Cinéma Péplum

La Vengeance d’Ursus – Luigi Capuano

Ecrit par Loïc Blavier

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La vendetta di Ursus. 1961.
Origine : Italie
Genre : Péplum
Réalisation : Luigi Capuano
Avec : Samson Burke, Wandisa Guida, Livio Lorenzon, Roberto Chevalier…

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Ursus n’est pas un mauvais bougre. Quoi qu’étant amoureux de la princesse Sira (Wandisa Guida) qui le lui rend bien depuis qu’il lui a sauvé la vie, il refuse de l’épouser au motif qu’il ne serait pas assez noble pour elle. Cela arrange bien Alteo, Roi de Lycie et père de Sira, qui refourgue donc sa progéniture à Zagro (Livio Lorenzon), Roi du royaume de Curie. En route vers son futur mari, Sira s’arrête chez Ursus, qui s’est reconverti en paysan en compagnie de son petit frère Dario (Roberto Chevalier). Les adieux sont de courte durée, puisque Ursus déjoue une attaque de brigands attirés par le convoi royal et décide de jouer les gardes du corps jusqu’au château de Zagro. La cérémonie passée, Ursus repart chez lui et se fait arrêter en chemin par un émissaire de Zagro, qui l’informe que Sira est en grand danger et qu’il faut aller prévenir Zagro. C’est un piège destiné à le neutraliser ! En fait Zagro projette d’épouser Sira pour dans un premier temps devenir l’héritier de Lycie avant d’assassiner Alteo et de s’asseoir sur le trône.

