Cinéma Drame

Le Temps des amants – Vittorio De Sica

Ecrit par Loïc Blavier

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Amanti. 1968.
Origine : Italie / France
Genre : Drame
Réalisation : Vittorio De Sica
Avec : Faye Dunaway, Marcello Mastroianni, Caroline Mortimer, Karin Engh…

Il y a quelques années de cela, un inconnu italien aussi poli qu’entreprenant avait abordé l’américaine Julia (Faye Dunaway) dans un aéroport et lui avait donné ses coordonnées, juste au cas où elle serait tentée par un petit séjour en Italie. Ce sera durant des vacances dans ce pays qu’elle se souviendra de cet homme et qu’elle le contactera. Il s’appelle Vittorio (Marcello Mastroianni) et est ingénieur. Lui se souvient encore de Julia. Ensemble, il vont donc commencer une aventure qui devra durer de deux à huit jours, pas plus. Au-delà, Julia devra rentrer en Amérique.

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Quand l’acteur et réalisateur Vittorio De Sica réalise Le Temps des Amants, l’adaptation d’une pièce de théâtre, sa réputation n’est plus à faire et le gros de sa carrière est derrière lui. Il est l’un des pontes du néoréalisme italien, le réalisateur de plusieurs films bardés de prix internationaux dont Le Voleur de Bicyclette en 1948, Miracle à Milan en 1951 et Umberto D. en 1959. Le Temps des Amants, film considéré comme mineur dans sa filmographie, est sa troisième collaboration avec Marcello Mastroianni (quatre si l’on prend en compte Les Enfants nous regardent, tourné en 1944 avec un Mastroianni en guise de figurant non crédité au générique). Il s’agit d’un drame romantique pour le moins longuet, qui cela dit est méritant à plus d’un titre. Déjà sa beauté formelle : De Sica situe la majeure partie de son intrigue soit dans des villas sophistiquées et résolument modernes, soit dans les Alpes, où les deux personnages principaux partent en vacances dans un châlet chaleureux propice à une romance que le réalisateur filme avec un grand soin sans pour autant que sa mise en scène ne prenne le pas sur son sujet. A ce niveau là, rien à redire, le film est propre et bien foutu. Les acteurs aussi sont dignes d’éloges : Marcello Mastroianni incarne un riche italien classieux et raffiné et Faye Dunaway une jeune américaine belle et délicate. Mais on devine que derrière son apparente gaieté, la jeune femme cache un secret, qui sans trop surprendre le spectateur se révèlera être une terrible maladie qui a de forte chance d’emporter Julia vers une mort atroce. A partir de là, on pense légitimement que Julia est venue en Italie pour oublier sa situation et passer ses derniers jours auprès d’un inconnu inconscient de sa maladie (qui n’a aucun syndrome physique) et donc capable de poser sur elle un regard sincère, loin de toute compassion humiliante. C’est bel et bien ce qui nous sera révélé… Mais uniquement vingt minutes avant la fin du film. Ainsi, pendant une heure dix, nous n’aurons droit qu’à une histoire d’amour classique entre deux tourtereaux isolés du monde, avec sa scène de jalousie, sa scène de tendresse et ses activités ludiques qui ne font rien qu’à entretenir l’amour. De Sica a beau s’appliquer, les acteurs ont beau être talentueux, rien n’y fait : on peine à trouver de l’intérêt à ce que l’on voit. Faye Dunaway a beau préserver son secret, on le devine, et on attend impatiemment qu’elle le dévoile à son amant. Mais cela irait à l’encontre de tout l’intérêt de son voyage en Italie et donc De Sica continue à filmer cette romance. Ce sera un coup du sort qui fera basculer le film, un peu tard : l’amie de Julia avertira Vittorio de la maladie de sa maîtresse (il est marié) et de la nécessité de son retour à l’hôpital. A partir de là, tout ce que l’on pressentait arrivera, et le temps que Julia explique ses motivations à Vittorio, il ne restera plus que dix minutes de films pour voir enfin comment va évoluer cette relation qui depuis le début était marquée par un inintéressant bonheur. Ce sont dix belles minutes, durant lesquelles le réalisateur ne verse jamais dans le mélodrame, puisque le vœu de Julia est de ne pas être vue sous l’angle de la pitié. Alors au contraire, ces dernières minutes seront relativement avares en paroles, et l’émotion ne s’en fera que d’autant plus forte.

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N’empêche : on se demande encore pourquoi De Sica a mis autant de temps à développer la relation entre ses deux personnages. Certes, il a bien fallu qu’il les rende attachants, mais tout de même, plus d’une heure de roucoulades, bien réalisées ou non, ça fait beaucoup…

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