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L’Arme fatale 3 – Richard Donner

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Lethal Weapon 3. 1993.
Origine : Etats-Unis
Genre : Je suis trop vieux pour ces conneries
Réalisation : Richard Donner
Avec : Mel Gibson, Danny Glover, René Russo, Joe Pesci…

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Contraints de rendosser l’uniforme suite à une bavure explosive, Riggs et Murtaugh se retrouvent mêlés à une affaire de trafic d’armes à l’aune de l’arrestation mouvementée d’un faux convoyeur de fonds. Alors qu’ils s’apprêtent à l’interroger, celui-ci est assassiné dans les locaux mêmes de la police par Jack Travis, un ancien de la maison. Réintégrés en tant qu’inspecteurs, nos deux compères vont devoir faire équipe avec Lorna Cole de l’IGS afin d’empêcher le flic ripou d’irriguer les rues de Los Angeles avec des armes issues des stocks de la police.

Heureux Richard Donner qui à la faveur de ce troisième volet obtient les coudées franches pour orienter la franchise dans la direction qu’il désire. Frustré de ne pas avoir pu faire de L’Arme fatale 2 la comédie d’action qu’il souhaitait, il se rattrape amplement cette fois-ci, jusqu’à saturation. C’est bien simple, quelle que soit la tonalité de la scène, rares sont celles qui ne possèdent pas leur gag. Tout étant prétexte à rire, il devient dès lors très difficile de s’intéresser un tant soit peu aux déboires de nos deux compères, quand bien même le scénario s’échine à leur apporter une sensible évolution.

