Cinéma Horreur

La Prochaine victime – Skip Schoolnik

Ecrit par Loïc Blavier

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Hide and go shriek. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Slasher
Réalisation : Skip Schoolnik
Avec : Brittain Frye, Bunky Jones, Donna Baltron, Annette Sinclair…

Pour fêter leur prochaine entrée à l’université, quatre couples de sacripants profitent que le père d’un des gars de la bande soit le patron d’un magasin de meubles pour s’immiscer de nuit dans la boutique vide afin d’y batifoler sans retenue. C’était sans compter sur la présence d’un tueur d’ambiance et de jeunes cons.

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Mais qui est donc le tueur ? Très certainement le même qui s’est maquillé pour aller zigouiller une prostituée dans le générique, allez vous me dire. Mais encore ? Se pourrait-il que ce soit ce nouvel employé à la manutention, dont les vendeurs se méfient ? La sinistre cave du magasin où il vit en solitaire couverait-elle les mauvaises intentions de ce taulard à la mine patibulaire et au tatouage de serpent récemment libéré ? Au risque de vous gâcher la surprise, je vous répondrai par la négative. Il aurait de toute façon fallu être bien distrait pour ne pas dédouaner très tôt ce pauvre bougre qui hérite du rôle du principal suspect qui, comme l’amateur le moins assidu des thrillers doit le savoir, désigne rarement le vrai coupable. Stuart Schoolnik (dit « Skip Schoolnik » probablement depuis ses débuts scolaires, puisque le jeu de mot sur skip school -sécher l’école- n’est pas particulièrement distingué), le réalisateur, n’a guère fait d’efforts pour préserver le doute. Ne serait-ce que parce que bien qu’il agisse dans l’ombre, il n’est pas difficile de voir que le tueur n’arbore pas de tatouage sur les bras. En étant vigilant, on pourra même distinguer son visage… En revanche, il a le même tatouage de serpent sur le pied, ce qui du coup implique que notre homme a un lien avec l’ancien taulard. Et cette fois, je me garderai bien de vous le révéler, car il serait dommage d’éventer un tel moment de bravoure. Les motivations du tueur, son look et sa personnalité -et même le sort qui l’attend, digne de La Cité de la peur, la parodie de slasher des Nuls- comptent en effet parmi les plus consternantes résolutions que n’aient jamais pu fournir les slashers. Mais de toute façon, même basée sur une idée moins… pittoresque, ce final n’aurait pas été en mesure de convaincre qui que ce soit. La Prochaine victime (titre d’une édition DVD au rabais, dont l’officialité est donc à prendre avec des pincettes) souffre dans sa globalité du trop fréquent syndrome du slasher paresseux. A savoir que comme beaucoup d’autres, il est structuré selon un plan établi avec la même rigidité qu’un plan de dissertation scolaire. La présentation des personnages, le début des meurtres, la prise de conscience générale et enfin le dénouement. Skip Schoolnik porte bien mal son surnom. Peut-être est ce sa formation de monteur (rien de bien folichon à son actif, à part peut-être le poste de co-monteur sur Halloween 2… 20 ans plus tard, il fera aussi dans la production sur les séries Buffy et Angel) qui l’a ainsi poussé à concevoir un film aux différentes parties aussi grossièrement délimitées, mais toujours est-il qu’il reprend un schéma peu emballant qu’il équilibre en outre fort mal, faute d’un scénario intéressant. C’est ainsi que l’on se retrouve avec des personnages qui disposent de la moitié du film pour nous convaincre de leur bêtise sans jamais réussir à faire sourire. Ça braille, ça roucoule, ça picole, ça s’amuse à se faire peur (avant qu’ils aient vraiment peur, bien sûr). Ce sont les idiots habituels, divisés en couples que l’on pourrait vaguement caractériser comme suit : les forts en gueules, les BCBG, les romantiques et les puceaux. Rien de neuf là-dedans, et surtout pas l’humour. Pas même un personnage qui se distinguerait du lot et que l’on pourrait qualifier de « héros ». Et tout ce petit monde passe bien entendu régulièrement entre les draps, ce qui permet de dénuder les actrices pour faire passer le temps. Et disséminés ici où là, c’est à dire n’importe quand vu que ce procédé n’est qu’un leurre, se trouvent quelques plans annonçant le massacre à venir (généralement le tueur, qui en profite pour boucler les issues). Enfin il convient de préciser que le massacre n’en est pas vraiment un. Bien que le point de départ soit similaire, nous sommes malheureusement bien loin du très amusant Shopping de Jim Wynorski, qui d’une part savait bien mieux gérer son temps et qui d’autre part ne lésinait pas sur l’horreur. Dans La Prochaine victime, Schoolnik ne fait qu’égrener mollement son décompte macabre (malheur à celui qui quitte le lit conjugal pour une raison ou une autre), le plus souvent avec la sobriété d’un thriller. Point de gore, point de meurtres inventifs (à part le dernier, deux minutes avant la fin), mais une noyade dans un lavabo, et quelques embrochages dans un cadre sombre censé préserver un frisson qui n’aura jamais été ressenti et l’identité d’un tueur qui ne fait aucune importance. Ainsi le réalisateur passe à côté de son sujet : ou bien il en assumait le vide abyssal en le dotant d’un second degré horrifique remuant, ou bien il mettait en forme quelque chose de moins débile pour réussir à faire naître un minimum d’angoisse. Mais il ne peut réussir l’un et l’autre, sous peine d’aboutir à ce résultat, à savoir un slasher sans sang, sans humour autre que celui de personnages écervelés et sans rythme. Même lorsque les survivants se rendent enfin compte de la panade dans laquelle ils sont plongés, Schoolnik ne réussit pas à sortir de l’ornière. Au contraire, il prolonge davantage les longueurs en nous imposant des scènes de couloir dans lesquelles les personnages se promènent aux milieu des ombres ou des lumières rouge vif soudainement apparues, l’œil aux aguets, prêts à sursauter dès qu’ils aperçoivent la silhouette des mannequins qui peuplent ce magasin de meubles. Le tout avec une musique stressante vaguement ressemblante à celle de Halloween. Des sursauts faciles et récurrents pour entretenir le suspense, ou plus exactement pour faire croire qu’il se passe quelque chose. Un vrai trompe l’œil sans lequel tout ce que l’on remarquerait, c’est que les survivants (et il y en a hélas beaucoup, la moitié du groupe) errent sans raison dans les couloirs, bien décidés à « se battre » pour reprendre l’expression dont ils se gargarisent. Qu’ils soient armés de faux bras ou de fausses jambes piqués à des mannequins ou qu’ils se comportent comme une basse-cour en folie dès qu’ils tombent sur un cadavre n’aident pas vraiment à les prendre au sérieux. Cela ne fait que démontrer une fois de plus que La Prochaine victime n’est qu’un slasher sans attrait, embourbé dans le stéréotype le plus bête et le plus inoffensif. Aucune audace, aucune imagination, juste un dénouement ridicule (c’est bien la seule chose qui restera dans les mémoires) se prolongeant jusqu’à l’inévitable pirouette finale annonçant une séquelle qui ne verra jamais le jour. Triste et pathétique spectacle.

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