Cinéma Horreur

Les Fantômes de Sodome – Lucio Fulci

Ecrit par Loïc Blavier

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Il Fantasma di Sodoma. 1988.
Origine : Italie
Genre : Horreur
Réalisation : Lucio Fulci
Avec : Claudio Aliotti, Jessica Moore, Sebastian Harrison, Robert Egon…

En 1943, dans un manoir français à l’écart de tout, des nazis s’adonnent sans retenue au stupre et à la fornication, enregistrant même leurs ébats sur une pellicule qu’ils laissent tourner non stop. Un bombardement allié mettra fin à leur vie de débauche. 45 ans plus tard, une demi douzaine de jeunes touristes américains (trois filles, trois garçons) s’égare en tentant de rejoindre Paris et se retrouve perdue en pleine campagne. Leur voiture étant proche du point de rupture, les jeunes cons décident de passer la nuit dans le fameux manoir, qui semble avoir très bien supporté les bombardements, puisque non content d’être toujours debout, il propose aussi un confort qu’envieraient bien des hôteliers. A vrai dire, l’endroit est tellement accueillant que quand ils y pénètrent, les six clampins découvrent que la casserole est sur le feu, que la table est prête et que la cave contient des vins de grands crus. La nuit se déroule sans encombres, même si une des jeunes filles aux penchants masochistes aura rêvé (mais était-ce bien un rêve ?) de son propre viol par un jeune aryen. Le lendemain, manque de bol : les six débiles trouvent le moyen de se perdre une nouvelle fois, et se retrouvent encore à passer la nuit dans le manoir. Mais les spectres nazis qui l’occupent ont désormais fini de prendre des risques inutiles : ils bloqueront toutes les sorties de la bâtisse et feront mumuse en indoor.

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Bien tristes sont les spectacles proposés par des réalisateurs vieillissants, plus guère en osmose avec leur époque, et qui dès lors se laissent aller à porter platement à l’écran des scénarios indigents. Telle est la piètre destinée réservée à moult réalisateur du cinéma bis italien, qui plongèrent quasiment tous dans l’anonymat de l’horreur américanisante avec une régularité qui n’a d’égal que leur je-m’en-foutisme. Lucio Fulci, pourtant l’un des plus brillants réalisateurs italiens, n’a pas échappé au phénomène, et a lui aussi terni sa carrière une décennie durant avec de nombreuses bouses n’évoquant plus rien de sa gloire passée. Les Fantômes de Sodome est, disons le tout de suite, un film insupportablement chiant, dont on peut compter les qualités sur les doigts de pied d’un cul-de-jatte. Le scénario suit fidèlement les molles aventures d’une plâtrée d’imbéciles (au nombre desquels figure Sebastian Harrison, fils du prolifique acteur bis Richard Harrison) ayant préféré passer leurs vacances en France plutôt qu’à Crystal Lake. A moins que les gendarmes délégués à Jason Voorhees ne leur aient refusé l’accès, puisque les personnages des Fantômes de Sodome réussissent l’exploit de faire passer leurs homologues des Vendredi 13 pour des génies. A peu près tous portés sur le sexe et l’alcool, ces héros, puisqu’il faut bien les appeler ainsi, sont caractérisés par leur manque de caractère. Pas de plaisantins de service à l’horizon, pas de bimbos, pas de gros dur… Tout juste un couple de lesbiennes plutôt discrètes. Des personnages désespérément vides, incarnés pour ne rien arranger par des acteurs sans charisme rivalisant tous de médiocrité. Même les filles ne sont pas attirantes, ce qui est un désavantage de taille dans un film souhaitant mêler intimement l’horreur et l’érotisme. Car oui, les manifestations des fameux fantômes nazis ne se basent que sur l’envie de sexe des personnages principaux. Une veine : si les invités avaient été un groupe de moines reclus, nos libidineux esprits nazis en auraient été pour leurs frais. Alors que là, ce n’est pas le cas, et les jeunes gens se laissent toujours attirer, qui par le fameux violeur nocturne, qui par le spectacle d’une infidélité, qui par une jeune femme nue… L’érotisme vu ici par Fulci est d’une vulgarité tristement commune. Aucun soin n’est apporté à la mise en scène, la photographie est d’une laideur repoussante et les actrices sont enlaidies plus qu’autre chose. Le réalisateur ne porte pas plus d’attention aux vagues séquences horrifiques, qui l’indiffèrent tout autant. Histoire de bien se rappeler que le film doit comporter son lot de sang, le réalisateur place un cadavre pourrissant à vitesse grand V au milieu du salon, et ne l’en bouge plus. La production était sûrement en rupture de post-it.

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Mais, pis que tout, le principal défaut de ces navrants Fantômes de Sodome est l’absence totale de rythme, qui plonge irrémédiablement le spectateur dans l’ennui, voire la somnolence. En traitant son film par dessus la jambe, en expédiant bêtement toutes les étapes obligées (c’est à dire tout le film, véritable succession de clichés), Fulci a démontré qu’au même titre que le spectateur, il attendait lui aussi la fin du film avec impatience. Service minimum : le réalisateur s’auto parodie, fout quelques éclairages colorés ici ou là, juste histoire de faire vaguement surréaliste, éloigne ou rapproche sa caméra au gré de ce qu’il y aurait d’exploitable dans le champ… Un peu comme il filmerait une soirée familiale : platement, sans envie, simplement comme l’étape obligée d’un scénario qu’il sait pourri (et dont il est lui-même l’auteur). Il se paye même un jeu de roulette russe interminable, vidé de toute substance dramatique. Un véritable calvaire. Le dénouement aura beau être ridicule et durer deux fois moins de temps que cette roulette russe, il n’en sera pas moins un soulagement pour le spectateur… et pour Fulci, qui, ayant certainement des courses à faire à Auchan, décida d’expédier tout cela vite fait mal fait…
Si c’était pour bâcler son film à ce point, Fulci n’avait pas besoin de se forcer à le réaliser. Les Fantômes de Sodome ont autant emmerdé le réalisateur que les spectateurs.

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