Arts martiaux Cinéma Horreur

La Légende des 7 vampires d’or – Roy Ward Baker

Ecrit par Loïc Blavier

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The Legend of the 7 Golden Vampires. 1974.
Origine : Royaume-Uni / Hong Kong
Genre : Tagada Tsoin Tsoin
Réalisation : Roy Ward Baker
Avec : Peter Cushing, David Chiang, Szu Shih, Julie Ege…

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Il y avait déjà quelques temps que Christopher Lee brandissait la menace de quitter la saga Dracula de la Hammer. Question de lassitude et de divergences artistiques, dirons-nous poliment. Il avait été très près de franchir le pas dès 1970 à l’occasion d’Une messe pour Dracula (1970), mais il finit par se réengager tardivement alors que le film -pensé sans lui- était déjà en cours de tournage. Une fois passé Les Cicatrices de Dracula qu’il ne goûta guère, il dût subir les outrages de Dracula 73 et de Dracula vit toujours à Londres dans lesquels il s’engagea à reculons moyennant quelques concessions des pontes de la Hammer. Il est vrai que ces tentatives de remettre Dracula au goût du jour en le faisant intégrer le milieu du swinging London étaient malheureuses, voire complétement idiotes. Aussi, lorsqu’on lui proposa de partir tourner à Hong Kong pour y incarner son cher Dracula en chef de meute de vampires karatékas, Lee claqua définitivement la porte. Les conneries ont leurs limites pour l’acteur en passe de jouer le grand méchant du James Bond à venir (L’Homme au pistolet d’or). En revanche, après avoir réintégré la saga qu’il avait désertée durant quatre films, Peter Cushing répond toujours présent. Heureusement pour la Hammer, qui sans cela aurait été bien embarrassée de ne pouvoir disposer de l’une de ses deux têtes d’affiches au moment même où elle tentait son improbable alliance avec la firme hong kongaise Shaw Brothers, espérant ainsi se relancer en bénéficiant de l’engouement pour les arts martiaux au cinéma. C’est dire si elle se trouvait alors bien bas (deux films furent tournés en partenariat avec la Shaw, le second étant Un dénommé Mister Shatter, dans une veine policière)… Et pour pousser l’humiliation plus loin, il se murmure que les producteurs hong kongais furent mécontents de la gestion des scènes de combat du pourtant chevronné réalisateur Roy Ward Baker, au point de confier ces scènes à Chang Cheh, un de leurs spécialistes. Pas brillant, tout ça…

Au début du XIXe siècle, désolé par le manque d’entrain des sept vampires grâce auxquels il impose sa tyrannie à tout un village, un potentat chinois s’en va trouver le comte Dracula pour lui demander de l’aider à réveiller ses copains. Trop heureux d’avoir enfin l’occasion de sortir de sa Transylvanie, Dracula fait mieux que ça et se réincarne carrément dans le potentat. La tyrannie n’en sera que plus savoureuse, donnant lieu à une légende que Abraham Van Helsing (Peter Cushing), de passage en Chine avec son fils, raconte à des étudiants qui n’en croient pas un traitre mot. A une exception près : Hsi Ching (David Chiang), qui se trouve justement être du village en question, et qui peut témoigner en connaissance de cause. Ching n’est d’ailleurs nul autre que le descendant de ce brave paysan qui selon la légende a réussi naguère à tuer l’un des sept vampires. Avec ses six frères et leur sœur -tous experts en arts martiaux-, il compte bien faire perdurer la tradition familiale, et c’est pourquoi il demande l’aide de Van Helsing. Flanqué de son fils et d’une riche princesse scandinave apportant ses deniers et ses gros seins, l’expert ès-vampires accepte. En route mauvaise troupe.

