Cinéma Drame Thriller

Les Marches du pouvoir – George Clooney

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The Ides of March. 2011.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller dramatique politique
Réalisation : George Clooney
Avec : Ryan Gosling, George Clooney, Philip Seymour Hoffman, Marisa Tomei…

Ici à Tortillafilms, on est plusieurs à bien aimer George Clooney, notamment quand il passe derrière la caméra, et surtout quand il utilise le cinéma pour parler de politique. Ce qui est bien le cas ici. Et c’est donc avec la bonne impression que m’avait laissé Good night and good luck que je suis allé découvrir ce Ides of March au titre très évocateur, retitré chez nous par un Les Marches du pouvoir plus neutre.

Stephen Meyers (Ryan Gosling, assez excellent) est directeur de campagne adjoint du gouverneur Mike Morris (George Clooney, impérial) candidat aux primaires démocrates. Stephen est un idéaliste, il croit totalement aux vertus du candidat qu’il supporte, et mène la campagne, qui s’annonce très serrée, avec conviction et talent. C’est alors que Tom Duffy, directeur de campagne du camp adverse, propose de l’engager dans son équipe. Cette proposition ébranle les convictions de Stephen…

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Réalisé trois ans après le succès plutôt mitigé de Jeux de dupes, ce nouveau film renoue justement avec le Clooney engagé et critique que l’on avait pu voir dans Good night and good luck. Il s’agit d’une adaptation d’une pièce de théâtre (Farragut North, écrite par Beau Willimon) qui s’inspire elle même de l’histoire vraie de Howard Dean, connu pour s’être présenté aux primaires démocrates pour l’élection présidentielle américaine de 2004.
Alors évidemment, les adaptations de pièces de théâtre sont souvent casse gueule au cinéma (je me souviens du désastre du Dîner de cons et son absence totale de mise en scène). Les Marches du pouvoir n’échappe pas totalement à la malédiction et ne parvient pas totalement à transcender la pièce. Il en résulte de très nombreux dialogues, et beaucoup de champs – contrechamps. Mais Clooney se montre plutôt habile, et utilise l’abondance de verbiage pour créer une ambiance d’affrontement constant, dans lequel les faces-à-faces sont autant de duels, illustrant ainsi parfaitement l’ambiance de bataille qui règne lors des campagnes présidentielles.
Il lève ainsi le voile sur les dessous de la communication présidentielle, et c’est plutôt moche. Clooney décrit un monde violent et sans pitié, où tous les coups bas sont permis et même nécessaires… Ce faisant, le réalisateur dresse un portrait très sombre des démocrates et érafle quelque peu l’image positive dont ils bénéficient (plus par contraste avec celle des républicains que pour leurs propres qualités cela dit). Mais la critique de George Clooney porte plus sur des travers propres à tous les hommes politiques (avidité de pouvoir, frasques sexuelles, coups bas et autres) que sur les caractéristiques propres aux seuls démocrates. Ce qui donne aux Marches du pouvoir une portée générale, très critique, proche du « tous pourris » et très sombre également, qui ne laisse pas beaucoup de chances aux politiques.

George Clooney ne se dépare pas pour autant de son style très classique et de la mise en scène sobre qu’on lui connaît. Dans sa critique, il fait même preuve d’une grande pudeur. Le film est marqué par une retenue plutôt bienvenue qui lui évite de tomber dans la satire totalement cynique. Et quand bien même le réalisateur nous décrit un monde pourri, il s’attache beaucoup à l’humain. Sa caméra n’hésite pas à s’approcher au plus prêt des personnages et de saisir leurs émotions les plus profondes, avec une justesse de ton qui fait mouche.
Les Marches du pouvoir est ainsi autant porté par ses acteurs que par son réalisateur (acteur également, évidemment !). Il est vrai que le film bénéficie d’un casting trois étoiles. Avec aux premières loges un Ryan Gosling qui s’avère rien moins que parfait dans son personnage et dans la gestion de son évolution. Acteur principal, toute l’intrigue tourne autour de son personnage. Et son évolution, de jeune adjoint idéaliste à directeur de campagne cynique, constitue le point d’orgue du scénario. Autour de lui, George Clooney, Philip Seymour Hoffman et Marisa Tomei sont tous parfaits dans leurs rôles et constituent autant de redoutables adversaires politiques pour le personnage que d’excellents alliés pour l’acteur.

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Enfin, au niveau de la réalisation, l’ensemble est plutôt réussi. La mise en scène de George Clooney reste très discrète, faisant usage de très peu d’artifices et s’appuyant sur des ressorts très classiques, mais qui s’avèrent très efficaces. Son film politique, il le met en scène comme un vieux film d’espionnage. Ainsi il combine un soin du réalisme des situations, proche de ce que l’on a pu voir dans Les Hommes du président et une utilisation d’images marquantes, directement issues d’un film de genre tel que Les Trois jours du condor (comme par exemple ces réunions clandestines dans des couloirs sombres et des arrières salles…), avec qui il partage d’ailleurs un goût pour les teintes grisâtres et froides. De quoi dépeindre un monde inhumain et sombre.
Les Marches du pouvoir n’est ainsi pas exempt de très beaux plans qui allient force de signification et graphisme (je pense notamment au passage où Ryan Gosling et Philip Seymour Hoffman discutent derrière le drapeau américain, silhouettes prises dans un enjeu qui les dépasse).
De part sa mise en scène, le film assume totalement son statut de fiction, mais il n’en demeure pas moins que Clooney se sert de cette histoire pour faire passer un message politique.

Alors certes le message ne surprendra pas tout le monde (on le sait déjà que la politique c’est magouilles et compagnie), mais au final c’est loin d’être une raison de ne pas aller voir Les Marches du pouvoir. Car au delà du message, il reste une excellente fiction, portée par des acteurs formidables.

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