CinémaHorreur

La Malédiction du Pharaon – Lucio Fulci

maledictionpharaon

Manhattan Baby. 1982

Origine : Italie
Genre : Horreur
Réalisation : Lucio Fulci
Avec : Christopher Connelly, Martha Taylor, Brigitta Boccoli, Giovanni Frezza…

C’est une bien mauvaise presse qui accompagne généralement cette Malédiction du Pharaon pourtant loin d’être aussi mauvaise que les premiers Fantômes de Sodome venus. Lucio Fulci sortait alors d’une période dorée (L’Enfer des zombies, Frayeurs, L’Au-delà, La Maison près du cimetière, L’Éventreur de New York, tout ceci en trois ans) et venait de prouver, si il en était besoin, son grand talent de cinéaste spécialisé dans l’horreur. La réputation flatteuse qu’il venait d’acquérir (ou qu’il acquerra de façon posthume) n’était pas faite pour aider les spectateurs à lui pardonner une quelconque baisse de régime, aussi peu prononcée soit-elle. Oui, La Malédiction du Pharaon n’est pas le meilleur film du réalisateur. Mais pourtant, cette cinquième et dernière collaboration avec le producteur Fabrizio De Angelis, si elle est effectivement la moins fructueuse, n’est pas complètement honteuse, loin s’en faut.

Fulci s’attarde ici sur le cas de George Hacker (Christopher Connelly), un archéologue sur les traces des adorateurs du mal dans l’Égypte antique. Ayant pénétré avec son guide dans un tombeau consacré, il en sortit seul, son camarade ayant été empalé par l’un des pièges de la pyramide, et aveugle, des rayons bleus émanant d’un mystérieux symbole lui ayant attaqué les rétines. Revenu chez lui à New York, il recouvre assez vite la vue. Mais des événements plus étranges les uns que les autres vont l’inciter à croire que la malédiction s’est abattue sur sa famille et plus particulièrement sur sa fille (Brigitta Boccoli), qui au cours de la visite en Égypte, où elle accompagnait son père, s’est vu offrir un médaillon ancien par une vieille femme aux yeux blancs. N’ayant pas parlé de cet incident à ses parents, elle ne sait pas que cette amulette n’est nul autre que le mauvais œil d’Abnubenor, une divinité maléfique…

Le principal reproche avancé par les détracteurs de cette Malédiction du Pharaon concerne le scénario, jugé absurde. Il est vrai que vue dans son ensemble, l’histoire racontée par le film est minée par de multiples failles, en commençant par la virée de George Hacker dans la pyramide. Cette scène est bien jolie, certes, mais elle n’aura finalement aucune autre utilité que de désigner l’origine du mal, chose également effectuée par la remise du médaillon à la fillette Hacker dans un contexte imprégné des mystères de l’Égypte antique. De même, les différentes disparitions de personnes en cours de film ne soulèveront que peu d’intérêt de la part des personnages principaux, pour le coup assez égoïstes. Le concierge puis la baby sitter auront beau manquer à l’appel, personne ne s’en souciera, quand bien même l’infortuné gardien soit passé par le sol défaillant d’un ascenseur au énième étage de l’immeuble, et quand bien même les moutards se retrouvent sans personne pour les surveiller. A ces disparitions s’ajoutent des apparitions ou réapparitions, toujours très inopinées et ne provoquant toujours pas l’interrogation chez la famille Hacker. Un parapsychologue venu de nulle part s’incruste après les deux tiers du métrage ? Pas un problème pour Fulci, qui balance littéralement ce personnage dans l’intrigue et qui lui confiera un rôle clef dans le final. Le réalisateur gère ainsi très mal tous ses personnages secondaires, et par ricochet, toute la famille Hacker, dont les réactions ne se font sentir que lorsque l’un d’eux est menacé. Il en résulte une certaine incohérence : à force de ne suivre que le point de vue de ses personnages principaux (le couple Hacker et leur deux enfants), Fulci les transforme en autistes irresponsables et incapables de comprendre tout ce qui ne se situe pas dans le cercle familial strict. Le jeu d’acteur de Christopher Connelly n’arrange pas les choses : apathique, il traverse le métrage en donnant l’impression de n’être motivé que par le chèque qu’il doit recevoir.

Tous ces défauts existent bel et bien. Mais si ils font effectivement de La Malédiction du Pharaon une œuvre bancale, ils ne sauraient pourtant faire oublier qu’au niveau purement fantastique, Fulci reste le Fulci de Frayeurs et de L’Au-delà. Transportant littéralement les malédictions de l’Égypte à New York, le réalisateur romain a recours à un surnaturel lourd, très atmosphérique, illustré à l’écran par une photographie macabre faisant de l’appartement des Hacker un lieu où tout peut arriver à n’importe quel moment. Des portes s’ouvrant sur une autre dimension, du sable recouvrant le sol de la chambre des enfants, un scorpion noir se baladant négligemment dans un tiroir, des serpents retrouvés sous le lit, des lumières saturées rouges ou vertes venant transperser l’obscurité… Les évènements surnaturels ne manquent pas, et l’esprit d’Abnubenor se fait sentir grâce au style très soigné de Fulci, dont les cadrages statiques capturent l’atmosphère effrayante de toute évidence recherchée par le chef opérateur Guglielmo Mancori (habituellement fidèle d’Umberto Lenzi). Si le vilain démon égyptien n’est pas physiquement présent, il se propage dans l’entourage des Hackers à travers la fille, une gamine possédée par son médaillon caractérisée par une certaine ambiguïté déteignant sur son frère (le moutard de La Maison près du cimetière) : les intentions des deux gamins prennent alors des allures louches, propices à entretenir le mystère. Empruntant à peu à Rosemary’s Baby, un peu à L’Exorciste, un peu à La Malédiction, Fulci s’inscrit dans cette tradition démoniaque en y apposant son style. Il se permet même quelques incartades gores musclées…
Ne fut-ce pour ses personnages passifs et pour son scénario erratique, La Malédiction du Pharaon aurait pu s’inscrire sans rougir dans le prolongement des précédentes réussites du réalisateur. Le traitement particulièrement efficace réservé à l’aspect fantastique du film (c’est-à-dire le plus important) fait en tout cas pencher la balance du bon côté. Voyons cela comme le début d’une transition entre le Fulci des grands jours et le Fulci à la fin de carrière déplorable, épousant la nauséabonde destinée du cinéma horrifique italien.

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