau de la victime riche, qui devient ridicule. Le point de vue adopté par Colizzi est exemplaire et démontre qu’il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes pour donner vie à un héros, y compris dans un western.

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Maintenant, il faut tout de même admettre qu’aussi malin soit le procédé, aussi réussies soient les scènes comiques, il ne suffit pas tout à fait à remplir un film de deux heures. Les Quatre de l’Ave Maria a la fâcheuse tendance à se traîner par moments en longueur. La fresque reste assez vide, et manque tout de même d’un vrai point de convergence. Un peu comme si il souffrait du dilettantisme de Cacopoulos. Il n’y a pas de scénario à proprement parler, juste une succession de péripéties qui amènent les personnages d’un point à un autre (le dernier étant dans le casino tenu par ce dantesque acteur qu’est Kevin McCarthy). Ce qui n’empêche pas Colizzi de livrer plusieurs très belles scènes, telles que celle au milieu des couffins mentionnée plus haut, cette autre assez expressionniste où Hutch se promène au milieu de masques de carnaval pour y retrouver un Cacopoulos qui continue à se foutre de lui, ou encore le duel final dans le casino. Des scènes très variées, qui témoignent aussi bien de l’imagination du réalisateur que du manque de consistance d’un scénario trop figé sur les personnages, et donc propice à donner l’impression d’assister à une succession de sketchs. En fait, bien que les deux films soient très différents, Les Quatre de l’Ave Maria ressemble à Dieu pardonne… Moi pas en ceci qu’il manque de peu de devenir un excellent film. Dans le cas du premier volet, le film est très bien mis en scène mais ne va pas au bout de son concept, qui lui ouvrait les portes du fantastique. Dans la séquelle, c’est le scénario qui peine à se mettre au niveau du concept. Deux défauts identiques, prouvant que Giuseppe Colizzi a manqué d’ambitions, alors qu’il aurait probablement eut les moyens de les assumer. Reste maintenant à voir ce qu’il en sera pour le troisième et dernier film de la saga Cat Stevens / Hutch Bessy, La Colline des bottes.

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