Arts martiaux Cinéma

Les Guerriers du temple maudit – Cheung Gin Gat & Robert Tai

Ecrit par Loïc Blavier

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Shaolin Temple Against Lama. 1980.
Origine : Hong Kong / Taiwan
Genre : Castagne
Réalisation : Cheung Gin Gat & Robert Tai
Avec : Alexander Lo Rei, Alan Chui Chung San, Robert Tai, Wong Chi Wai…

Baptisé à l’international Shaolin Temple Against Lama, Les Guerriers du temple maudit ne doit pas être confondu avec Shaolin vs. Lama, qui partage avec lui une bonne partie de son casting. Les Guerriers du temple maudit nous emmène au Népal, dans les milieux lamaïstes. Là où un gros complot se trame sur le dos du prince (Alexander Lo Rei), actuellement en train d’apprendre les arts martiaux chez les moines de la confrérie rouge. Débarrassée de l’empereur, mort, et donc temporairement de son héritier, la sinistre confrérie noire assure la régence et entend bien la prolonger. Pour se faire, son chef, l’infâme Chou Siu (Alan Chui Chung San) entreprend de mettre au pas toutes les confréries ainsi que les écoles d’arts martiaux. Seule l’école de Shao Lin et son kung fu prestigieux lui résiste. La solution réside dans l’ignorance du prince, seul maître de toutes les confréries et de tous les temples, à qui il suffit de faire gober que ce sont bien les Shao Lin les méchants de l’histoire.

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Enfin je crois. Car Les Guerriers du temple maudit pâtit de l’étrange copie VHS René Chateau au son complétement foiré : dès que les personnages ne sont pas face à la caméra, le son essaye de retranscrire la distance en étant baissé jusqu’à devenir presque inaudible. Difficile alors de saisir toutes les nuances du complot. Mais même avec un son normal, le film n’aurait pas été des plus clairs : les personnages abondent, les retournements de situation aussi, de même que les différentes institutions (le prince, les confréries, les écoles, sans parler des mercenaires perses) dont le rôle social réel reste flou -ce qui n’est pas pour rien dans la confusion, d’ailleurs-. Je n’irai pas jusqu’à dire que cela n’a aucun sens, car le sujet principal reste simple, mais comme souvent en regardant du cinéma hong kongais (ou taiwainais, les deux pays étant ici associés), les louvoiements m’ont fait perdre le fil. Il faut dire que le scénario a une manière bien particulière d’avancer, un peu à la manière hachée des anciens jeux vidéos : les séquences de tortueuses révélations purement scénaristiques sont alternées avec les combats, elles font presque figure de récompense (ou bien est-ce l’inverse ? Lao Tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce pas le papillon qui rêve qu’il est Lao Tseu ?) et le film pourrait tout aussi bien être découpé en niveaux. Si il venait un jour à être édité en DVD, la conception des chapitres ne devrait en tout cas pas poser de problème de logique. Il serait faux de dire que l’histoire n’existe pas : les réalisateurs auraient dans ce cas fait une intrigue bien plus simple et ne seraient pas permis de revenir sans cesse aux scènes de dialogues, éclatées entre tous les camps qui s’opposent ou qui s’associent. Alors, même si il est évident qu’une telle profusion de parties impliquées sert aussi à élargir l’horizon des combats, les réalisateurs ont essayé d’imbriquer tout cela avec cohérence. Il n’en reste pas moins que cette intrigue est brouillonne. En revanche, les scènes de dialogues permettent de s’attarder sur des décors majestueux, principalement ceux d’extérieurs. Tourné au Népal, le film bénéficie de temples luxueux, bien entendu mis en valeur par une mise en scène efficace mais répétitive. On ne compte plus les plans faisant la part belle à la profondeur de champ. Le même procédé est de mise pour les intérieurs, mais cette fois-ci avec un peu moins de réussite. Car si l’accent est bien mis sur le côté grandiose et coloré (avec statues de Bouddha, draperies, lanternes etc…), les décorations sont parfois à la limite du ringard. Qu’elles soient de vrais éléments patrimoniaux ou des dessins concoctés pour l’occasion, le style des fresques est d’une grande naïveté venant nous rappeler que même si les décors et la mise en scène font illusion, Les Guerriers du temple maudit est bel et bien un petit budget. Le profil des personnages fait de même : les méchants ont vraiment un look de méchants (sourcils froncés, mines patibulaires, et même une tête de mort sur le bandeau de l’un deux -un des grands méchants, assurément-) et appartiennent bien entendu à la confrérie noire, les gentils sont au contraire sobres et présentent bien, notamment les vieux sages et leurs longues barbes blanches, tandis que le blagueur de service, lorsqu’il n’est pas déguisé, arbore de longs sourcils et des petits trous dans sa tonsure. A travers ce dernier, on retrouve le style d’humour asiatique typique, tout en minauderie et en exagération. Petit bonus toutefois : ce comique de service, interprété par le réalisateur et chorégraphe Robert Tai, a le mérite d’être le meilleur combattant du lot et de finir la formation du prince après lui avoir infligé une sérieuse rouste, non sans avoir gardé sa malice. Preuve de la supériorité des Shao Lin sur le prince, qui après tout s’est fait mené en bateau depuis de le début par la confrérie noire. Voilà une nette rupture bienvenue avec la perfection trop souvent de mise chez les héros trop poseurs. Mais après tout, on ne s’étonnera guère que Robert Tai blague un peu sur le sort de Alexander Lo et le réduise au rang de disciple, puisque leur relation derrière la caméra est la même (Tai ayant permi à Lo de se faire connaître).

