Cinéma Horreur

La Maison de l’horreur – William Malone

Ecrit par Loïc Blavier

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House on haunted hill. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : William Malone
Avec : Geoffrey Rush, Famke Janssen, Ali Larter, Taye Diggs…

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Joel Silver et Robert Zemeckis ont beau incarner le cinéma hollywoodien à gros budget, ils n’en possèdent pas moins une certaine culture d’un cinéma bien moins réputé que le leur. Ils font même preuve de très bon goût lorsqu’ils admettent apprécier William Castle, prédécesseur de Roger Corman qui dans les années 50 et 60 sût se distinguer de ses collègues indépendants en ayant recours à une interactivité permanente avec le public, générant notamment de bien fameux gadgets utilisés dans les salles de cinéma. A la fin des années 90, pour se faire plaisir autant que pour engranger des bénéfices, Silver et Zemeckis se joignirent à Warner Bros pour lancer Dark Castle, branche de Silver Pictures consacrée initialement à la production de remakes des films de William Castle. Celui de House on the haunted hill (La Nuit de tous les mystères en France) fut leur baptême en la matière, confié aux bons soins de William Malone, cinéaste qui depuis Creature en 1985 ne se montrait plus que téléaste (Les Cauchemars de Freddy, Les Contes de la crypte, cette dernière série déjà produite par Zemeckis et Silver). Le budget avoisinant les 20 000 000 de dollars est certes largement supérieur à ceux dont bénéficia William Castle quarante ans auparavant, mais à la vue de l’inflation générale et du budget attribué à certains autres films d’horreur du même moment (Scream III et ses 40 000 000 !) il demeure relativement modeste. La Maison de l’horreur ne repose sur les épaules d’aucune vraie star, se contentant de têtes d’affiche secondaires (aux normes hollywoodiennes) mais sympathiques telles que Famke Janssen ou Geoffrey Rush et de débutants plus ou moins à la mode (Ali Larter ou Bridgette Wilson, pas encore madame Pete Sampras mais déjà mise à mal dans Souviens-toi…l’été dernier). Notons qu’il offre en outre un petit rôle à Jeffrey Combs, l’indécrottable Re-Animator utilisé pour les furtives visions du Docteur Vannacutt, père spirituel du Dr. Mengele qui dans les années 30 exerça sa profession de médecin sadique à la tête d’un asile psychiatrique. La carrière de Vannacutt s’arrêta nette après la rébellion de ses cobayes, qui aboutit à la mort du médecin et de ses assistants (dont Slavitza Jovan, alias Gozer, le destructeur de SOS Fantômes) puis de l’incendie de la bâtisse, duquel pas grand monde ne réchappa. Presque 70 ans plus tard, l’hôpital à flanc de falaise a acquis une funeste réputation. C’est pourtant là que la délicieuse Evelyn Price (Famke Janssen) décide de célébrer son anniversaire. Pour la défier, son mari Stephen, richissime forain spécialisé dans les manèges à sensation, décide de changer sa liste d’invités. C’est que le couple Price ne s’entend plus beaucoup et rivalise d’ingéniosité pour s’embêter l’un l’autre. Pourtant, à la fameuse soirée, ni Evelyn ni Stephen ne connaît les invités. Qu’à cela ne tienne : Stephen propose tout de même un million de dollar à celui qui parviendra à ne ressortir de l’asile qu’au petit matin. Fidèle à son art, il a en effet prévu une ribambelle de gadgets pour effrayer les invités. Il ne croit pas que la maison soit réellement dangereuse, le fou ! Dès le moment où les rideaux de fer bloquent toutes les issues, le sort en est pourtant jeté…

