Cinéma Polar

La Hora cero – Diego Velasco

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La Hora cero. 2010.
Origine : Vénézuela
Genre : Huis clos explosif
Réalisation : Diego Velasco
Avec : Zapata 666, Amanda Key, Erich Wildpret, Marisa Roman…

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Durant les grèves de décembre 1996 du personnel médical des hôpitaux publics, La Parca, un chef de gang doublé d’un tueur à gages, tente de porter secours à une femme enceinte blessée par balles. Aidé de deux de ses hommes, il se rend en catastrophe dans l’hôpital le plus proche, un établissement public. Là, ils tombent sur l’un des rares médecins encore en service, le Dr. Cova, et le somment de s’occuper de la jeune femme. Ne disposant pas du matériel nécessaire à l’opération qui s’impose, La Parca oblige le médecin à les accompagner jusqu’à l’hôpital privé le plus proche. Sur place, avec le concours des hommes de son gang rameutés pour l’occasion, il prend en otages patients et personnels médicaux pour s’assurer que la jeune femme sera bien soignée. Rapidement mise au courant des événements, la police dirigée par le commissaire Pena s’empresse d’encercler l’établissement. S’ouvre alors un dialogue houleux entre La Parca et les forces de l’ordre, auquel s’ajoutent bientôt la presse télévisée et le Gouverneur Gonzalo.

Gros succès dans son pays d’origine, La Hora cero confirme les difficultés du cinéma vénézuélien à s’exporter en dehors d’épisodiques diffusions dans quelques festivals de par le monde. Cruelle ironie, Hollywood serait intéressée pour en faire un remake, qui à coup sûr, bénéficierait lui d’une importante diffusion. Certes, les moyens ne sont pas les mêmes, mais je ne peux m’empêcher de trouver ça dommage qu’en 2012, la production cinématographique de certains pays nous soit à ce point difficile d’accès. Pour changer la donne, il faudrait certainement qu’un film vénézuélien obtienne un prix dans un festival prestigieux, histoire de jeter un coup de projecteur sur un cinéma en pleine mutation.

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Pour son premier film, Diego Velasco s’appuie sur un fait réel (la grève des personnels médicaux de 1996) pour développer un suspense en huis clos qui n’est pas sans rappeler par instant le cinéma de l’imposant voisin nord américain. Dans sa manière de retourner une situation délicate à son avantage (pris à la gorge par les forces de l’ordre, La Parca appelle la population défavorisée à venir se faire soigner dans l’hôpital où il se terre, acquerrant aux yeux de celle-ci une dimension quasi messianique), le personnage principal évoque le Sonny d’Un après-midi de chien. Dans les deux films, une place prépondérante est accordée à la presse télévisée qui accroît l’écho de l’événement, ainsi qu’à la sournoiserie des forces de l’ordre à un échelon élevé, le FBI étant ici remplacé par un Gouverneur et ses troupes d’élite. Toutefois, le jeune réalisateur va encore plus loin dans son propos, en ce sens où il montre la presse télévisée sous son jour le plus racoleur et opportuniste ; et qu’il mêle à son intrigue principale des secrets d’alcôve qui peuvent compromettre des personnes hauts placées, ces dernières étant prêtes aux pires bassesses pour étouffer l’affaire. De fait, la banale –quoique sanglante– prise d’otages du départ acquiert rapidement une dimension politique et sociale sans se départir d’ambitions purement divertissantes.
Bien que se suivant sans ennui, la première partie du film est la plus convenue. Soutenue par une mise en scène et un montage nerveux à base de caméra à l’épaule (si cela se justifie pour retranscrire le caractère d’urgence de l’entame, cela devient vite rébarbatif lorsque cela se prolonge lors des scènes d’intérieur), La Hora cero déploie quelques figures typiques pour une mise en place efficace mais pas toujours très fine. Ainsi, de la jeune reporter carriériste au médecin désabusé en passant par le bras droit ambitieux, nous nageons en terrain connu, trop parfois. Le parcours de chacun suivra donc une certaine logique, la première se découvrant une fibre altruiste, lorsque le second reprendra goût à son travail et aux responsabilités qu’il induit, tandis que le troisième se brûlera les ailes à vouloir défier l’autorité du chef. Il en va de même de La Parca, dont la destinée est facilement devinable eu égard à sa voix off qui ouvre le film. Cependant, à l’image de ce dernier, aucun personnage ne nous est antipathique, à l’exception du Gouverneur, illustre représentant de ces politiciens corrompus et faux, prêts à sacrifier n’importe qui pour que leur image publique demeure irréprochable. Diego Velasco témoigne d’une véritable aigreur mêlée d’une profonde colère à l’égard des politiciens. Que son choix ce soit porté sur cette grève n’est pas anodin. Ce mouvement est symptomatique d’un pays aux inégalités sociales criantes dont les riches se repaissent sans vergogne. Par l’intermédiaire de Parca, figure opportuniste de héros révolutionnaire, le réalisateur indique qu’il ne suffirait de pas grand-chose pour que le pays s’embrase. La colère du réalisateur se tourne également vers le journalisme sensationnaliste dont l’aptitude à retourner sa veste n’a d’égale que ses aptitudes d’analyse proche du néant. Plus qu’à la reporter, que l’immersion au sein du drame qui se noue va amener à modifier ses priorités, c’est à la présentatrice en plateau que le réalisateur réserve ses flèches les plus empoisonnées. D’abord favorable à l’action de La Parca sur la foi de son adoubement par la vox populi, elle s’empresse la minute d’après de le descendre en flamme pour coller au plus près de la version officielle dictée par les hautes autorités. De manière ironique, Diego Velasco lui laissera le mot de la fin, afin d’accroître davantage le décalage entre ses propos et la vérité qu’il nous a donnée à voir. La charge peut paraître sans nuance, d’autant qu’au gré des rebondissements d’un scénario assez fourni en la matière, les exactions perpétrées par La Parca et sa bande sous couvert de la misère sociale ressortent amoindries par rapport à la froideur des décisions sans appel du Gouverneur et de leurs conséquences. Néanmoins, par son refus de tout angélisme (malgré les failles de sa cuirasse, La Parca demeure un assassin bêtement professionnel), Diego Velasco dresse un portrait assez juste de son pays.

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Pour sa première expérience cinématographique, Diego Velasco se sort avec les honneurs d’un projet plutôt ambitieux. Et si sa mise en scène souffre en général d’un style inutilement clinquant, il contrebalance ça habilement par un humour savamment dosé et une direction d’acteurs irréprochable dont on retiendra la présence animale du rappeur Zapata 666 dans le rôle de La Parca, et surtout l’abattage de Laureano Olivares, qui incarne Buitre, son bras droit.

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