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L’Abominable Dr.Phibes – Robert Fuest

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The Abominable Dr. Phibes. 1971.

Origine : Royaume-Uni / États-Unis
Genre : Rancune tenace
Réalisation : Robert Fuest
Avec : Vincent Price, Joseph Cotten, Virginia North, Terry Thomas…

Le docteur Anton Phibes (Vincent Price) n’est plus que haine envers son prochain depuis que sa femme a trouvé la mort lors d’une opération médicale. Lui-même laissé pour mort à la suite d’un accident de voiture, alors qu’il venait d’apprendre la triste nouvelle, il a eu tout le loisir de peaufiner sa terrible vengeance. Dans sa ligne de mire se trouvent les neuf membres du corps médical qu’il tient pour responsable du décès de son épouse.

Vincent Price est, à l’instar de Peter Cushing ou Christopher Lee, une figure emblématique du cinéma fantastique. Durant près de quatre décennies, il a hanté les rêves de nombreux spectateurs, dont le plus fameux, Tim Burton, lui rendra hommage à maintes reprises. D’allure aristocratique et longiligne, Vincent Price se caractérise surtout par sa voix. Grave et caverneuse, celle-ci a presque autant contribué à sa célébrité que ses nombreux rôles au cinéma et à la télévision, grâce au succès planétaire de la chanson “Thriller”. La voix, c’est justement ce qu’il a perdu dans le film de Robert Fuest. Les rares fois où il s’exprime, il le fait par l’intermédiaire d’une création de son cru. Il en sort une voix aux sonorités métalliques, à des lieues de sa voix habituelle de stentor. Ce procédé sert au mieux un personnage qui n’a plus grand chose à voir avec les vivants. Il s’accorde un sursis, le temps de venir à bout de tous ceux qu’il estime responsable de la mort de sa femme. Tel un ange de la mort, il met en route un implacable processus que personne ne peut enrayer. Véritable héros tragique, le docteur Phibes bénéficie de surcroît de l’apport non négligeable d’un acteur au sommet de son art. Tour à tour pathétique et impitoyable, Vincent Price compose un personnage attachant, bien que capable des pires atrocités. A ce titre, il se situe dans la droite lignée du fantôme de l’opéra, autre héros tragique dont les crimes ne sauraient faire oublier toute la profonde détresse tapie au fond d’eux. Comme la célèbre création de Gaston Leroux, Phibes est atrocement défiguré et se cache derrière un masque. Un masque à son image, vaine illusion d’un passé définitivement révolu.

Le point de départ de L’Abominable docteur Phibes est des plus classiques. Un homme, meurtri dans son cœur et dans sa chair, tient à se venger. Le film trouve son originalité non pas de son thème, mais des moyens employés par le docteur Phibes pour mettre son machiavélique plan à exécution. La vengeance n’est pas seulement un plat qui se mange froid, c’est aussi un plat qui s’accommode fort bien à toutes les sauces et qui plait au plus grand nombre. Homme cultivé et ancien artiste de music-hall, Phibes œuvre dans le raffinement et le haut de gamme. A chaque médecin, une mort différente, calquée sur les dix plaies d’Égypte : les abeilles, les rats, la grêle, entre autres joyeusetés. Ces mises à mort sont réglées comme du papier à musique, si bien que la police demeure totalement impuissante face à ce déferlement de cadavres. L’humour du film naît de ce décalage. Les inspecteurs de police ont toujours un train de retard, ou alors sont les témoins médusés et impuissants des meurtres perpétrés par Phibes. Ainsi, l’une des scènes les plus marquantes montrent les policiers “dévisser” une des victimes venant, sous leurs yeux, d’être clouée au mur par une licorne en bronze. Auteur de quelques épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir période Tara King, Robert Fuest est rompu aux univers excentriques et décalés. Et cela se retrouve dans L’Abominable docteur Phibes qui, de par son aspect et sa tonalité, évoque à maintes reprises l’esprit de cette révolutionnaire série. Robert Fuest réalise un film d’une grande beauté plastique qui fait honneur au génie mortel de son personnage principal. Et, par là même, il prouve qu’on peut encore produire du bon cinéma malgré un sujet usé jusqu’à la trame. Pour cela, il suffit de quelques trouvailles, d’une mise en scène soignée, et d’acteurs au diapason.

Bien que la fin du film soit sans équivoque, une suite a vu le jour l’année suivante, judicieusement baptisée Le Retour de l’abominable docteur Phibes. Pour accroître le standing de celle-ci, et sans doute convaincre les quelques réticents qui jugent que le docteur Phibes avait parfaitement accompli sa tâche, Peter Cushing se joint à l’aventure, toujours sous la direction de Robert Fuest. En l’espace de seulement deux films, notre bon docteur aura ainsi réussi à se faire une place aux côtés des plus grandes figures du cinéma fantastique.

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