Aventure Cinéma Fantastique

Le Secret de la pyramide – Barry Levinson

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Young Sherlock Holmes. 1985.
Origine : Etats-Unis / Royaume-Uni
Genre : Génèse d’un héros littéraire
Réalisation : Barry Levinson
Avec : Nicholas Rowe, Alan Cox, Sophie Ward, Anthony Higgins…

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Deux hommes, deux amis, ont outrageusement dominé le cinéma des années 80. Uniquement en tant que producteur –George Lucas– ou en tant que réalisateur et producteur –Steven Spielberg–, les deux compères ont incontestablement façonné le cinéma de divertissement de cette décennie ô combien décriée. Toutefois, Steven Spielberg s’est révélé durant cette période à la fois comme le plus prolifique et le plus efficace. Outre ses propres succès (E.T. et les Indiana Jones communs au deux complices), il a accolé son nom à une poignée de films qui ont considérablement marqués leur époque et entretiennent encore aujourd’hui une relation particulière avec les spectateurs qui ont grandi avec. Gremlins, Retour vers le futur et sa suite, Les Goonies, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, tous sont des films qui à des degrés divers ont su jouer la carte du spectacle familial sans pour autant sombrer dans la mièvrerie et la bêtise. A tel point que la plupart d’entre eux font toujours date, témoignant d’un savoir-faire qui s’est quelque peu perdu au fil des années. Le Secret de la pyramide s’inscrit également dans ce registre, s’ouvrant néanmoins à un public plus large puisque proposant ni plus ni moins que de revisiter les origines d’un haut personnage de la littérature : Sherlock Holmes.

Nous sommes à Londres en 1870. Le jeune John H. Watson arrive dans son nouvel établissement scolaire, où il fait immédiatement connaissance avec le dénommé Sherlock Holmes. Celui-ci, bon élève, fin observateur et doté d’un sens aigu de la déduction fascine autant qu’il agace ses condisciples. Les deux garçons se lient d’amitié et enquêtent de concert au sujet de morts aussi mystérieuses que violentes. Ils l’ignorent encore mais ils entament à cette occasion une collaboration appelée à se poursuivre dix ans plus tard.

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Pour les puristes, ce résumé porte déjà en lui les germes de la discorde, étant donné que les deux hommes ne se rencontreront pas avant 1881. C’est un fait littéraire acquis dont les initiateurs du projet ont parfaitement conscience puisque pas moins de deux encarts, placés en préambule et en conclusion du film, précisent bien le degré de liberté pris avec le matériau d’origine. En fait, la tâche qui incombe au scénariste Chris Colombus est double : organiser un savant jeu de piste à destination des adultes tout en ménageant suffisamment de péripéties pour contenter le jeune public.
Le jeu de piste en question consiste à parsemer le récit des différents éléments constitutifs du personnage de Sherlock Holmes, ou en tout cas de coller à l’imagerie universellement connue. Ainsi, une fois le film achevé, nous saurons notamment pourquoi il s’est mis à fumer la pipe et arbore fièrement une casquette de chasse. Toutefois, ces deux éléments relèvent davantage du clin d’œil que d’un réel effort scénaristique. En revanche, l’explication afférente à son attitude distante envers la gent féminine apporte une dimension nouvelle au personnage. Cette histoire d’amour inachevée lui confère une aura romantique qui adoucit rétroactivement une personnalité pour le moins rigide et froide. La misogynie du héros littéraire devient alors une carapace derrière laquelle se cache une profonde blessure qui ne se refermera jamais. En outre, cela permet de mettre en place une romance adolescente qui, bien qu’en filigrane, s’avère un excellent moyen pour susciter l’identification du jeune public. Ainsi, si l’interprète de Sherlock Holmes (Nicholas Rowe) reproduit parfaitement l’image que l’on se fait du personnage (pragmatique, d’une grande assurance confinant parfois à l’arrogance), il laisse néanmoins filtrer quelques faiblesses, notamment cette propension à se laisser dominer par ses émotions. De même, si le récit lui ménage des scènes entièrement vouées à l’étalage de ses talents déductifs, ceux-ci lui feront défauts au plus mauvais moment. Loin d’être infaillible, ce Sherlock Holmes-ci se construit sous nos yeux, au gré des obstacles auxquels il se retrouve confronté. Au-delà de sa fonction iconique –Holmes quitte Watson affublé de ses fiers attributs (n’y voyez là aucunes connotations grivoises, coquins !)– le dernier plan vaut note d’attention. Entre le Sherlock Holmes du début et celui de la fin, il y a un monde. Celui de l’insouciance que cette aventure lui a définitivement fait perdre pour forger l’homme que nous connaissons à travers les bouquins.
Mais quelle est-elle au juste, cette aventure ? Et bien il s’agit tout simplement pour notre apprenti détective de déjouer les plans d’une société secrète qui en plein Londres a édifié une pyramide en bois dans laquelle elle organise des sacrifices humains. Le fond de l’affaire –une froide vengeance émanant de la profanation de la sépulture de cinq princesses égyptiennes– n’est pas sans évoquer le folklore inhérent aux histoires de momies. Mais ici, point d’enrubanné revanchard, seulement une bande d’illuminés qui tente de redonner vie aux processions de l’Égypte des pharaons, avec faste et grandiloquence. Le Secret de la pyramide s’attache à s’éloigner tant que faire se peut du fantastique, ou en tout cas à le circonscrire aux seules visions des victimes de l’émissaire de la Rametep, le nom de la société secrète. C’est durant ces passages d’hallucinations que le travail du département des effets spéciaux se fait bien évidemment le plus remarquer, essentiellement à base d’animatronique à l’exception de la scène du vitrail prenant vie, qui peut se targuer d’être le tout premier personnage entièrement animé en images de synthèse. 25 ans après, l’effet est encore bluffant, duquel émane une forme de poésie bien trop souvent absente des productions actuelles. A cela s’ajoute une machine volante que n’aurait pas renié Léonard De Vinci ! Visuellement, le film est superbe. Le Londres victorien reconstitué, la Tamise gelée, l’école, l’intérieur de la pyramide, sont autant de décors majestueux qui nous immergent totalement dans l’histoire. Pourtant, certains détails viennent ternir la bonne impression d’ensemble. Une lancinante impression de déjà-vu se fait sentir au fil des événements, notamment tout ce qui se trame au cœur de la pyramide. De la musique au chant en passant par la scénographie, tous ces passages évoquent les célébrations nocturnes de Indiana Jones et le temple maudit. Et puis le dénouement est un peu trop hâtif, comme si il fallait absolument que le film respecte une certaine durée. Le hic, c’est que cela nuit à son impact émotionnel, rendant caduque la réhumanisation du personnage de Sherlock Holmes.

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Dans le flot des productions Spielberg des années 80, Le Secret de la pyramide s’inscrit dans la bonne moyenne. Le spectacle proposé est de qualité. C’est plaisant à suivre, beau à regarder mais il manque ce chouïa de folie qui aurait pu définitivement emporter le morceau. Trop sage, trop policé, le film de Barry Levinson ressemble au travail d’un élève appliqué mais loin d’égaler son maître.

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