Cinéma Western

Le Salaire de la violence – Phil Karlson

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Gunman’s walk. 1958.
Origine : Etats-Unis
Genre : Western
Réalisation : Phil Karlson
Avec : Van Heflin, Tab Hunter, Kathryn Grant, James Darren…

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Genre emblématique du cinéma américain, le western a inspiré quelques uns des meilleurs films à tout un contingent de cinéastes renommés, de Howard Hawks à Sam Peckinpah, en passant par Clint Eastwood ou Samuel Fuller. D’autres cinéastes, nettement moins réputés, ont eux aussi contribué au succès du genre, avec des moyens certes plus modestes, mais pour un résultat non moins intéressant. C’est le cas de Phil Karlson, réalisateur touche à tout (espionnage, thriller, guerre, cape et d’épée) dont la carrière ne peut s’enorgueillir d’aucun véritable titre de gloire, si ce n’est Justice sauvage, son film le plus connu. Avec Le Salaire de la violence, il livre un western qui s’avère pas aussi anodin qu’il en a l’air.

Lee Hackett a tout connu : les guerres, les bandits de grands chemins,… C’est un survivant, unanimement respecté, et qui cultive l’image du vieil ouest. Veuf et père de deux garçons, il se trouve à la tête d’un important cheptel de pur sang, qui lui assure une manne financière non négligeable. Sa figure imposante pèse énormément sur le comportement de Ed, son fils aîné. Instable, il se rend coupable d’un meurtre et va causer bien des tourments à son père.

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Le Salaire de la violence effraie par une entame que je qualifierais de simplette, nous présentant le caractère des deux frères, Ed et Davy Hackett. Le premier, aîné de la fratrie, se montre arrogant et méprisant à la moindre occasion. Pis, il révèle un racisme larvé lors d’une brève discussion avec Clee, une jeune métisse. Une attitude en totale adéquation avec ses allures de bon aryen. Son cadet est son total contraire, aussi bien physiquement que mentalement. Doux, prévenant, il ne cherche pas à impressionner ses interlocuteurs, ni à se donner de faux airs de grandeur. Il paraît plus fragile alors qu’il n’en est rien. Le début du film s’inscrit dans une logique d’affrontement entre les deux frères, avec leur père comme arbitre. Puis, progressivement, l’orientation du récit change du tout au tout. L’opposition entre les deux frères tend à s’effacer, car elle n’a pas vraiment lieu d’être. Davy se fiche bien d’être un mauvais tireur et un piètre lanceur de lasso. S’il aime son père, il ne lui voue pas une admiration sans borne, et ne cherche à aucun moment à reproduire le schéma paternel. Il assume parfaitement qui il est, et ne prend jamais ombrage des meilleures aptitudes de son aîné. Quant à Ed, il se sait supérieur à son petit frère et ne voit donc pas celui-ci comme une menace. A sa manière un peu rugueuse, il l’aime énormément. C’est d’ailleurs en voulant lui faire plaisir qu’il enclenche l’infernal processus qui va gravement toucher la famille Hackett. Confronté à l’opposition inédite d’un métis aussi doué que lui pour chasser le cheval sauvage, il se renferme de plus en plus, uniquement obnubilé par ce magnifique cheval blanc qui plaît tant à son frère. Tel le capitaine Achab, il ne trouvera le repos que lorsqu’il aura dominé la belle bête à la robe immaculée. Il fait bien peu de cas des divers obstacles qui se dressent sur sa route, ce que le jeune métis paiera de sa vie. Si la chasse de Ed dure beaucoup moins longtemps que celle du capitaine à la jambe de bois, ses conséquences n’en seront pas moins dévastatrices. Ed ne s’émeut guère de l’acte qu’il vient de commettre, estimant qu’il s’agit là d’un simple accident. Ce ne sont pas les remords qui le rongent, au contraire de l’imposante figure paternelle. Son adresse au lasso et au revolver, il la tient d’un père tout heureux de pouvoir inculquer à ses fils tout son savoir. Ed a été un bon élève. Sauf qu’à présent, il aimerait s’affranchir de la tutelle paternelle. Il en a marre de n’être que le fils de Lee, et voudrait qu’on le reconnaisse pour ses qualités propres, et plus en réaction à son père. Il s’oppose de plus en plus ouvertement à lui, cherchant constamment le défi, dans le but de déterminer qui, du maître ou de l’élève, est le meilleur. Rattrapé par la justice, Ed vit très mal la suite des événements.

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Homme respectable et respecté, Lee Hackett ne peut croire une seconde en la culpabilité de son fils, et le clame haut et fort. Il assure sa défense avec ardeur et obtient la relaxe, au grand dam de Ed. Non pas qu’il souhaitait goûter aux joies de la prison, mais au moins voulait-il éviter d’être redevable à son père. Quoiqu’il fasse, il reste totalement prisonnier de l’aura paternelle. Sous des allures de petite frappe de l’Ouest, Ed se révèle en personnage tragique, désirant tuer l’image du père. Un père aimant qui a élevé ses fils selon des principes désormais désuets dans un Ouest en pleine mutation. A travers ce drame familial, Le Salaire de la violence évoque les changements d’une société américaine qui tente de tourner le dos à un passé violent. Les armes sont désormais prohibées dans les agglomérations. Lee, icône du vieil Ouest, ne se plie pas à cette nouvelle loi. Il estime être chez lui. Posséder une arme constitue un message clair adressé aux étrangers: « Vous ne me déposséderez pas de mes terres !« . Cependant, les forces de l’ordre le tolèrent armé car il connaît le prix d’une vie, ce qui n’est pas le cas de Ed. Ce dernier fait figure de véritable mouton noir d’une famille respectable, ainsi que d’une société qui voudrait se racheter une vertu. Encore profondément raciste, la société fait bien peu de cas du témoignage de deux Indiens, dont les voix seront toujours moins entendues que celle d’un Blanc, forcément de bonne foi. Sous couvert de drame familial, Le Salaire de la violence nous décrit les rouages d’une société dont la schizophrénie latente conduit ses héros d’antan à devenir le bourreau de leurs espoirs déçus.

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