CinémaComédie

Le Baiser papillon – Hy Averback

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I Love You, Alice B. Toklas !. 1968

Origine : Etats-Unis 
Genre : Comédie 
Réalisation : Hy Averback 
Avec : Peter Sellers, Leigh Taylor-Young, Jo Van Fleet, Joyce Van Patten…

Harold (Peter Sellers), avocat à Los Angeles, se voit chargé par son envahissante mère de retrouver son frère Herbie pour le convier aux obsèques d’un ami de la famille. Hippie convaincu, et donc partant pour célébrer ce départ vers un autre monde, Herbie accepte volontiers cette invitation. Il y vient en compagnie de sa charmante amie Nancy (Leigh Taylor-Young), tellement charmante qu’une fois Nancy séparée de Herbie -le soir-même car c’est ça l’amour libre- elle donne envie à Harold d’imposer ses propres réticences face à son destin programmé, le mariage avec sa secrétaire Joyce (Joyce Van Patten). Et l’avocat de claquer la porte de son propre mariage pour s’en aller compter fleurette à Nancy, adoptant au passage le mode de vie hippie.

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Bien que comportant dans son titre original une référence à une femme de lettres entre autre connue pour ses recettes des “space cakes”, bien que tourné au cœur d’une époque propice à satire, bien que Peter Sellers soit apparu la même année dans la magnifique Party de Blake Edwards pour y dynamiter les conventions du gratin du show business, Le Baiser papillon est loin d’être un film subversif ou même simplement décapant. Il n’est pas non plus à proprement parler conformiste. Disons que le point de vue donné par le réalisateur Hy Averback et ses scénaristes tous deux issus de la série télévisée consacrée au groupe The Monkees (c’est dire si ils ne sont pas méchants) est celui d’un homme en retrait, d’un bon gars qui ne veut se mettre mal avec personne. Tout le monde est visé par le film, que ce soit la bourgeoisie, les hippies, des mexicains, un cadavre et sa veuve, mais personne n’est égratigné. Tous les défauts de ces personnages sont fait au titre d’un humour primaire venant parfois humaniser des défauts qui auraient été sinon trop prononcés pour être acceptables. Ainsi, si la veuve et les mexicains valent surtout pour leur représentation caricaturale (la veuve qui passe ses quelques scènes à pleurer face à l’affront fait à son défunt mari, les mexicains tellement solidaires qu’ils rentrent à dix dans leur petite voiture), preuve de leur rôle minime, la mère et la copine officielle de Harold, qui incarnent la société que tente de fuir ce dernier, ne sont pas pour autant particulièrement tournés en dérision. Leur volonté de tout prendre en main et leur tendance à se perdre en blabla interminable en font surtout sur des personnages réminiscents des comédies screwball. Sur la forme, du moins. Toujours très actifs, volontiers mondains, mais contrairement aux personnages de Howard Hawks ou de Frank Capra ils ne cherchent pas à imposer leurs vues. Première scène conséquente puisque la première à établir le lien entre monde bourgeois et monde hippie, les funérailles donnent le “la” : Herbie a beau arriver à l’église vêtu d’un costume d’indien, le cercueil a beau être mené au cimetière à bord d’un fourgon aux couleurs hippies, personne ne s’en montre réellement affecté, à part la veuve qui n’existe que par ses pleurs. Les scènes de cet acabit sont nombreuses, mais il est très (trop ?) vite évident que jamais Averback ne franchira le Rubicon qui aurait définitivement coupé les deux mondes qui co-existent dans cette Californie de 1968, ce qui l’aurait amené à prendre partie comme Capra l’avait fait pour l’opposition entre les Kirby et les Sycamore dans Vous ne l’emporterez pas avec vous. Pour le réalisateur, cette frilosité a en outre le mérite de ne pas refermer la porte à des éventuelles allées et venues entre les deux parties. En fait, le credo hippie n’est absolument pas pris au sérieux, ce qui explique peut-être que la mère d’Harold et sa copine se montrent si peu offensées par le revirement de celui-ci, qu’elles ne le perçoivent que comme une étape temporaire (par contre, le frangin Herbie, personne ne s’y intéresse !).