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Nous avions quitté Riggs et Murtaugh hilares, semblant défier la mort qui venait de frôler Martin sans avoir osé l’étreindre réellement. Nous les retrouvons trois ans plus tard tels qu’en eux-mêmes, Riggs impulsant toujours le mouvement que son compère s’empresse de suivre, même si au fond de lui, il sait pertinemment qu’en agissant ainsi, ils se dirigent tout droit vers les ennuis. Mais que voulez-vous, Riggs et lui sont désormais à la vie à la mort, leur amitié dépassant largement le cadre de la légalité et de la raison. Bien que l’imminence de sa retraite –plus que 8 jours au moment où l’action démarre– l’amène à être encore plus réticent qu’à l’accoutumée pour suivre Martin dans ses délires, Roger fait contre mauvaise fortune bon cœur. Après tout, c’est en grande partie grâce à lui si Riggs s’est extirpé de sa spirale suicidaire, alors ce n’est pas maintenant qu’il va l’abandonner. D’ailleurs, son nouveau credo consiste à lui faire arrêter la cigarette, autre moyen de se tuer à petit feu selon l’OMS. Tout l’aspect schizophrénique de ces blockbusters transparaît à cette occasion. D’un côté, on tente de sensibiliser sur les méfaits du tabac, et de l’autre, on montre des flics peu soucieux de faire des prisonniers, abattant les méchants par wagon de douze. Le comble est atteint lorsque le personnage principal déclare n’avoir aucun problème pour tuer des gens, mais qu’il serait bien incapable de tuer le moindre animal. Sous couvert de film à grand spectacle, Richard Donner se complaît dans le discours hypocrite, du genre à laisser un sale goût dans la bouche. Il en va de même du fond de l’enquête, qui cherche à donner une caution morale aux actions des deux héros via le trauma de Murtaugh qui intervient à mi film.
Quelque peu perturbé par l’imminence de sa retraite, Roger Murtaugh n’est plus tout à fait lui-même. Plus emprunté et précautionneux qu’à l’accoutumée, il laisse transparaître une certaine lassitude qui semble non feinte. Il faut dire aussi qu’il subit au quotidien la pression de son épouse qui l’enjoint à beaucoup de prudence, et à celle de la société, toujours plus violente avec ces jeunes en rupture de scolarité qui jouent les caïds armés d’automatiques. On craint d’ailleurs à un moment que son fils soit pris dans la tourmente, mais il n’en est rien. Nick demeure un petit gars bien élevé qui ne cherche jamais à s’opposer à son père, quand bien même il trouverait ce dernier un peu vieux jeu. Si les implications du personnage sont d’habitude à chercher dans sa famille (L’Arme fatale, sa fille est kidnappée ; L’Arme fatale 2, sa famille n’est plus en sécurité au sein de la demeure familiale), cette fois-ci elles le seront de manière indirecte. En tuant en état de légitime défense un jeune garçon qui s’avérera être un ami d’enfance de son fils, Roger ne pourra s’empêcher de faire le lien avec sa propre progéniture. L’adolescent qu’il vient d’abattre aurait pu être le sien. Cette prise de conscience entraîne un violent contrecoup qui prend la forme d’une dépression. Légère, la dépression. Et surtout invisible pour nous autres spectateurs. En réalité, celle-ci sert surtout de prétexte pour écarter un temps Roger Murtaugh du fil de l’intrigue, et ainsi permettre le rapprochement entre Martin Riggs et Lorna Cole. Certes, le récit y reviendra tantôt mais encore une fois, ce qui commençait comme une scène à forte teneur émotionnelle (Riggs avoue le rôle important que Roger tient dans son existence) se clôt sur un gag. Ces deux-là ne peuvent décidément pas conserver leur sérieux.
Ce je-m’en-foutisme est également palpable lors de la romance naissante entre Riggs et Lorna. Passée la scène du chien qui ne craint pas de tourner le héros du film en ridicule (déjà friand de biscuits pour chien, Riggs se met à les imiter pour amadouer un rottweiller qui leur barre le passage), le petit jeu de séduction passe par un concours de cicatrices dont le but est de savoir lequel des deux inspecteurs est le plus casse-cou. En soi, le personnage de Lorna Cole est intéressant dans sa manière de s’intégrer parfaitement aux codes de la franchise. De prime abord, nous avons affaire à une femme à poigne prompte à écarter toute accusation de machisme, du moins en opposition à la famille Murtaugh où Trish se complaît dans son rôle de femme au foyer. Or elle apparaît rapidement comme le parfait reflet de Martin Riggs. Ce dernier craque pour elle car au fond, elle lui renvoie sa propre image de flic tête brûlée fan des Trois Stooges. Lorna est une femme « qui en a » ! Du genre à en remontrer aux hommes, parfois plus macho que les machos, loin de ces jeunes femmes trop tendres pour survivre dans ce monde de brutes (cf. l’épouse de Martin Riggs et Rika Van Den Haas). A sa manière, Lorna est aussi une arme fatale, mais en encore plus performante puisqu’à sa puissance de frappe s’ajoute un fort potentiel de séduction.
Roger qui déprime, Martin qui tombe amoureux, tout ça nous éloigne considérablement du fil conducteur, à savoir ce trafic d’armes qui nourrit la guerre des gangs. Et c’est bien là le problème de cette Arme Fatale 3, qui ressemble davantage à un soap qu’à un blockbuster mâtiné de polar. Tout à sa joie de donner dans le comique troupier, Richard Donner traite par-dessus la jambe son intrigue qui ne sert de prétexte qu’au quota de scènes d’action. A ce niveau-là, le film œuvre dans le classique : poursuites en veux-tu en voilà, bastons, et autres explosions (dont une en post-générique, symbolique de ces productions tellement bourrées de fric qu’elles ne craignent pas de dépenser une fortune pour une scène que peu auront vu au moment de sa sortie) remplissent paresseusement le cahier des charges sans génie particulier. Nous sommes encore loin du montage syncopé généralement de rigueur à l’heure actuelle, mais celui-ci n’est néanmoins pas toujours d’une grande limpidité. En outre, Richard Donner ne peut s’empêcher de céder à ses disgracieux ralentis qui donnent l’impression que l’image se dédouble, qui valent signature pour chacun des épisodes. Par ailleurs, certaines idées scénaristiques ne sont guère exploitées, voire carrément abandonnées. Je pense notamment aux balles dum-dum dont la tête permet de perforer les blindages, donc les gilets pare-balles. Alors que leur présence aurait dû laisser peser une épée de Damoclès sur la tête des deux compères en les adjoignant à davantage de prudence, lesdits projectiles ne servent que de simple péripétie à un récit qui ne les convoquent qu’à des fins outrancièrement sentimentales (ce jeune flic dont l’empressement à suivre Riggs et Murtaugh annonce la mort prochaine, le faux suspense autour de Lorna). On peut aussi citer le kidnapping du commissaire, totalement inutile sur le plan dramatique –on ne le voit plus du film dès lors que Riggs et Murtaugh passent à l’action –, et qui ne semble se justifier que par l’envie d’octroyer plus de temps à l’écran à un fidèle de la saga. A vrai dire, le film dans son ensemble prend des allures de réunion d’anciens élèves. Chacun a droit à sa petite scène (l’ouvrier qui agrandissait la maison des Murtaugh dans le deuxième volet refait une apparition à la faveur du director’s cut de ce troisième épisode qui réintègre la scène dans laquelle il jouait) pour le plus grand bonheur des fans, du moins j’imagine. Pour les autres, la saturation menace à force des gesticulations incessantes de Mel Gibson et Danny Glover, qui semblent vouloir rivaliser sur le terrain de Joe Pesci, de retour et plus irritant que jamais.

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L’Arme fatale 3 avait vocation à fermer la boucle, cet épisode-ci s’achevant comme un symbole là où s’ouvrait le premier film : Murtaugh dans son bain, rejoint par sa famille pour fêter un grand événement (ses 50 ans en 1987, sa retraite en 1992). Qualitativement parlant, ce troisième épisode est le plus faible de la saga. Éreintant à force de vouloir faire rire à tout prix (même la musique participe de cette volonté, apportant un contrepoint à chaque gag), L’Arme fatale 3 s’impose comme le patron d’une multitude de blockbusters sans saveur qui déferleront sur les écrans les années suivantes, parmi lesquels on retrouvera un dénommé L’Arme fatale 4. Comme c’est étrange…

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