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Même si Silver et Zemeckis admirent le travail de William Castle, il y avait de quoi redouter leur remake de La Nuit de tous les mystères. Apprécier un film est une chose, mais placer son argent pour en produire un remake en est une autre. Il y a fort à parier que Steven Spielberg adule La Maison du Diable de Robert Wise, et pourtant cela ne l’a pas empêché de cautionner son infâme remake par Jan de Bont, produit la même année que La Maison de l’Horreur, c’est à dire à une époque de médiocrité et de putasserie rarement atteinte dans le cinéma d’horreur. Ancien poulain de Spielberg, Zemeckis a hérité de son mentor d’un réel talent à se vendre auprès d’un public le plus large possible. Quand à Joel Silver, on le connait avant tout comme un ponte de l’action à tout crin, avec la saga L’Arme fatale, les Die Hard et autres Predator. Une qualité qui a de grandes chances de se transformer en défaut dans le cas d’un film de maison hantée, genre qui tolère mal les étalages spectaculaires. Le défit de William Malone et de ses producteurs consistait donc à marier des critères commerciaux intransigeants (le spectacle à toute berzingue) avec le bon sens artisanal de l’artiste soucieux de livrer une œuvre de qualité. Leur grande chance trouve ses origines dans le film même qu’ils remakent : si le film de William Castle n’est pas effrayant pour un sou, il compense amplement par sa capacité à se développer à la manière du train fantôme d’une fête foraine, avec ses squelettes qui sortent du placard et son Vincent Price en hôte théâtral. Le meilleur de La Maison de l’horreur vient donc de là, de ce jeu subtilement ironique évoquant le milieu forain à travers un Stephen Price à la fois inspiré par William Castle (créateur professionnel de sensations fortes) et par Vincent Price, auquel Geoffrey Rush emprunte non seulement le nom mais aussi le look et l’attitude avec une réussite incontestable. La relation qu’il entretient avec sa femme Evelyn est celle d’une haine discrète, de coups bas et de calmes dénigrements publiques introduits par des appellations affectueuses hautement sardoniques. Le couple Price a quelque chose du couple formé par Gomez et Morticia Addams, à ceci près que l’attrait pour l’humour noir ne repose pas sur de l’amour (quoique…). Avec ses échanges oraux mais aussi avec ses actes violents (la question du meurtre se pose très tôt), leur joute est pleinement à sa place dans cette maison où l’on finit par ne plus savoir ce qui est l’œuvre de Stephen, ce qui est celle d’Evelyn… et ce qui est celle de la maison elle-même. Le couple est suffisamment tordu pour que la confusion reste permanente, y compris lorsque les évènements surnaturels commencent à frapper avec une efficacité faite de hors champs, de lents travellings dans les couloirs, d’apparitions de Vannacutt (Jeffrey Combs est parfait) et surtout de décors viciés magnifiquement obscurcis par une photographie blafarde. La Maison de l’horreur est par bien des aspects un prolongement de la carrière de William Castle. A l’instar de Scream, mais de façon beaucoup moins ostentatoire, le film met en abîme le cinéma d’horreur en ayant recours à deux personnages créatifs voués au macabre dont les talents sont mis sur un pied d’égalité avec les véritables manifestations surnaturelles. Dès lors, le remake de La Nuit de tous les mystères (pas le meilleur film de William Castle, par ailleurs) est une réussite.

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Maintenant, il faut bien admettre qu’il possède des tares l’empêchant de rejoindre La Maison du Diable, La Maison des Damnés et autres Trauma au panthéon des films de maisons hantées. William Malone n’est pas parvenu à noyer toutes les considérations commerciales de ses producteurs (quand bien même Zemeckis et Silver l’auraient ils voulus que la Warner s’y serait certainement opposée). Elles prennent la forme de tous les invités du couple Price, des clichés largement dispensables, à l’image d’un duo composé de Eddie et de Sara (Taye Diggs et Ali Larter) que l’on devine aisément être les « héros » en raison de leur capacité à garder la tête froide (à l’opposé du personnage de Bridget Wilson, qui part seule dans la gueule du loup), et à ne pas se laisser plomber par la peur (à l’opposé de Pritchett, héritier de la maison et oiseau de malheur tantôt hystérique tantôt résigné à une mort certaine). Ils ne réussissent à être vaincus dans la fadeur que par Blackburn, dernier des invités qui ne dispose de rigoureusement aucune personnalité, tout juste sert-il à un rebondissement lié aux Price. Mais le plus gros défaut du film réside dans sa fin, solution de facilité qui n’aurait pas dépareillée dans le Hantise de Jan de Bont, avec une espèce de figure de Rorschach ectoplasmisée partant faire la course aux survivants. CGI grossiers et facilités scénaristiques sont les maîtres-mots de ce final outrancier foireux donnant la vedette au couple Larter / Diggs plutôt qu’à celui de Janssen / Rush. Hollywood reprend ses droits, longtemps placés en sourdine. Mais aussi imbuvables soient ces interventions, elles ne parviennent pas à gâcher une impression générale positive… Surtout que William Malone s’adjuge le dernier mot en plaçant quelques images de Geoffrey Rush, Famke Janssen et Jeffrey Combs après le générique de fin !

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