Cinéma Science-Fiction

La Guerre des mondes – Byron Haskin

Ecrit par Loïc Blavier

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War of the worlds. 1953.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Byron Haskin
Avec : Gene Barry, Ann Robinson, Les Tremayne, Robert Cornthwaite…

Si la toute première adaptation au cinéma de La Guerre des Mondes d’H.G. Wells n’arriva qu’en 1953, ce n’est pas pour autant que l’industrie hollywoodienne ne s’y était jamais intéressée auparavant. Les droits du livre furent ainsi acquis dès 1925, ce qui entraîna d’ailleurs quelques soucis durant le tournage du film de Byron Haskin, puisque les producteurs se rendirent compte en cours de route qu’ils ne possédaient que les droits d’adaptation pour un film muet et durent interrompre le tournage pendant deux jours, le temps de renégocier leurs droits avec les héritiers de Wells. Obtenir l’autorisation ne fut pas bien dur, le projet étant chapeauté officieusement par un grand nom d’Hollywood, Cecil B. De Mille, le réalisateur des Dix Commandements qui déclina de nombreuses années auparavant de réaliser le film mais qui le garda sous le coude jusqu’en 1953. Le mémorable gag radiophonique de Orson Welles en 1939 fut certainement le déclencheur de ce regain d’intérêt, qui justifia un temps la volonté d’obtenir Welles pour porter à l’écran l’œuvre de Wells. Mais devant le refus du cinéaste, c’est sur Alfred Hitchcock que se porta le nouveau choix. Nouveau refus. Le bébé gonflé aux dollars fut finalement confié aux bons soins de George Pal, grand nom de l’animation qui eut alors le contrôle total du film, réalisé d’après un scénario de Lyndon Barré par Byron Haskin, à l’origine un spécialiste des effets spéciaux. Pas étonnant, puisque sur 2 000 000 de dollars de budget, près des trois quart furent finalement consacrés aux seuls effets spéciaux, qui constituent le premier intérêt de cette histoire d’invasion de la planète Terre par des martiens à la recherche d’une planète plus habitable que la leur, qui se meurt lentement mais sûrement. On peut considérer qu’à ce niveau-là, le pari de George Pal et de Cecile B. DeMille (chantre du spectacle hors-normes) est tenu. Évitant l’aspect bricolé des habituelles production de science-fiction des années 50, leur Guerre des Mondes continue encore aujourd’hui à tenir la route sans sourciller. Si l’idée de montrer les tripodes décris par H.G. Wells fut abandonnée pour cause de complexité, les solutions de replis en imposent toujours autant. Ces mini-soucoupes volantes de forme triangulaire font état de l’énorme avance technologique des martiens, et les sortes de périscopes souples et prolongés d’une lentille en trois parties qui en sortent prennent des allures futuristes bienvenues (et la couleur n’y est pas pour rien). Le martiens eux-mêmes, en dépit d’une forme plutôt étrange (longs bras prolongés de petites ventouses, yeux identiques aux lentilles des « périscopes ») sont impeccablement réalisés, prenant un aspect visqueux assez répugnant. Les dégâts qu’ils infligent à travers la planète à l’aide de leurs rayons lasers ne sont pas des plus discrets et sont à l’origine de toutes les scènes du même genre qui ont suivi depuis (Mars Attacks! de Tim Burton, par exemple, qui repris quasi à l’identique la destruction de la Tour Eiffel). Nous ne sommes pas arnaqués par la marchandise : La Guerre des Mondes version Pal et Haskin est bien le grand spectacle que son budget solide promettait qu’il soit. C’est même sans conteste l’un des pères fondateur de science-fiction telle qu’on la connait.

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C’eut été parfait si ce spectacle ne s’accompagnait pas d’une piètre description du milieu humain. Car autant nous avons affaire à de l’action de haut niveau, autant le film se ramasse dans les grandes largeurs pour la vision de l’humanité qu’il propose. Ce n’est pas tant la présence d’un couple de héros anonymes (un scientifique et sa belle qu’il protège) que la vision globale de la société qui constitue un frein à l’affection que l’on peut porter à cette version de La Guerre des Mondes. Là où nous étions en droit d’attendre des scènes de panique d’ampleur, nous ne recevons finalement qu’une description très sage du milieu militaire et politique censé combattre l’invasion. Jamais énérvés, jamais abattus, les personnages sont d’une totale insipidité et se contentent de répliquer comme ils peuvent, quasi machinalement (ce qui lors de l’usage d’une bombe atomique peut paraître assez douteux). Difficile d’éprouver quoi que ce soit pour une humanité aussi lisse. Seule la fin du film montrera une scène de panique de masse, mais cette scène fera état d’un certain côté conservateur voir réactionnaire (la « populace », comme ils disent tous, est un obstacle dans la lutte contre les envahisseurs) du plus mauvais effet dans l’adaptation d’un livre de l’écrivain H.G. Wells, qui il est le bon de le rappeler penchait à gauche et ne se privait pas pour le démontrer dans son roman (sa vie fut d’ailleurs rythmée par ses engagements politiques). De même, l’orientation très religieuse prise par le film sur son final (bien qu’elle ait été déjà là avant avec notamment un pasteur au grand cœur se sacrifiant pour tenter de rapprocher les humains et les martiens) pourra gêner, surtout qu’elle revêtira des atours non seulement d’une extrême lourdeur, mais aussi d’une facilité incroyable (là encore, Mars Attacks! s’en inspirera pour régler le sort à ses propres aliens).

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On ne peut que déplorer que le spectacle ait été ainsi gâché par tant de défauts criants, pourtant évitables, qui témoignent d’une morale exagérément conformiste et qui n’est pas sans adresser les quelques piques habituelles à l’Union Soviétique, le grand ennemi et l’autre superpuissance mondiale qui lors des énumérations des pertes mondiales n’est purement et simplement pas évoquée… N’eut été pour une carte du monde indiquant que les martiens se trouvent aussi en l’U.R.S.S. (en Sibérie plus exactement… de là à croire que Staline, encore vivant à l’époque, les a mis au goulag, il n’y a qu’un pas) nous aurions pu croire que ces attaques étaient encore dues à une quelconque manigance des cocos.

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