Cinéma Horreur

Le Manoir de la terreur – Andrea Bianchi

Ecrit par Loïc Blavier

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La Notti del terrore. 1981.
Origine : Italie
Genre : Horreur
Réalisation : Andrea Bianchi
Avec : Karin Well, Gianluigi Chirizzi, Simone Mattioli, Antonella Antinori…

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Regarder Le Manoir de la Terreur équivaut à tutoyer les tréfonds pourris des films de morts-vivants nés dans la lignée de la saga de George Romero. D’une nullité sidérante, le film d’Andrea Bianchi tape peut-être encore plus bas que L’Abîme des Morts-Vivants de Jess Franco, qui avait pour lui un fantomatique semblant de scénario. Ici, ce n’est pas le cas. Dès le départ, avant même que le générique n’ait démarré, tout ce qu’il y a à savoir du film a déjà été annoncé. Un vieil anthropologue barbu vivant dans un cossu manoir découvre une malédiction étrusque semblant indiquer que les morts vont se lever de leur tombe. A peine le pauvre homme a-t-il le temps de dire « Mince ! » qu’il est déjà agressé par un zombie. S’ensuit le générique puis l’arrivée des amis du scientifique (plusieurs couples, dont un avec un enfant) dans la baraque, où ils étaient attendus pour écouter les découvertes du vieil homme barbus. Ils ne le trouveront pas, mais ils trouveront des zombies qui ne feront rien qu’à déranger leur agréable séjour.

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Le giallo Nue pour l’assassin l’indiquait déjà dix ans auparavant : Andrea Bianchi n’est pas l’homme le plus consciencieux qui soit. Libidineux, le réalisateur s’y plaisait déjà à faire étalage de grivoises nudités aussi émoustillantes qu’une dinde de Noël. Le voilà qui remet ça ! A peine arrivés, les invités du scientifiques se déshabillent ou enfilent leur lingerie fine, passent au lit (ou dans le gazon), et prennent du bon temps, le tout sous l’œil d’un Bianchi plus voyeur que jamais. Non seulement ces scènes sont d’une laideur peu commune (d’autant que les actrices sont loin de valoir les Bouchet, Neri, Koscina ou Fenech d’antant) mais elles viennent immédiatement décrédibiliser l’introduction. Comment croire une seule seconde que ce vieux barbu poussiéreux, désireux de faire part au monde de ses découvertes, puisse avoir invité de tels abrutis ? Comment envisager ne serait-ce qu’une seconde que ces deux mondes soient associés ? Bianchi ne se pose pas ces questions. Plus cela semble artificiel et plus il se sent à l’aise. Les domestiques servent l’apéritif alors que la maison est assiégée par les morts-vivants. L’une des femmes met le pied dans un piège à loup traînant sur le gazon. La bonne se fait clouer la main dans l’encadrement de la fenêtre suite au prodigieux lancé de clou de la part d’un zombie étrusque probablement athlète. La musique elle-même peine à coller à ce qu’elle illustre. Le réalisateur place n’importe quoi dans son film, le meublant via des scènes et des effets semblant avoir été pensés cinq minutes avant le tournage. Le pire restera certainement ce gamin victime du complexe d’œdipe qui se met à peloter sa mère sans aucun scrupule, et ce en plein milieu des hostilités. La scène en soit est déjà sidérante, mais l’acteur l’est encore plus : il s’agit de Peter Bark, censé jouer un garçon d’une dizaine d’années. Son physique semble étrange. Et pour cause : Peter Bark était alors un « gamin » de 25 ans ne semblant pas avoir connu de puberté !

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Malgré tout, l’horreur occupe les avants-postes de ce scénario hasardeux. Les zombies débarquent de partout, et tels leurs collègues de La Nuit des morts-vivants, ils assiègent la maison dans laquelle les survivants se sont terrés… ou ont fait mine de le faire. Car on ne peut pas dire que leurs barricades soient efficaces : les morts-vivants y rentrent comme dans un moulin. Bianchi est loin d’être Romero, et le pauvre homme aurait été bien incapable d’avoir une idée pour entretenir l’intérêt. D’où sa capacité de placer des zombies dans tous les recoins. Au passage, ces braves ex-hommes sont dans un fort piteux état : non seulement le temps passé sous terre n’a pas joué en leur faveur, mais le maquilleur n’a rien arrangé. Tenant plus du steack haché bien cuit que de la pizza collant à l’assiette, leurs faciès (pratiquement tous les mêmes) menacent à tout moment de se détacher. D’ou peut-être les différences d’interprétations (ou plutôt de déambulation mollassonne) entre les morts-vivants : untel sera toujours replié sur lui même, un autre regardera vers le haut, un autre sera raide comme la justice soviétique, d’autres tendront les bras en avant (caricature éculée du mort-vivant). Les acteurs semblent bien gênés, mais heureusement, leurs vis-à-vis « humains », même sans maquillage, apparaîtront tout autant à côté de la plaque (merci aux doubleurs également). En revanche, le film dispose d’une solide base gore, empruntant volontiers les mêmes recettes que le premier film de cannibales venu, c’est à dire utilisant les abats quémandés au boucher du coin. Cela fait toujours son petit effet et, quitte à choisir, c’est encore la seule chose qui soit à retenir de ce navrant amas de pellicule imprimée opposant bêtement humains et zombies. Même le titre, autant en version française qu’en version italienne, manque d’identité.

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