Cinéma Horreur

Le Sadique à la tronçonneuse – Juan Piquer Simon

Ecrit par Loïc Blavier

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Mil gritos tiene la noche. 1982.
Origine : Etats-Unis / Espagne / Porto Rico
Genre : Horreur
Réalisation : Juan Piquer Simon
Avec : Ian Sera, Lynda Day George, Christopher George, Edmund Purdom…

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Boston, 1942. Un petit garçon est surpris par sa môman en train de faire un puzzle représentant une femme nue. Visiblement, le garçon tient de son père, un obsédé notoire actuellement à la guerre. Prise de rage, la mère disperse le puzzle et décide de vider la chambre du môme de toute trace de pornographie, comme les magazines cochons planqués un peu partout. Elle envoie le gamin lubrique chercher un sac poubelle. Il revient avec une hache et massacre sa mère. Simulant le traumatisme, il en réchappe à bon compte et sera éduqué par sa tante. Quarante ans plus tard, une série de meurtres à la tronçonneuse perturbe le quotidien d’une université. Le gamin est devenu grand il a décidé de finir son puzzle en grandeur nature. Il faudrait l’arrêter avant que cette histoire n’aille trop loin.

Quoique cela ne soit pas forcément évident à la vision du Sadique à la tronçonneuse, Juan Piquer Simon est malin comme un singe. Voyant bien que le cinéma d’horreur européen ne tiendra pas la distance face à la résurgence de son homologue d’Amérique, il occidentalise son cinéma pour le faire grosso modo correspondre aux normes du slasher actuellement en vogue par le biais du producteur / scénariste / acteur américain Dick Randall, un yankee depuis longtemps fourvoyé en Europe. Bien sûr, il ne faudra pas compter sur la présence de Peter Cushing et de Terence Stamp, avec lesquels il tournait encore l’année précédente un Mystère de l’île aux monstres adapté de Jules Verne (le dada de Simon, puisque sa filmographie compte déjà Le Continent fantastique et Le Diable des mers). Mais il peut toujours compter sur son fidèle acteur Ian Sera, ainsi que sur les époux George (Christopher et Lynda Day) et sur Edmund Purdom, tous des anciennes vedettes mineures. De toute façon, pour l’utilité qu’auront les personnages… Le Sadique à la tronçonneuse est la rencontre choc entre la tradition européenne du thriller et le slasher le plus débile à l’américaine. D’un côté nous avons donc un tueur ganté et masqué, perturbé au niveau freudien et dont l’identité ne fait pas l’ombre d’un doute tant le réalisateur appuie comme un bœuf sur les caractéristiques de tous les suspects… sauf un. D’ailleurs il n’y a que trois suspects, ce qui simplifie encore les choses. Nous avons donc un concierge jardinier aux faux airs de Bud Spencer, qui aime à regarder les gens en coin et à nettoyer la lame de sa tronçonneuse avec un sourire ravi. Nous avons aussi le prof d’anatomie coincé, moqué par ses étudiantes et qui décore son bureau avec le crâne d’une fille de 17 ans. Subtiles suggestions… Et enfin nous avons le doyen, discret et propre sur lui. C’est dire si le final nous fait tomber des nues… Il faudra pourtant les efforts conjugués de deux flics, d’une femme flic infiltrée dans la jupette d’une prof de tennis et d’un étudiant dragueur (il voit surtout l’occasion de charmer la flic infiltrée) pour venir à bout de ce mystère. Tant d’incompétence dans l’enquête relève de l’exploit. Quelque part, la nullité de la police est au moins aussi choquante que le sadisme du tueur… Qu’une tronçonneuse ensanglantée soit posée à côté d’un corps démembré, et le flic en chef demande quand même « d’après vous, est-ce qu’il s’agit de l’arme du crime ? ». Mais le mieux reste le final abracadabrant, où pris de pitié le tueur se livre lui-même à la police, qui a laissé seul le malheureux étudiant dans l’appartement du tueur au motif que celui-ci « est sûrement parti depuis longtemps ». Il est vrai qu’un film aussi idiot ne pouvait se conclure autrement que par la reine des énormités.

