Cinéma Comédie Drame

Les Petits mouchoirs – Guillaume Canet

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Les Petits mouchoirs. 2010.
Origine : France
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Guillaume Canet
Avec : François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel, Gilles Lellouche…

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Un groupe d’amis se retrouve à l’hôpital, au chevet d’un des leurs –Ludo– grièvement blessé lors d’un accident de la circulation. Tous meurtris à des degrés divers, la question du maintien de leurs vacances annuelles à Cap Ferret se pose un instant. Peu enclins à les annuler, ils s’accordent tous à les réduire d’une semaine, se promettant de prendre régulièrement de ses nouvelles. Et c’est donc reparti pour de nouvelles vacances emplies de joie et de bonne humeur… enfin, en théorie…

Pour son troisième film, Guillaume Canet s’inscrit volontairement dans la longue tradition des « films de potes », dont Husbands (John Cassavetes, 1970), Un éléphant ça trompe énormément (Yves Robert, 1976) ou encore Les Copains d’abord (Lawrence Kasdan, 1983) en constituent les références avérées… et sa source d’inspiration revendiquée. La réussite de ce genre de film repose essentiellement sur la parfaite alchimie entre les différents protagonistes. Étant donné que nous sommes invités à passer tout un film en leur compagnie, il est important qu’on puisse croire immédiatement aux liens indéfectibles qui les unissent. Malin, Guillaume Canet s’est pour l’occasion exclusivement entouré de proches (sa compagne Marion Cotillard, ses amis de longue date Jean Dujardin et Anne Marivin) et d’acteurs qu’il a déjà dirigé (François Cluzet, Laurent Lafitte, Gilles Lellouche). Une distribution qui présente pour lui un certain confort puisque ne l’obligeant pas à user de psychologie pour obtenir un semblant de connivence entre eux. Le résultat est là : en dépit de leurs différences, on croit en ce groupe d’amis dont les interactions respirent le naturel, notamment lors des nombreuses scènes de repas. Cette distribution constitue d’ailleurs le gros point fort du film. Tous s’acquittent parfaitement de leur rôle, même le débutant Joël Dupuch qui interprète Jean-Louis. Après, en fonction de nos propres préférences et de ce que Guillaume Canet leur donne à jouer, certains personnages plaisent plus que d’autres. Néanmoins, tous se rejoignent par leur dimension caricaturale.

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Dès les premières images, il est frappant de constater à quel point chaque personnage a été écrit à la serpe. Du patron colérique au kiné sensible, en passant par le dilettante immature et l’acteur coureur de jupons, tous brillent d’une caractérisation immédiatement identifiable et qui ne sera guère démentie tout au long du film. Toutefois, ces excès caricaturaux servent plutôt bien le film lorsque celui-ci se cantonne à la comédie. Par instant, Les Petits mouchoirs prend des airs de « Bronzés à Cap Ferret », nous réservant quelques savoureux moments, sans toutefois être hilarants. Bénéficiant d’une attention toute particulière de la part de Guillaume Canet, c’est le personnage de Max Cantara qui offre ses meilleurs élans comiques au film par ses pétages de plombs répétés. A cette occasion, François Cluzet fait montre de tout son talent, s’accommodant avec mérite d’un rôle particulièrement chargé. Tour à tour colérique, paranoïaque, obsessionnel et complètement con, l’acteur excelle dans tous les registres, éclipsant sans peine ses partenaires. Il n’est donc pas rare que le film vire au François Cluzet show, accusant un sérieux déficit d’intérêt lorsque celui-ci déserte l’écran. A la décharge du film, il y a aussi cette propension de Guillaume Canet au délayage. Sous prétexte de vouloir conter la trajectoire de la majorité de ses personnages, il a trop tendance à se répandre en scénettes pas franchement nécessaires et qui présentent l’inconvénient d’alourdir l’ensemble. Première visée, l’arrivée de Franck sur le lieu de villégiature des copains, l’un des nombreux amants de Marie. Incohérente compte tenu de la personnalité de la jeune femme (incapable de s’ouvrir à d’autres personnes qu’à ses amis, on l’imagine mal donner l’adresse de son lieu de vacances à l’un de ses amants), cette venue impromptue semble ne reposer que sur le simple plaisir du réalisateur de pouvoir faire pousser la chansonnette à un artiste qu’il apprécie, en l’occurrence Maxim Nucci, leader de Yodelice. Deuxième visée, l’escapade parisienne de Antoine et Eric, long salmigondis sentimental dont le but avéré et de nous rafraîchir la mémoire quant à la réelle finalité du film.
Avec Les Petits mouchoirs, Guillaume Canet n’a pas seulement l’ambition de nous amuser. Il aimerait également nous donner à réfléchir sur l’amitié et ce qu’elle implique. Pour se faire, il n’hésite pas à chausser les gros sabots du mélodrame en démarrant son film par un événement dramatique. L’ennui, c’est qu’en dépit de sa violence, cet accident introductif n’est pas franchement éprouvant. Cela s’explique par le fait que le personnage nous soit totalement étranger, et que ledit accident survient au bout d’un long plan séquence dont l’usage, assez gratuit finalement, trahit l’intention du réalisateur. En fait, le personnage de Ludo ne sert que de caution dramatique à un film qui louvoie sans cesse entre rires et larmes jusqu’à l’explosion lacrymale qui clôt le film. Régulièrement, Guillaume Canet parsème son récit de piqûres de rappel nous renvoyant à la situation de Ludo. Passons sur le fait que le personnage nous laisse toujours aussi indifférent, faute d’une véritable présence à l’écran. Néanmoins, chaque retour narratif à son endroit occasionne des moments franchement gênants allant du coup de fil de Marie à la visite d’Eric en passant par la discussion autour de son addiction aux produits stupéfiants. A chaque fois, la maladresse des dialogues le dispute à un trop plein de sensiblerie. Chaque scène doit faire sens pour qu’on comprenne bien qu’il y a un malaise et que l’attitude de ces « soi-disant » amis pose problème. Et pour les plus longs à la détente, Guillaume Canet leur ménage une scène bien explicative via la caution morale du film, le personnage de Jean-Louis. Alors là, tout y passe, l’égoïsme des personnages, leur petitesse d’esprit, leur futilité, … Et le tout asséné avec force lapalissades dont celle-ci, adressée au comédien de la bande « Vous vous mentez les uns les autres… Et toi, tu en as même fait ton métier ». Décidément, que ce soit dans la caractérisation des personnages ou les moments d’émotion, la finesse ne semble pas faire partie du vocabulaire de Guillaume Canet.

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Voulu très personnel, Les Petits mouchoirs brasse suffisamment de thèmes communs à tous qu’il ne pouvait que faire écho chez les gens. A ce titre, son succès n’est guère surprenant. En outre, celui-ci vient confirmer, après Ne le dis à personne, le nouveau statut de réalisateur populaire de Guillaume Canet. A la base, rien à redire, l’amitié est un beau sujet. Dommage que Guillaume Canet écarte toutes subtilités au profit d’un récit qui se vautre allégrement dans la facilité et le larmoyant. Parce qu’à force d’user de gros sabots, il en arrive à saborder son film en son cœur : l’émotion, beaucoup trop factice à mon goût.

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