Cinéma Drame

Le Nain – Pierre Badel

Ecrit par Bigbonn

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Le Nain. 1961.
Origine : France
Genre : Réalisme magique
Réalisation : Pierre Badel
Avec : Roland Lacoste, Jean Hoube, Paul Frankeur, Evelyne Lacroix…

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Dans le petit cirque Barnaboum, Valentin a toute sa place : celle du nain, autant objet de curiosité que participant à des numéros en compagnie du grand Fifrelin. Pour lui, cette vie nomade au sein d’une petite troupe sympathique s’écoule paisiblement, dorloté qu’il est par la vieille Mary qui prend soin de lui en évoquant ses amours passées avec des princes et des sultans. Une sorte de dolce vita, donc, où sa petite taille a son importance. Un petit mètre et quelques centimètres qui le rendent également inoffensif et lui permettent donc une certaine proximité avec la belle Germina aux rondeurs aguicheuses, courtisée à la fois par le grand Fifrelin et le clown Pataclac.
Mais, une nuit, le nain grandit, atteignant d’un coup 1 mètre 75, ce qui est évidemment bien trop grand pour continuer à jouer les nains… Pas d’explication à ce changement subit, à peine si quelques images de crapauds, dont l’un capturé par Valentin qui le garde captif, viennent vaguement faire penser à une quelconque malédiction ou une vague sorcellerie.

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Pour le grand Valentin, dans son pyjama trop petit, cette nouvelle taille est un événement formidable : il court et bat la campagne, sautant dans les prés, s’enivrant de ses nouvelles sensations de « grand », se cognant aux branches basses, plongeant dans les rivières, à la fois heureux et éberlué de ce qui lui arrive. Pour Mary, c’est un drame, son « petit » devenu grand, que va-t-il bien pouvoir faire ? Et que va dire le patron du cirque, Monsieur Barnaboum ? Celui-ci, pour bourru qu’il soit, n’en est pas moins brave homme, décidant de le présenter comme son neveu au reste de la troupe et prétextant une maladie du nain l’ayant envoyé à l’hôpital pour expliquer son absence.
Pour Valentin, devenu tout ce qu’il y a de plus normal, l’avenir semble tracé : s’intégrer aux maigres effectifs de ce petit cirque de province, faire ses preuves en tant qu’artiste et poursuivre une vie circassienne entamée de longue date. Un projet semé d’embûches et dans lequel la normalité ne se révèlera pas un atout majeur…

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Réalisé pour la télévision française en 1961, Le Nain est tiré d’une nouvelle de Marcel Aymé (dont plusieurs écrits ont été adaptés pour le grand ou le petit écran comme Le Passe-muraille, La Jument verte, La Vouivre, Uranus). Intéressant par son postulat de départ : un nain, vedette de cirque, grandit et perd donc son attrait, il est cependant un peu trop pantouflard et, finalement, platement télévisuel pour vraiment passionner. Le début notamment fait peur, avec une image ayant assez mal vieilli et une calligraphie du titre tarabiscotée et presque illisible. Puis, petit à petit, l’univers se met en place et fait écho à une autre troupe, beaucoup plus pertinente, celle du Freaks de Tod Browning. La Mary de Valentin n’est d’ailleurs pas sans rappeler la gentille gouvernante des microcéphales. C’est néanmoins quand Valentin grandit que le film trouve un peu de rythme : dans la course de son personnage, d’abord, galvanisé par sa nouvelle taille ; dans ses échecs ensuite, à intégrer le spectacle et à trouver sa place au sein d’un numéro. Pas drôle, incapable de rentrer dans la cage aux fauves, se faisant mal à la moindre tentative d’acrobatie, il réalise peu à peu que sa nouvelle normalité lui en a fait perdre une autre, celle du cirque. Au « One of us » que proféraient les hommes-troncs, les lilliputiens, les monstres en tout genre de Browning, ce serait plutôt un « Not one of us » qui lui répondrait ici. D’où une atmosphère teintée d’un peu d’amertume mais d’espoir aussi pour un Valentin condamné à quitter son ancienne vie et à s’en forger une nouvelle.

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