Cinéma Western

La Rivière rouge – Howard Hawks

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Red River. 1948.
Origine : Etats-Unis
Genre : Western
Réalisation : Howard Hawks
Avec : John Wayne, Montgomery Clift, Joanne Dru, Walter Brennan…

Ted Dunson et Groot suivent un convoi de pionniers faisant route vers la Californie. Ils décident pourtant de l’abandonner pour tenter leur chance au Texas. Ne souhaitant pas que sa fiancée encourre les dangers qu’il risque de rencontrer, Ted lui fait ses adieux en lui léguant un bracelet ayant appartenu à sa mère. Il retrouve celui-ci sur le poignet d’un indien mort : le convoi a été massacré et seul un jeune garçon, Matthew Garth, y a miraculeusement survécu. Dunson décide de le recueillir et de l’élever comme son propre fils. Parvenu sur les bords de la Rivière Rouge, Dunson imprime sa marque sur son taureau et la vache de Matt : il souhaite que ces deux bêtes soient à l’origine d’un futur grand cheptel. Il s’approprie des terres sur lesquelles, à force de travail, ce qu’il avait prévu se concrétise. En effet, 14 ans plus tard, le voici propriétaire d’un vaste domaine et à la tête d’un immense troupeau qu’il ne peut malheureusement plus vendre : la guerre de Sécession ayant fait des ravages dans le Sud, la région est désormais trop pauvre et les éventuels acheteurs inexistants. Dunson se met alors en tête d’aller au Missouri avec son troupeau, et ni les voleurs de bétails, ni les intempéries, ni les dangers du voyage ne semblent pouvoir entamer sa détermination…

Borden Chase est l’auteur de cette histoire appelée alors à devenir un immense classique du western. Il la tire de son propre roman The Chilsom Trail, à la demande de son ami Howard Hawks qui en a acheté les droits. Mais Hawks fera également intervenir un autre scénariste de renom, Charles Schnee, qui apporte ses propres modifications à l’histoire.
Fin connaisseur de « l’Ouest sauvage », Chase avait à l’origine inscrit son roman dans une trame historique précise : en effet lors de la guerre de session la majorité des fermiers texans s’enrôlent, laissant le bétail à l’abandon s’accroître plus que d’ordinaire. A la fin du conflit, les sudistes vaincus n’avaient plus les moyens de se payer de la viande de bœuf. Alors que dans le Nord du pays on en manquait cruellement suite aux augmentations de populations dues à l’arrivée d’immigrants. Le livre narre donc les aventures des deux hommes qui ouvrent officiellement cette piste pour le bétail après avoir fait franchir la rivière rouge à 250 000 têtes en 1866.

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L’histoire de ce western est donc plutôt ambitieuse pour un Howard Hawks qui réalise ici ses premiers pas dans un genre qui lui vaudra la célébrité. C’est également la première fois qu’il tourne avec John Wayne. Le rôle de Dunson était à l’origine prévu pour Gary Cooper, mais celui ci s’effraie devant ce rôle de personnage mégalomane et antipathique et refuse de salir ainsi son image de « bon américain ». C’est alors que John Wayne, de moins en moins satisfait des critiques qui dénigrent ses dons de comédiens, s’intéresse à ce rôle ambigu : il voit la possibilité d’exprimer toutes les nuances de son jeu d’acteur dans ce personnage à la psychologie fouillée. Apprenant la nouvelle, John Ford (autre très grand nom du western, est-il besoin de le rappeler ?), qui avait tourné La Chevauchée fantastique avec Wayne, envoie une note à Hawks disant : « Prends soin de mon gars Duke et fait un bon film ».
La Rivière Rouge est également le premier (et seul) film que Hawks produira via sa propre compagnie Monterey Productions. Les difficultés rencontrées lors d’un tournage qui s’avéra un gouffre financier et ralenti par les fantaisies du climat sonneront le glas de la société fraîchement créée et Hawks ne renouvellera jamais l’expérience.

Pourtant son film est une très grande réussite, alliant un scénario ingénieux, un casting idoine et une mise en scène des plus réussies.
Outre John Wayne, le casting comporte toute une galerie de seconds rôles qui ont marqué le western : Harry Carey et son fils qui font parie des acteurs fétiches de Ford avec Hank Worden, mais aussi Walter Brennan, qui avait déjà joué dans Le Port de l’angoisse de Hawks et qui le retrouvera dans le mythique Rio Bravo, ou la très jolie Joanne Dru (qui jouera aussi dans La Charge héroïque de Ford) et le jeune premier Montgomery Clift qui campe un Matt très charismatique.
Le casting est d’autant plus primordial que Hawks a pour ambition de distinguer son film des autres westerns de cette époque en lui donnant un coté « adulte » via ses personnages très fouillés. Là où les westerns son réputés pour mettre en exergue les valeurs traditionnelles américaines au moyen de personnages héroïques mais stéréotypés, Hawks fait du héros un personnage héroïque certes, mais obstiné à un tel point qu’il en devient tyrannique et sadique : au début du film il n’hésite pas à se séparer de la femme qu’il aime (dans un plan absolument sublime qui fera école), puis il ne vole pas au secours du convoi attaqué par les Indiens, estimant qu’il est déjà trop tard et ainsi de suite… Son caractère deviendra de plus en plus dur avec les années et il faut le voir annoncer froidement qu’il préfère pendre les déserteurs plutôt que les tuer d’une balle. Face à ce personnage plutôt antipathique (mais magistralement interprété par le très grand John Wayne), Hawks oppose celui de Groot, qui fait office de ressort comique. Notamment grâce à un de ces gags à répétition qu’il aime tant où l’on voit le pauvre Groot contrait de partager avec un indien son dentier, dont il a perdu la moitié au poker !
Il y a aussi le charismatique Matt, considéré comme un fils par Dunson, mais dont il accepte de plus en plus mal le sadisme et la tyrannie. Hawks explore les relations entre ses personnages, et n’hésite pas à les complexifier. Ainsi, en suivant l’évolution de ses personnages, il instaure tranquillement une véritable tension morale, qui deviendra de plus en plus forte jusqu’à éclater lors du dénouement.

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La mise en scène de virtuose du réalisateur s’allie avec un rythme plutôt lent, qui pourra décevoir ceux qui s’attendent à de tumultueuses scènes d’actions illustrant la bravoure des hommes. Le film ne manque cependant pas de scènes spectaculaires, mais celles-ci permettent plutôt d’illustrer la rudesse de la vie à l’époque. En ce sens le film revêt un caractère quasi documentaire, et Hawks a soin de détailler tous les évènements quotidiens de la vie de ces cow-boys.

La Rivière rouge est assurément un très grand western, par la richesse de ses thématiques et la puissance des images. C’est à la fois une œuvre à la grandeur épique et à dimension humaine. Un très grand film à voir absolument.

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