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Luigi Capuano est un de ces vétérans du cinéma italien qui œuvrèrent principalement au sein de la vague de films en costumes qui domina le pays dans les années 50 et 60. Passée cette époque, ces réalisateurs eurent bien du mal à se convertir aux westerns tels que définis par les Leone, Corbucci ou Sollima, prenant généralement une retraite bien méritée ou continuant dans la voie d’un cinéma désuet pas forcément appelé à faire école. C’est là que l’on se rend compte que la période « péplum » ou « aventures exotiques » du cinéma italien n’a finalement pas grand chose à voir avec celle des westerns, des gialli, des polars ou de l’horreur des années 70. Les raisons en sont multiples. Si ce n’est pour quelques maîtres tapant dans la catégorie au-dessus (Rosselini, Fellini, Antonioni…) ou quelques précurseurs inspirés et audacieux (Mario Bava), peu de réalisateurs s’étaient aventurés à imaginer qu’un film italien puisse rivaliser avec Hollywood, surtout dans un genre tel que le péplum, demandant beaucoup de soin dans sa conception. Destinés le plus souvent à un marché international, les péplums se sont montrés particulièrement timorés, voire conservateurs. La morale des réalisateurs vétérans a peut-être jouée, de même que la censure américaine toujours aux aguets (un Caligula ne serait jamais passé dans les années 50), mais toujours est-il que les péplums italiens n’ont jamais vraiment joué la carte de l’outrance comme le feront les westerns, qui ironie du sort, conduiront les américains eux-mêmes à modifier leur perception du genre. Non, le péplum italien s’est surtout évertué à respecter les convenances, et c’est ce qui le rend à mes yeux moins attrayant que les genres en vogue dans les années 70. Ce qui ne veut pas dire que ces films n’avaient aucune qualité, loin de là. Mais hormis peut-être lorsqu’ils se teintent de mythologie fantastiques, ils réservent nettement moins de surprises, et au final ils ne s’imposent pas vraiment dans les mémoires. La Vengeance d’Ursus est typique de cette donne : un film au demeurant bien foutu, mais manquant cruellement de caractère. En fait, rien que les héros de péplums sont interchangeables. Tout ce qu’on leur demande est d’être culturistes. Ici, il s’agit de Samson Burke, dont il s’agit du tout premier film. Mais ça aurait pu aussi bien être Steve Reeves, Reg Park ou autre Gordon Mitchell… C’est d’ailleurs ce dernier qui a fait venir Burke en Italie, où comme la plupart de ses collègues (Mitchell est un contre-exemple, puisqu’une fois dégonflé il tournera dans de nombreuses bisseries) il connaîtra une carrière limitée au péplum. Tout comme eux, il reste inexpressif du début à la fin, ce qui laisse perplexe vis-à-vis de ce qu’on lui demande. Et dans le cas de La Vengeance d’Ursus, Capuano a poussé le bouchon un peu loin, puisqu’en plus d’être d’une force herculéenne, Ursus doit également être très intelligent pour déjouer les plans du méchant Zagro et passionnément romantique pour justifier l’amour que lui porte la belle Sira. C’est beaucoup trop pour ce pauvre Samson Burke ! Surtout que Capuano ne fait pas dans la dentelle : l’amour qu’il décrit est plus chevaleresque qu’antique, c’est à celui des deux amants qui aura le plus de paroles doucereuses pour l’autre. Alors quand on est acteur débutant, que l’on est culturiste et pas très finaud, la tâche est quasi impossible. Le ridicule n’est pas loin, surtout que Burke entretient son image très peu romantique de culturiste pur et dur en prenant la pose à chaque fois que le scénario lui permet de montrer sa musculature en action. C’est à dire souvent, voire trop souvent, quitte à ce que le prétexte devienne extravagant, comme par exemple ce défi où Ursus doit vaincre un éléphant au tir à la corde. Tout est bon pour magnifier le héros, en faire un être parfait, et métaphoriquement parlant, l’acteur n’a pas les épaules pour. Ses collègues sont un peu plus doués que lui, mais hélas leurs personnages sont moins élaborés : la princesse à secourir, le vieux roi faible, le roi méchant, le gamin débrouillard, l’hypocrite, la femme arriviste, le villageois opprimé etc etc… Tout ceci témoigne de la volonté du réalisateur de pousser l’expression des sentiments dans ses derniers retranchements : le spectateur ne doit avoir aucun doute sur l’opinion à avoir des divers personnages, les sentiments se doivent d’être fort marqués et rester uniques à chaque personnage. La sympathie, la compassion, la haine, le pardon… Nous ne sommes pas loin d’être dans un guide de la bonne morale. Mais on ne peut vraiment en tenir rigueur à Capuano. A la différence de certains films plus contemporains, la mono-caractérisation des personnages ne découle pas de la paresse des scénaristes ou du mépris pour l’intelligence des spectateur. Le réalisateur est honnête, il tient vraiment à obtenir cette touche emphatique que l’on peut trouver dans les récits antiques. Il y parvient à peu près, et même Samson Burke essaye de mener à bien ce qu’on lui demande (il n’y réussit pas, mais au-moins n’affiche-t-il pas de je-m’en-foutisme ni de dérision). Et puis l’avantage du procédé 1 personnage = 1 sentiment est que plus les personnages sont nombreux, plus le film est mouvementé. C’est qu’il faut bien les justifier, tous ces sentiments ! Et cela se fait par le biais de l’aventure, des coups de théâtre et des scènes d’action. Avec son sujet concentré sur des intrigues de palais riches en protagonistes, La Vengeance d’Ursus en regorge. De plus, le film est admirablement mis en scène : à l’aide de plans larges, Capuano arrive à capter la richesse de ses décors pastels, par ailleurs superbement photographiés, et la beauté de ses scènes d’extérieurs verdoyants. Ce n’est pas un hasard si c’est un péplum qui bénéficia pour la première fois du cinémascope (La Tunique de Henry Koster en 1953). Souvent très beau, marqué du sceau de l’architecture antique, le péplum est propice à la magnification de ses images. Un principe qu’a bien compris Capuano. La Vengeance d’Ursus n’est en fin de compte qu’une leçon bien récitée, avec quelques cafouillages et sans apport personnel. Ça mérite la moyenne, ni plus ni moins.

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