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Réalisé par un homme comptant déjà un opus à son compteur, écrit par un autre qui avait déjà fourni deux scénarios, joué par un acteur qui en était à trois prestations, cet énième redémarrage de la saga Dracula peut malgré tout se targuer d’être la plus radicale de toutes ces remises à zéro. Fini de faire semblant et de s’auto-parodier : cette fois, nous sommes face à du neuf. Et pour cause : tout ce qui provient du cinéma de la Hammer est complétement inutile ! Dracula et Van Helsing inclus… En plus d’être pour le moins incompréhensible (les six vampires d’or m’ont l’air de très bien se débrouiller tout seuls), la présence du premier est ténue à l’extrême : le prologue et le dénouement. Ce qui en un sens est heureux, puisque maquillé qu’il est comme une vieille poule un lendemain de beuverie, ce Dracula-là est une insulte au comte campé par Christopher Lee. Quant au chasseur de vampires, il se limite plus ou moins au rôle de guide passif. Cushing a beau avoir pas mal de présence à l’écran, accompagnée de répliques censées mettre l’accent sur le côté « fantastique » de l’intrigue, il ne parvient pas à faire oublier que son personnage ne sert concrètement à rien. Forcément incapable de se mêler aux combats d’arts martiaux opposant la fratrie Hsi aux vampires d’or et à leurs non-morts, il en est réduit à manier son pieu au petit bonheur la chance, des fois qu’un ennemi viendrait à s’empaler malencontreusement. Son inutilité, ainsi que celle de Dracula, se trahit grossièrement dans leur confrontation de trois minutes lors d’un dénouement qui aurait très bien pu se retrouver dans un post-générique. Son fils et la princesse scandinave ne valent guère mieux et ne servent qu’à donner naissance à deux fumeuses histoires d’amour interculturelles (le petit con de Van Helsing jr. avec la soeur Hsi et la scandinave en débardeur avec Ching) que Roy Ward Baker se garde bien d’approfondir (on l’en remercie). Bref, les européens sont complétement aux fraises, tout le film ne reposant que sur les personnages asiatiques, chargés de faire évoluer le maigre scénario au gré des rencontres à l’improviste avec leurs ennemis. Le hic étant que même avec eux, le fantastique se révèle superflu. Transformer les six vampires et leurs non-morts (en fait des zombies) en bandits terrorisant un village n’aurait strictement rien changé d’un point de vue narratif. En revanche, les combats auraient été moins amusants, car il faut bien dire ce qui est : malgré la prépondérance des éléments Shaw Brothers sur les éléments Hammer, il n’y a rien de transcendant au niveau castagne. Les coups sont portés tout en retenue avec des bruitages à la limite de la désynchronisation, la mise en scène est très plan plan, les chorégraphies quasi inexistantes, les effusions sanglantes anodines… Au moins, avec leur maquillage raté (caché en partie par leurs masques de fer), avec leurs alliés zombies et avec le décorum qui leur est rattaché (la nuit, les chauves souris en plastique, les effets spéciaux rudimentaires des décompositions express), les vampires d’or karatékas donnent un peu de piment à l’ensemble, donnant une coloration vaguement « bisseuse » à ce qui aurait pu rapidement lasser. Quelle tristesse cela aurait été de voir les combats s’enchaîner de la même façon que celui qui oppose le groupe de Hsi à de simples bandits… Il existe par ailleurs d’autres ingrédients se rattachant à l’exploitation, comme par exemple cette fâcheuse tendance qu’ont les vampires d’or à arracher le chemisier de leurs victimes féminines. Un peu racoleur malgré tout… On préférera les mêmes victimes ligotées sur les tables de sacrifices autour d’une baignoire de sang bouillant, le tout sous d’atroces éclairages rouge vif venant rappeler que la Hammer n’est plus ce qu’elle était, mais qu’au moins elle s’assume désormais comme une firme décrépite.

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Bien que La Légende des sept vampires d’or ne dispose d’aucune réelle qualité, paradoxalement on ne peut pas dire que le tout soit franchement désagréable. Obéissant à une structure de film hong kongais classique (un voyage et des périls en chemin résolus à coup de tatanes ou autres armes diverses -une par Hsi-) relevée par de dispensables mais sympathiques éléments saugrenus, l’ouvrage de Roy Ward Baker se regarde avec amusement. Tel était son objectif, bien plus en phase avec la réalité présente de la Hammer que les deux productions précédentes, dans lesquelles, malgré la nullité ambiante, continuait à se faire sentir cette volonté de sauver une franchise en déroute. C’était même là l’origine de ladite nullité. La Hammer a fini par s’avouer vaincue et par accepter que l’on en attende plus rien. Dès lors, un film comme celui-ci se permet d’être en roue libre. Il y aurait eu encore pas mal de boulot pour atteindre la même audace que les italiens, et il n’est pas dit que la formule aurait pu durer bien longtemps, mais c’est toujours ça de pris. La saga Dracula s’achève d’elle-même, suicidée l’esprit tranquille.

 

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