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De fait, les hippies du Baiser Papillon sont bien trop sympathiques pour que Averback ne se permette de les ridiculiser. C’est justement la candeur et la nature systématiquement positive de Nancy qui pousse Harold dans le flower power. Ce sont de grands enfants, et l’usage qu’ils font des drogues, c’est à dire dans des gâteaux, contribue à infantiliser l’image qu’ils donnent dans le présent film. Ils aiment tout le monde (y compris les policiers), ils réfléchissent à des concepts métaphysiques pompeux à base de fleurs, et même leur pratique du sexe est pour le moins innocente (avec comme symbole le papillon tatoué sur la cuisse de Nancy, embrassé par Harold en guise de préliminaire). Ils veulent changer le monde en propageant l’amour à des gens comme la mère de Harold… Dans ces conditions, comment peuvent-ils entrer en conflit ? Le scénario n’aborde même pas le devenir professionnel de Harold, l’immergeant sur une période finalement assez courte dans un mode de vie hippie qui n’existe que superficiellement. Si il n’y avait pas les drogues et si il n’y avait pas ce point d’orgue vers la fin du film réunissant de nombreux hippies dans l’appartement d’Harold, il ne subsisterait plus que les décors et éclairages psychédéliques pour caractériser le mode de vie hippie. Nancy à elle seule ne peut le caractériser et, partant, l’histoire d’amour est assez banale. Un traitement de surface laissant à penser que ni Averback ni ses scénaristes ne se sont donnés la peine de se pencher sur les aspects plus pointus du flower power… ou bien qu’ils ont été effrayés à l’idée de donner leur jugement. Le personnage de Peter Sellers reflète à peu près ces atermoiements et constitue la synthèse du refus de prendre position.

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C’est peut être cette fonction hybride de médiateur qui a conduit le scénario à faire si peu de cas du talent de Peter Sellers. Pourtant capable de jouer les énergumènes à la perfection, Sellers avait de quoi briller dans cette comédie ou un avocat prospère devient un hippie de la dernière pluie. Et pourtant, son personnage reste toujours très sobre, y compris lorsqu’il porte les cheveux longs et les costumes colorés. Harold fait plus cela par simple amour que par réelle implication dans un mode de vie qui comme on l’a vu n’est pas développé. Par conséquent, Sellers n’a guère l’occasion de démontrer ses qualités. Quelques scènes nous montre son côté gauche si bien exploité dans The Party, et quelques autres lui permettent d’afficher l’abnégation dans le ridicule d’un inspecteur Clouseau (transposée aux valeurs hippies), mais elles sont bien trop rares pour que le film ne prenne les allures folles d’une comédie de Blake Edwards. Harold est le personnage principal mais compte tenu de la timidité affichée par Averback il ne peut véritablement se lâcher, ni dans le comportement bourgeois ni dans le hippie. L’humour du Baiser papillon provient en fait des autres personnages, que Harold ne fait que singer. Une honte de voir Peter Sellers ainsi brimé.
A force de se faire complaisant, Le Baiser papillon trahit son opportunisme commercial, cherchant à attirer toutes les générations dans la même salle de cinéma, mais avec une tonalité qui, pour libérale qu’elle cherche à se faire passer, est avant tout paternaliste. On retrouve là les tares des scénaristes de la série des Monkeys, ce show télévisé voulant faire jeune mais dont le racolage est toujours latent. Bref, ce film est une simple exploitation commerciale fait par des gens n’ayant pas très bien assimilés les nouveaux apports du cinéma comique, ni ses résonances sociales. On y trouve quelques qualités, mais l’ensemble reste fort éloigné de ce qu’il aurait été si un Blake Edwards s’était occupé du même sujet.

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