Cinéma Horreur

Les Monstres de la mer – Barbara Peeters, Jimmy T. Murakami

Ecrit par Loïc Blavier

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Humanoids from the Deep. 1980.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Barbara Peeters, Jimmy T. Murakami
Avec : Doug McClure, Ann Turkel, Vic Morrow, Anthony Pena…

Noyo, Californie. Voilà un village vivant de la pêche au saumon, et où la concurrence est féroce. C’est là que la compagnie Canco a décidé de s’implanter pour mettre à l’essai ses expérimentations visant à faire proliférer de beaux et gros saumons. Hélas, si les poissons se font désirer, les humanoïdes des profondeurs n’hésitent plus à quitter leur antre aquatique pour venir becqueter tout ce qui bouge sur la terre ferme. Ou pour violer les jeunes femmes. Ceci pendant que le ton monte entre les différents groupes de pêcheurs, qui ne vivaient déjà pas en bonne entente.

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De temps en temps, Roger Corman se pique de nostalgie. Dans ces cas-là, il peut prendre une de ses anciennes production ou réalisation et en ordonner le remake. A défaut, il y a toujours quelques anciens concepts à ressortir pour les remettre au goût du jour. Et pour Les Monstres de la mer, il s’agit comme l’annonce le titre d’humanoïdes marins semblables à ceux vus dans ce classique qu’est L’Étrange créature du lac noir (1954) ou dans le plus confidentiel The Horror of Party Beach (1964). L’idée de les ressortir n’est pas tombée du ciel : d’une part le succès du Piranhas de Joe Dante avait démontré le potentiel du milieu aquatique, et d’autre part la récente distribution du Continent des hommes poissons de Sergio Martino par la New World (revu et corrigé à plusieurs reprises par la bande à Corman… en fait jusqu’à ce que le film réussisse à faire de bons scores en salles) devaient avoir donné des envies. Corman proposa le film à Joe Dante, qui refusa cette énième proposition aquatique, et se retourna vers Barbara Peeters, employée de longue date à la New World où elle avait déjà occupé bien des fonctions, y compris réalisatrice. Seules consignes, élaborées suite aux enseignements acquis par les replâtrages du Continent des hommes-poissons : beaucoup de sang et beaucoup de fesses. Sur le premier point, Corman ne trouva rien à redire. En revanche, sur le second, il trouva Peeters bien légère et confia aux bons soins de Jimmy T. Murakami le tournage de scènes plus osées. Ce faisant, il provoqua la colère de Barbara Peeters et de l’actrice Ann Turkel, scandalisées au point de demander (en vain) la suppression de leur nom au générique et même l’interdiction de sortie du film. C’est ainsi que s’acheva la longue collaboration entre Corman et Peeters, cette dernière n’ayant depuis plus réalisé grand chose en dehors d’épisodes de séries télé. Tout ça pour quelques malheureuses scènes foncièrement rigolotes et qui en fait rendent Les Monstres de la mer un peu meilleur. A moins vraiment de prendre la dignité de la femme au pied de la lettre jusque dans les tréfonds du cinéma d’exploitation, auquel cas effectivement le viol de donzelles par des monstres gluants n’est pas des plus délicats.

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Mais nous sommes à la New World de Corman, et il n’y avait vraiment pas de quoi s’emporter… Car même sans ces scènes, l’intégrité artistique de la réalisatrice se limitait en fait à peu de choses, tant son film se conforme aux standards des séries B. Défauts y compris, puisque nous avons droit à de trop longues scènes de parlotte entre pêcheurs se tirant la bourre jusqu’à en venir aux mains. D’un côté, les rudes gaillards emmenés par Vic Morrow, guère soucieux de l’écologie et trop heureux d’écraser la concurrence honnie. De l’autre côté, ladite concurrence menée par le brave Doug McLure, bon père de famille assisté d’un indien au grand cœur. Si Peeters évite d’en faire trop, que ce soit dans la méchanceté, dans le sentimentalisme et même dans le sous-texte écologiste, tout ce qui concerne ces personnages a tendance à provoquer des bâillements intempestifs. D’autant plus qu’il faut aux protagonistes un certain temps pour admettre l’existence des monstres, et que pendant ce temps ils restent entre eux. C’est un long tunnel scénaristique parsemé ici et là, à la manière des slashers, de visions subjectives, de musique sous influence (en l’occurrence Psychose plus que Les Dents de la mer) et de meurtres et/ou de viols passant d’abord inaperçus ou ne permettant pas aux personnages de distinguer la vérité et donc d’entrer dans le vif du sujet. En revanche, les moments forts sont particulièrement croustillants. Peeters avait bien fait son travail en terme de gore, et Steve Johnson épaulé par l’équipe de maquilleurs l’ont bien épaulé avec leurs monstres visqueux. Des bonshommes en costumes, certes, mais n’empêche que leur look fait de grandes dents, de petits yeux, d’algues décomposées et de longs bras démantibulés les rend suffisamment répugnants pour que les viols auxquels ils s’adonnent sans gêne, en arrachant des maillots ou en courant après des nanas à poil, se parent de cette immoralité complaisante qui sied si bien au cinéma d’exploitation. Après une transition dans laquelle les gentils, aidés par la scientifique de Canco, dénicheront plusieurs monstres pour les expliquer (ce sont des cœlacanthes mutants) et enfin lancer les hostilités, Peeters procédera à la mise sur orbite d’un climax jubilatoire car sachant exploiter tous les points forts des monstres venus en nombre. Il n’existe plus de conflits entre personnages : c’est sauve-qui-peut au milieu de la fête du saumon ! Plans gores à foison, Miss Saumon bafouée, déambulation des monstres animés par des interprètes qui prennent visiblement grand plaisir à faire les pitres, tout cela n’est qu’une sorte de Gremlins pour adultes. Et le film de s’achever sur une repompe grand-guignolesque de Alien au sujet des fruits de l’amour forcé entre une nageuse et un humanoïde. Un dernier petit regret quand même, d’ordre général : l’insuffisance d’une ambiance maritime à la Fog, qui aurait pu donner un petit cachet appréciable à l’ensemble.

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Les Monstres de la mer est ce qui pourrait s’appeler un « film à scènes ». C’est à dire que si le scénario est navrant, si les vides sont fréquents et lassants, chaque scène choc réussit son coup. Dès lors, les ajouts de Corman sont loin d’être inutiles, et les instants de bravoure conçus par Barbara Peeters -dont le fameux climax, qui prend pas mal de temps- laissent une impression positive. De la petite série B aussi crétine que bienvenue.

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