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Moins à côté de la plaque car par définition limité, le côté slasher remplit les exigences légitimes : des meurtres. L’imbécilité des victimes n’est pas vraiment palpable, et pour cause : on ne les connait pas. Le tueur sévit au hasard, porte son choix hasardeux sur des filles esseulées avec lesquelles nous n’auront pas eu l’occasion de faire connaissance. Ce qui en un sens n’est pas plus mal et nous évite d’avoir à subir les bêtises de toutes ces jeunes vouées à la mort (et puis la police suffit déjà amplement à dédramatiser les meurtres). Par contre nous connaîtront au moins leur anatomie, puisque la moitié de ces jeunes filles passent l’arme à gauche en petite tenue, et l’autre moitié sans tenue du tout. Mais attention ! La nudité s’explique par le fameux puzzle de la femme nue, que le tueur complète avant chaque meurtre en rajoutant la partie du corps qu’il s’apprête à prélever sur sa prochaine victime. Une explication rationnelle. Peut-être un peu tirée par les cheveux, mais rationnelle… Et puis c’est tellement plus simple pour notre « sadique à la tronçonneuse », qui peut ainsi juger facilement à quel endroit pratiquer la coupe. N’oublions pas qu’il y a le puzzle humain à reconstituer derrière, et il serait dommage qu’après 40 ans d’attente le résultat ne soit pas au niveau des espérances. Autant que cela soit bien fait. De toute évidence, nous avons affaire à un professionnel, qui par son habileté au maniement de la tronçonneuse parvient à tailler comme il faut dans la chair des victimes peu consentantes, qui en gesticulant tous azimuts risquent de se faire dévier la tronçonneuse. Ce n’est pas le cas, et c’est là qu’on voit qu’être tueur est un métier. L’étudiant apprenti-flic peut en témoigner : « elle est encore vivante, y’n’lui a coupé qu’les bras ! » déclare-t-il, optimiste après avoir retrouvé une victime dans un ascenseur. A défaut d’être ragoutants (le sang gicle partout, c’est un vrai carnage assez précurseur en terme de gore), ces démembrements sont donc effectués dans les règles de l’art. On ne peut donc qu’apprécier le spectacle de ces meurtres hybrides mi-giallesques (ils commencent par du voyeurisme en vision subjective) mi slasher dont le seul défaut (outre la musique parfois franchement peu adaptée) est de n’être pas assez nombreux. Entre deux usages de tronçonneuse se trouvent donc la simili-enquête, qui si elle égaye -volontairement ou non, difficile de le savoir- des moments généralement très mornes ne suffit pas à éviter les baisses de tension. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer de la part du bon Simon, qui n’hésite pas à envoyer un ninja agresser Lynda Day George en pleine nuit (ce n’est finalement que le prof d’arts martiaux qui s’exerce !) ou un gugusse s’amuser à effrayer le dragueur avec son masque de mort-vivant, alors que le tueur rôde toujours (et que ledit dragueur vient de se prendre un rateau). Ayons aussi une pensée émue pour la toute dernière scène, celle qui dans le slasher annonce généralement une prochaine séquelle et qui décroche ici la palme du n’importe quoi, pour le seul plaisir de rajouter une scène gore…

Le Sadique à la tronçonneuse est le film de tous les excès : dans la bêtise des personnages, dans l’ineptie de l’enquête, dans le mobile du tueur, dans les dialogues, dans les meurtres, etc etc… Juan Piquer Simon a décidé de donner corps à aux fantasmes liés au titre de Massacre à la tronçonneuse (et au titre seulement, car pour le reste rien à voir avec le film de Hooper), imaginé dans l’inconscient collectif comme une boucherie débilitante. Et pour le coup il réussi son pari : si la notion de « plaisir coupable » existe, son film en est la meilleure illustration.

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