Cinéma Comédie Drame

La Vie aquatique – Wes Anderson

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The Life Aquatic with Steve Zissou. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Wes Anderson
Avec : Bill Murray, Owen Wilson, Cate Blanchett, Willem Dafoe…

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Wes Anderson est un de ces très grands réalisateurs qui parviennent a créer un univers qui leur est propre à chacun de leurs films. J’ai découvert ce réalisateur assez tardivement avec le sublime A bord du Darjeeling Limited que j’étais allé voir avec émerveillement après avoir été intrigué par sa bande annonce. Bien qu’étant un réalisateur des plus commerciaux aux États Unis (il est produit par Disney quand même) il faut avouer que de notre coté de l’Atlantique il jouit d’une renommée bien plus timide, mais une petit renommée tout de même qui a justement commencé réellement avec La Vie aquatique qui nous intéresse ici.
Il est vrai que le cinéma de Wes Anderson est assez inclassable, protéiforme, voire insaisissable même. En tout cas il m’avait laissé muet d’admiration après A bord du Darjeeling Limited ce qui n’est pas rien. Mais revenons à La Vie aquatique, précédent film du monsieur.

Ça raconte les aventures de Steve Zissou, personnage sympathique qui porte la triple casquette, ou plutôt le triple bonnet en l’occurrence, de réalisateur, d’océanographe et d’aventurier. Il est accompagné d’une singulière équipe faite de fidèles qui le suivent depuis longtemps, de stagiaires bénévoles, d’une journaliste enceinte et de Ned, un type dont je vous laisse découvrir l’importance dans l’histoire. En compagnie de tout ce beau monde, il part à la recherche du requin-jaguar pour aller l’exploser à coup de dynamite parce que ladite bestiole a boulotté son meilleur ami lors du tournage d’un documentaire…
Voilà, on en dira pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue. Si ce n’est que cette histoire de requin-jaguar est bien évidemment un Mac Guffin (ceux qui ne connaissent pas Hitchcock iront chercher sur internet ce que ça veut dire) qui entraîne les personnages du film dans une suite d’aventures rigolotes, tragiques, tendres, tristes et belles comme la vie.

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Bon alors tout ça s’inspire évidemment du personnage de Cousteau mais Anderson se le réapproprie totalement pour faire de son film quelque chose d’autre, qui ne ressemble à rien de connu et semble échapper à toute tentative de classification. Encore qu’on pourrait y trouver bon nombre de thèmes qui parsèment toute l’œuvre du cinéaste dont le plus évident est la famille. Une famille étrange dont les liens qui unissent ses différents membres ne sont jamais tout à fait de sang mais dont les rapports sont profondément humains et sincères. Et de l’autre coté de la caméra, on trouve aussi une famille, celle dont Wes Anderson s’entoure pour ses tournages. Et parmi ses membres les plus importants il y a bien sûr le formidable Owen Wilson, acteur et co-scénariste dans tous les précédents films de Anderson. Mais il y a aussi le fantastique Bill Murray qui suit le cinéaste depuis Rushmore en 1998 et Anjelica Huston présente dans La Famille Tenenbaum.
Mais finalement ce ne sont ni les thèmes du film ni ses acteurs formidables au demeurant qui font de lui cette petite perle qui brille d’un éclat si vivace. Non, si La Vie aquatique parvient à se démarquer à ce point c’est surtout grâce à une mise en scène complètement géniale et surtout éminemment cinématographique ce qui, je ne vous le cache pas, fait énormément de bien aux yeux en ces temps où le gros plan télévisuel et le montage fadasse qui va avec semblent devenir peu à peu la norme. La Vie aquatique c’est du cinéma donc, et du bon. Anderson s’amuse comme un fou en faisant des plans extrêmement sophistiqués mais dont l’évidence et la pertinence leur donnent une apparente simplicité très efficace. Il use avec intelligence de tout le panel d’outil à la disposition du réalisateur, cadrage, montage, musique, … pour faire de son film un petit bijoux de mise en scène. Et cette sophistication ne verse jamais dans l’ostentatoire, ni même ne peut réellement être distinguée du scénario tant tout est intelligemment imbriqué. Anderson use de la mise en scène comme un formidable outil narratif et émotionnel, soit exactement ce que devrait être le cinéma. Rien que l’extraordinaire palette de couleurs utilisée harmonieusement par le film. La Vie aquatique c’est beau. Les effets spéciaux du film, utilisés pour recréer toute une faune sous-marine complètement inventée, sont particulièrement merveilleux et se placent à des lieux au dessus de tout l’attirail d’effets pseudos réalistes utilisés très largement par tous les films dit du « cinéma du réel » (soit au bas mot facilement 90% de la production…) qui s’efforcent par tous les moyens de singer une réalité sans relief et de se plier à ses lois alors qu’il est tellement plus beau de faire preuve de créativité et d’imagination. Signés Henry Selick (réalisateur de James et la pèche géante et de L’Étrange Noël de Mr Jack) ils remplissent parfaitement leur office, notamment lors d’un final sublime et émouvant. La Vie aquatique, c’est de la poésie.
Mais au-delà des effets spéciaux, c’est toute l’histoire qui baigne dans une douce absurdité qui l’inscrit indiscutablement et manifestement dans le domaine de la fiction. Jamais Anderson ne cherche à nous montrer quelque chose qui s’approche un tant soit peu de la réalité, et sacrifie le réalisme à la narration. Son film est finalement l’un des seuls actuels qui tente vraiment de nous raconter une histoire, et pas de verser dans une surenchère de spectaculaire. Et le plus beau dans tout ça, c’est que c’est totalement gratuit, le film n’a pas de message à faire passer ni de grand discours à clamer, c’est de la fiction pour le plaisir de rêver, qui fonctionne uniquement via la suspension volontaire d’incrédulité sur le plaisir que retire le spectateur à se perdre dans les méandres de l’irréel. Mais ce n’est pas parce qu’on baigne dans l’irréel que Anderson ne soigne pas ses personnages. Au contraire, si l’histoire appartient du domaine de la fiction les personnages eux sont criant de vérité et possèdent une épaisseur psychologique propice à faire ressentir un panel d’émotion très large aux spectateurs. En effet, les personnages constituent même le véritable cœur de l’intrigue, qui se tisse autour de leurs relations et interactions. La structure du film se compose en réalité d’un ensemble de petites scénettes parfois drôles, parfois plus graves, parfois les deux à la fois, mais toujours colorées, qui s’enchaînent avec un naturel et une logique époustouflante, ce qui donne au film une vraie cohérence d’ensemble et ne le fait pas ressembler à un rassemblement de sketches disparates. Ce qui est paradoxal c’est que malgré cette forte homogénéité, ce qui se dégage du film une fois fini c’est une sorte de fatras merveilleux, à la fois très harmonieux et complètement chaotique, un ensemble de sentiments antinomiques et extrêmement variés, de couleurs chatoyantes et pastel. La Vie aquatique, ça ne ressemble à rien, c’est unique, c’est formidable tout simplement.

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