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Enfin, malgré ces quelques efforts, on ne retiendra qu’une chose des Guerriers du temple maudit : ses combats. Extrêmement nombreux et extrêmement variés. La personnalité exubérante affichée par Robert Tai dans son personnage semble aussi avoir été également de mise pour son rôle de co-réalisateur en charge des combats et des chorégraphies, puisque qu’il ne s’y interdit strictement rien. Combat en face à face, à un contre plusieurs, groupes contre groupes (et même seul contre personne, puisque l’entraînement du prince se fait contre des espèces de tourniquets en bois), armés ou non, de la voltige surréaliste ou du classicisme, en extérieur ou en intérieur… Une gamme complète de caractéristiques qui sont toutefois homogénéisées par une diffusion quasi systématique en léger accéléré et par des sons rapportés. Des artifices habituels pour rendre les coups plus percutants, bien entendu, mais sur lesquels Tai aurait pu faire l’impasse. Ses acteurs sont suffisamment doués pour ne que leurs prouesses aient à être ainsi soulignées, y compris pour les béotiens. Et quand bien même, la mise en scène elle-même aurait pu contribuer à procurer à ces combats le souffle nécessaire pour impressionner. Sans atteindre l’aspect virevoltant d’un Tsui Hark (et c’est tant mieux, dirais-je), Tai place toujours sa caméra au bon endroit. Au plus près ou au plus loin, vu globale ou rapprochée, montage sec ou plan-séquence, on ressent bien qu’il est lui-même habitué aux arts martiaux et s’adapte à ce qu’il a sous la lentille. Formé dans un opéra, le réalisateur / acteur parvient à chorégraphier ses combats sans pour autant les faire ressembler à de la danse. L’aspect brutal n’est jamais délaissé, et nous avons même droit à quelques giclées de sang inopinées. Le grand nombre de personnages permet aussi de rendre la plupart des combats significatifs : il n’y a pas que le traditionnel faire-valoir contre le gentil vainqueur d’avance. Il y a aussi régulièrement des combats entre personnages d’importance et aux talents avérés, ce qui là aussi fait songer aux jeux vidéos (avec leurs « boss intermédiaires »). L’issu de ces oppositions peut même mener à des surprises, et pas uniquement lorsque le prince se fait mater par le moine bout en train. Ce qui fait que finalement, là où l’omniprésence de combats (il doit y en avoir un toutes les cinq minutes) aussi bien foutus soient-ils aurait pu provoquer la lassitude, elle est au contraire une source de renouvellement importante. La clef d’un tel film ne réside pas uniquement dans le côté spectaculaire, mais aussi dans son côté sans cesse mouvant, dans l’exploitation des lieux de tournages et dans l’ouverture des combats. Et sur ces points, on ne peut que se montrer satisfaits.

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